Au cœur de l’écriture, l’émotion

Pour ce quatrième épisode du Projet Line, je lance enfin une scène où les pouvoirs de notre petite héroïne se manifestent. Place à l’intrigue, au début d’émotions fortes qui devront aller crescendo.

Bonjour tout le monde ! Pour ce quatrième épisode du Projet Line, je lance enfin une scène où les pouvoirs de notre petite héroïne se manifestent. On est encore dans le flou mais, comme je vous l’expliquais au précédent épisode, Christophe apparaît bien comme un personnage qui en sait plus que je ne l’imaginais en l’introduisant dans le récit. Cette fois, place à l’intrigue, au début d’émotions fortes qui devront aller crescendo tout du long jusqu’à la grande scène finale, ce fameux climax dont Yves Lavandier parle dans « Construire un récit » (édition nouvelle).

L’écriture d’un récit est une suite de recherches surprenantes

Le chat est un lion Photo de Leandro De Carvalho
"Au lieu de crier, elle regarda le gaillard droit dans les yeux, serra les poings et cracha comme un chat. Le gamin hurla." - Photo de photo de Leandro De Carvalho

Victoire arriva sur ces entrefaites, chargée comme une mule, avec le jeune apprenti du crémier de la rue de…

Là, je dois m’arrêter et revoir le plan de Saint Jean de Luz. Et voilà que je tombe sur un os ! Je suis face à une incohérence flagrante : comment Victoire peut-elle revenir des courses à pied avec l’apprenti du crémier pour l’aider à ramener les provisions ? La maison est isolée, et je ne vois aucune boutique sur google map à des kilomètres à la ronde. Finalement, je repère un bel hôtel restaurant qui, ma foi, donnerait un décor supplémentaire à l’histoire. Victoire peut parfaitement entretenir une relation avec le cuisinier, suffisamment intime pour avoir négocié un moyen de remplir aisément le garde-manger des d’Haranguier. Excellent ! Le chemin coupe par les bois, ce qui alimente les idées que j’ai trouvées en écrivant l’histoire que voici :

Victoire arriva sur ces entrefaites, chargée comme une mule, avec le jeune apprenti du cuisinier de l’hôtel Chantaco. Elle connaissait bien le jeune Charles Borro, étoile montante de la gastronomie basque, et n’avait eu aucun mal à s’arranger avec lui pour assurer l’approvisionnement de la maison des d’Haranguier.

— Oh ! s’exclama-t-elle en constatant sa cuisine envahie d’intrus. Quelle bonne surprise ! C’est une réunion de famille ou je ne m’y connais pas. Regardez-moi cette petite qui mange un livre au petit déjeuner. Il n’y a donc que moi qui penserais à nourrir cette enfant ? Neskato pobrea !

Elle déposa les provisions sur la table et indiqua au jeune garçon qui l’accompagnait, où ranger le carton de lait qu’il portait.

— Reste là toi, tu vas boire un chocolat chaud avec des tartines avant de repartir.

— Mon patron m’attend, il ne va pas être d’accord, mais alors pas du tout !

— Je m’en occupe, moi, du petit père Borro. Tu ne repars pas de chez moi le ventre vide. C’est comme ça ici. N’est-ce pas, Monsieur d’Haranguier, on ne laisse pas les enfants mourir de faim dans cette maison ?

— Absolument, Victoire, nous ne sommes pas des monstres tout de même ! Bon, Winston, ajouta-t-il en jetant un œil à sa montre, nous partons dans un quart d’heure.

— C’est un vrai courant d’air, soupira Victoire en rangeant les courses avec une rapidité stupéfiante. Allez, à nous maintenant ! Élise, voulez-vous petit-déjeuner en notre compagnie ?

— À cette heure ? Voyons, vous savez bien que je me suis sustentée d’un fruit et d’une infusion de thym à six heures précises comme chaque jour que Dieu fait.

— Hé bien, s’il pouvait aussi faire les courses celui-là, il arrangerait bien mes affaires !

— Vous ne cesserez donc jamais de blasphémer !? s’offusqua la nourrice.

— Je vous taquine, Élise. Écoutez, si vous n’avez besoin de rien, laissez-moi de la place. Cette cuisine est si petite que vous risquez de m’encombrer. Le jeune Christophe doit vite retourner travailler.

Line n’avait pas bougé, elle restait plongée dans son livre comme si rien d’autre n’existait. Pourtant, à l’instant où Élise s’éclipsa, elle leva le nez de l’ouvrage et sourit de toutes ses dents à la cuisinière.

— Tu fais des madeleines, Victoire ?

— Je t’en ferai au goûter ma douce.

— Chris, tu as vu le chat dans le jardin ?

(Là, je dois vous dire qu’en intégrant un chat dans l’histoire, je n’avais pas idée qu’il déclencherait l’histoire pour de bon. C’est la magie des séances d’écriture, je pense. On intègre un élément vivant, il prend naturellement sa place. On continue le tricotage et le motif prend vie ! C’est beau, non ?)

— Salut Line, non j’ai vu personne en arrivant.

— On était chargés comme des mulets, on n’aurait pas vu un éléphant passer !

— Je veux aller voir les éléphants !

— Mais, c’est une façon de dire, voyons. Il n’y a pas d’éléphants dans les parages.

— Ça c’est sûr ! C’est en Afrique qu’on en voit, pas à Saint Jean, s’esclaffa Christophe.

Victoire plaça le livre sur le buffet pour poser les bols de chocolat fumant et les tartines grillées. Line ne prit pas la peine de se servir, elle était déjà descendue de sa chaise pour coller son visage aux carreaux de la porte donnant sur le jardin.

— Line, mais qu’est-ce que tu fais ? Viens manger !

— J’appelle le chat.

Christophe s’était levé, intrigué, pour suivre la direction de son regard. Il vit le chat descendre d’un arbre pour se précipiter vers la porte.

— Hé, Victoire, c’est vrai ! Le chat est là.

—Oh, cette sale bête ne mettra pas les pattes dans ma cuisine. C’est un monde quand même ! On dirait qu’il a élu domicile ici. Mais, enfin, à qui peut-il bien être ?

— Il n’a plus de maison, répondit Line. Il s’est enfui parce qu’on était méchant avec lui. C’est un garçon qui lui fait du mal. J’ai dit à Monsieur Chat qu’il pouvait rester ici, et que je lui donnerai à manger tous les jours.

— Mais où vas-tu chercher toutes ces histoires ? Et puis il ne manquait plus que ça ! Je vais devoir acheter des croquettes aussi ? Il n’a qu’à chasser les souris !

— Non, il ne mange pas les souris.

— Bah voyons, ça m’aurait étonnée.

 Victoire coupa de petits morceaux de rôti froid et tendit une coupelle à Line. Tiens ! Mais, une chose est sûre, Line. Il ne mettra pas les pattes dans cette maison.

— D’accord ! Line attrapa le festin du chat et se précipita dehors.

— Mange, Christophe, sinon le petit père Borro va m’incendier.

Antoine se dirigeait vers le garage en compagnie de Winston lorsqu’il aperçut sa fille. Elle était en pyjama, en train de caresser un chat.

— Tu as trouvé le chat d’Alice, à ce que je vois, l’interpella-t-il en riant.

— Non, lui, c’est mon chat maintenant.

— Ta mère ne supporte pas les animaux, ça ne sera pas possible, Line.

— Il habite dans le jardin, il ne rentre pas dans la maison. On pourrait lui fabriquer une cabane ?

— Vois ça avec Gilen, il sera là cet après-midi. S’il a le temps, pourquoi pas ? Ce ne devrait pas être bien long à fabriquer, ce n’est pas un lion.

— Je veux aller voir les lions, papa.

— On verra, Line, on verra.

— En Afrique.

Antoine resta interdit quelques secondes et répéta « On verra, ma chère », avant de monter dans la voiture qui démarra.

— Tu entends, Monsieur Chat, tu vas avoir ta maison.

Un jeune garçon se tenait à la hauteur de la petite barrière qui clôturait le jardin et le séparait de la forêt.

— C’est mon chat, cria-t-il en s’approchant rapidement.

Le chat détala, Line se releva et fit signe à l’intrus de partir.

— Tu lui fais peur ! Il ne vient pas avec toi, tu es méchant, tu lui fais du mal.

— Qu’est-ce que tu racontes ? C’est mon chat et je vais le reprendre.

— Non ! Il ne veut pas venir avec toi. Moi, je sais que tu lui fais du mal. Pourquoi tu l’embêtes tout le temps ?

— Pour qui tu te prends, morveuse ?

Le garçon était si près de Line qu’il agrippa son épaule et pressa si fort que Line grimaça de douleur. Mais, au lieu de crier, elle regarda le gaillard droit dans les yeux, serra les poings et cracha comme un chat. Le gamin hurla.

Au cœur de l’émotion : l’événement déclencheur

La conscience d'une menace
"Elle avait l’impression que la terre s’ouvrait sous ses pieds, laissant un gouffre gigantesque près à aspirer sa petite fille chérie." Photo de KELLERPICS

Victoire sortait à ce moment-là, alertée par la piaillerie, et vit Line face à un enfant d’à peine dix ans qui la dévisageait en braillant, les yeux exorbités de frayeur, agitant maintenant les bras qu’il replia sur son visage comme pour se protéger d’une attaque. La scène était surréaliste. Line restait parfaitement immobile. Victoire ne la voyait que de dos, les bras tendus le long du corps, les poings serrés et la tête levée vers le dément. Il n’y avait pas d’autre mot ! Ce gosse semblait se battre avec un essaim de guêpes. Son agitation, ses regards effrayés en direction de Line, ses hurlements ne collaient pas avec l’immobilisme ahurissant de la fillette.  Victoire restait pétrifiée devant ce spectacle surnaturel, incapable de prendre une décision. Quand Christophe sortit à son tour, il s’approcha immédiatement de Line, ignorant l’énergumène, et s’agenouilla devant elle. L’apprenti cuisinier semblait chuchoter à l’oreille de Line alors que le petit garçon continuait de crier.

Line finit par entourer de ses bras le cou de Christophe et y enfouir sa tête. Christophe l’enlaça tendrement et l’emporta sans plus de cérémonie dans la maison. Ahurie, Victoire observait le garçon qui avait enfin cessé de brailler. Il se tenait là, hagard, scrutant fébrilement les environs, la bouche ouverte, et encore éprouvé par un malheur qu’il était seul à avoir vécu. Victoire recouvrait ses esprits et pensa soudain que Line avait besoin d’elle. Elle s’approcha pourtant de l’enfant, aussi crâne qu’un galonnard après la bataille. « Qu’est-ce que tu as mon garçon ? dit-elle doucement. Il ne l’entendait pas. Malgré sa présence, il continuait d’examiner les parages, cherchant tout autour de lui ce qui l’avait tant effrayé, et sans paraître comprendre où il se trouvait vraiment. Enfin, il s’attarda sur Victoire. Il semblait quand même se détendre un peu et murmurait des choses que Victoire n’arrivait pas à entendre, tout d’abord.

— Le lion, le lion, balbutia-t-il. Ses lèvres se mirent à trembler, ses yeux à s’embuer de larmes et, il se retourna d’un coup sec comme si quelque chose avait surgit par derrière. Et quand Victoire posa sa main sur l’épaule de l’enfant pour le rassurer, il émit un cri perçant avant de détaler vers les bois sans se retourner. Victoire le héla. « Attend, attend ! » Mais il avait disparu sous les frondaisons. Elle sonda les sous-bois encore quelques instants avant de retourner vers la maison d’un pas incertain. Elle sursauta à la vue d’Élise. Raide comme un piquet à la fenêtre de sa chambre, elle semblait observer la scène depuis un bon moment, à peine visible derrière le voilage en mousseline de soie blanc. Victoire sentit des frissons lui parcourir le corps. Cette femme allait lui provoquer une crise cardiaque un de ces jours.

Victoire s’adossa au chambranle de la porte, observant Line et Christophe. Lui, parlait à la petite assise sur le rebord de la table. Il se tenait en face d’elle, ses mains posées sur les genoux de Line dont les jambes se balançaient doucement dans le vide. Elle baissait la tête, obligeant Christophe à obliquer la sienne pour capter son attention à travers le rideau opaque de ses cheveux noir de jais. Christophe semblait lui enjoindre quelque chose tandis qu’elle fuyait son regard, refusant manifestement de lui obéir. Victoire n’en était pas sûre, elle n’était plus sûre de grand-chose d’ailleurs. Elle tentait de rassembler ses idées et d’en tirer une pensée cohérente. Pourtant, la logique des événements lui échappait encore. Elle restait donc sur le pas de la porte, bercée par le chuchotement des enfants. Victoire était une femme de forte corpulence. Ses cheveux roux étaient coupés à la garçonne, et son visage rond et avenant, habituellement coloré par le soleil, était parsemé de taches de rousseur. Pour le coup, sa pâleur avait quelque chose d’inquiétant. Elle sentait à peine ses jambes la porter et finit par s’appuyer plus fortement contre le châssis de la porte. Elle prit une grande inspiration. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Christophe la regardait intensément.

— Victoire, ça va pas ?

— Oui, je crois que ça va, souffla-t-elle. Aide-moi à m’asseoir, tu veux.

Christophe se précipita pour attraper le bras qu’elle lui tendait et la soutint jusqu’au siège le plus proche et s’y effondra de façon spectaculaire, au point d’en ébranler toute la carcasse.

— Donne-moi un peu d’eau, tu veux ?

Line reniflait. Victoire constata qu’elle pleurait en silence depuis tout ce temps, et put enfin comprendre que ce qui se passait ici n’était pas anodin. C’était même parfaitement anormal. Line avait toujours été une énigme, mais Victoire ne s’en laissait pas conter. Elle aimait s’amuser de tout et la vie lui avait montré que les gens se faisaient des montagnes pour de petits riens. Jusqu’à présent, elle aimait voir chez cette enfant le prodige d’une merveille en devenir, reléguant les sarcasmes d’Élise et les craintes de Cécile au rang de tracasseries inutiles. Mais, en cet instant,  elle ressentait dans ses tripes les répercussions possibles de ce qu’elle avait entrevoir des capacités surprenantes de Line. Elle avait l’impression que la terre s’ouvrait sous ses pieds, laissant un gouffre gigantesque près à aspirer sa petite fille chérie. Cette image, si réelle, lui asséna une telle claque, qu’elle se ressaisit sur le champ.

Voilà donc notre épisode 4 terminé ! À sa lecture, j’étais satisfaite de l’effet qu’il produisit sur Anton. Il s’est exclamé de surprise au moment où Victoire posait la main sur l’épaule de ce pauvre garçon, qui partit sans demander son reste. Mes séances d’écriture avancent plus vite que les épisodes et c’est tant mieux ! Vu qu’il ne me reste qu’un mois et demi avant d’achever ce roman (bah oui, compter un mois pour le mettre en forme est déjà une gageure !), il faut maintenant que je m’immerge plus avant dans l’univers de Line. Ce matin, j’arrivais enfin à la première image apparue dans ma tête et qui fit “tilt” (j’en parle dans ma méthode d’écriture en 3 clés). Quand on tient quelque chose… Voyez aussi ma vidéo “La naissance de Carrie d’après Stephen King”. Dans ” Mémoires d’un écrivain” Stephen King, explique comment l’idée de “Carrie” lui est venue.

L’émotion était-elle au rendez-vous ?

Exprimez vos ressentis juste en-dessous !

Après la mise en forme du roman il sera trop tard

Comment aimer ce qu’on écrit ?

Avant d’explorer ce rapport à notre écriture qui nous pousse à un examen critique, je veux remettre en question notre vision de nous-mêmes et, par ricochet, de notre écriture. Une relecture qui se conclue par « c’est pas bien, c’est nul, c’est pas intéressant » n’est qu’un auto-sabotage en règle.

Bonjour tout le monde ! Aujourd’hui j’aimerais répondre à une question qui m’a été posée et qui me trotte dans la tête depuis quelques jours. En effet, si je préconise les séances d’écriture quotidiennes où on écrit sans réfléchir (voir ma méthode d’écriture en 3 clés), il est légitime de se demander : « Et, si on n’aime pas ce qu’on écrit, qu’est-ce qu’on en fait ? » On reprogramme son mental !

 Reprogrammez votre mental et dégagez le gremlin !

Magie intérieure-Leandro De Carvalho
"Explorez la vision que vous avez de vous-même !" Oeuvre de Leandro De Carvalho "Magie intérieure"

Remettez en question votre propre jugement

Avant d’explorer ce rapport à votre écriture qui vous pousse à un examen critique, remettez en question la vision que vous avez de vous-même. Et, par ricochet, la valeur portée à ce que vous écrivez. Une relecture qui se conclue par « c’est pas bien, c’est nul, c’est pas intéressant » n’est qu’un auto-sabotage en règle. Instaurer des séances d’écriture quotidiennes vous permettra de maintenir votre mental, votre énergie et votre vision dans une même direction. Pour garder le cap, il est indispensable de faire taire cette petite voix qui vous dit : « c’est nul, je n’y arriverai jamais ».

Nous avons tous notre petit gremlin qui se tient derrière nous, penché au-dessus de notre épaule, à lire notre travail en grimaçant de dégoût. Le mien ne cessait de répéter « Beurk ! C’est de la merde, non mais regardez-moi ça ! » L’étape fondamentale à dépasser, c’est de dégager le gremlin. Le faire disparaître demande du temps et de l’endurance, mais il y a de nombreux exercices qui pourront vous y aider. Je vous partagerez au fil du temps tout ce que j’ai appris pour ce faire. En attendant, suivre mon défi « J’écris un roman en 3 mois » vous montrera, en pratique, comment concilier vos séances avec le travail d’écriture proprement dit.

 Libérez votre créativité

Avant de commencer mes séances d’écriture, j’avais lu le livre de Julia Cameron, « Libérez votre créativité ». L’auteure nous propose un processus d’exercices pratiques sur 12 semaines. Ce livre m’a beaucoup inspirée. À l’époque j’ai compris que nos habitudes de pensée pouvaient être revisitées par des mécanismes d’actions quotidiennes. Alors, j’ai décidé de prendre des cours de peinture pendant un an. Mon objectif était de répondre au gremlin. À ce problème de jugement intérieur sans fondement, je décidais d’aller chaque semaine, avec une régularité de métronome, m’assoir devant une toile blanche, exécuter une peinture sans réfléchir ni me juger, et sortir un résultat à l’issue du temps imparti. Pas de jugement, pas d’autre enjeu que de « faire » un travail artistique sans le juger au moment de son exécution.

L’avantage ? Si je me permettais d’avoir un œil critique sur mes peintures, je réitérais pourtant chaque semaine le même processus de création. Et alors ? Hé bien, j’ai appris à émettre une critique sur mon travail sans que ça ne m’empêche de revenir à ma table de travail pour en exécuter une nouvelle sans juger la création en cours. Résultat ? Le gremlin s’est évanoui dans la nature, la queue entre les jambes, incapable de supporter ce nouveau jeu de dupes. Au bout d’un an, ce mécanisme de séances m’a permis de travailler ce rapport au jugement qui casse le souffle de notre création. Ma devise était : « C’est pas parfait, mais c’est fait ! »

Lancez-vous des défis extravagants

Cette année-là annonçait ma décision d’être écrivain. J’étais prête à dompter le gremlin. J’ai alors décidé de m’installer à la terrasse du café de mon quartier pour jouer le rôle de l’écrivain. On dit souvent que, pour se forcer à adopter un nouveau comportement, le mieux est de faire semblant, de se mettre dans la peau de ce nouveau personnage auquel on s’identifie. Pour devenir écrivaine, me suis-je dit, autant jouer le rôle maintenant. Voilà maintenant 6 ans que je me suis un jour assise à cette terrasse en m’imaginant entourée d’une équipe de cinéma avec le réalisateur criant : « ça tourne ! » Je m’en souviens encore. Me voilà scribouillant avec frénésie sur mon cahier. Cherchant à jouer mon rôle avec le plus de crédibilité possible, j’étais entourée d’une tribu de bonshommes étonnés et inquiets.

Ils se demandaient si je n’étais pas un agent des Renseignements Généraux. Moi, les joues en feu et la main tremblante, n’osant relever la tête, je refusais mordicus de me demander ce que je foutais là ! Allez, ça tourne ! Tu es dans un film, Alice, assure ! Sachez bien que c’est en relevant ce genre de petits défis qu’on s’aperçoit par la suite l’importance qu’ils ont eue. On se remercie de s’être alors pris au sérieux. On rit de ses hontes puériles et on se remercie encore et encore d’avoir trouvé dans le jeu le meilleur moyen de se libérer de nos mécanismes enfantins. Ces mécanismes inconscients pourrissent notre vie d’adulte qui ne correspond pas à nos rêves d’enfant.

Comment jouer le jeu de l’écrivain ?

un écrivain écrit forcément pour les autres Photo de Leandro De Carvalho
Comment vous permettre d’émettre un jugement sur ce que vous écrivez sans d’abord travailler sa structure et sa mise en forme ? Photo de Leandro De Carvalho

Changez le rapport que vous entretenez avec vous-même

Vous éprouverez donc peut-être de l’inconfort au cours de vos premières séances d’écriture. C’est une excellente chose ! Accrochez-vous à elles dans un premier temps jusqu’à ce que vous constatiez qu’elles vous sont aussi nécessaires que l’air qu’on respire. Le jeu de l’écrivain est également important pour se mettre dans la peau de celui qui raconte. Sous entendu : un écrivain écrit forcément pour les autres, ses lecteurs. Le jeu de rôle que je vous propose a donc un double intérêt.

Se prendre pour un écrivain c’est :

  • Faire confiance à l’exercice d’écriture en sortant de soi-même. Littéralement, vous n’êtes plus là ! Vos pensées introspectives ou nombrilistes se sont fait la malle.
  • Raconter une histoire, c’est donc naturellement écrire pour les autres, pour être lu.

Vous avez ici les deux piliers fondateurs qui vous assurent d’être l’écrivain rêvé sans plus vous poser de questions. Il ne vous reste plus qu’à écrire… Maintenant, LA question relevant de la construction de l’édifice vous demandera de nouvelles compétences à acquérir et à expérimenter, ou beaucoup de chance. Appréhender l’architecture d’un roman, ça s’apprend. S’arrêter au jeu de l’égo qui pousse à se demander si ce que vous écrivez vaut la peine d’être « aimé » est prématuré.

Comment, en effet, vous permettre d’émettre un jugement sur ce que vous écrivez sans d’abord travailler sa structure et sa mise en forme ? Pensez-vous qu’un architecte incapable de mesurer son talent en travaillant à ériger des édifices habitables se sentirait architecte ? Il pourrait dessiner des bandes dessinées formidables, peut-être, mais il chercherait à vivre de son art d’une manière ou d’une autre. Il y a quelques années, un pont tout neuf s’est écroulé près de chez moi. Dans l’écriture, les erreurs sont moins fatales, c’est une bonne chose quand on y pense, non ?

 Changez surtout la vision que vous avez de l’échec

La reconnaissance socioprofessionnelle est pour moi une question tout aussi essentielle que la première, mais elle arrive en deuxième temps. Je pense en effet qu’un écrivain heureux est un écrivain reconnu, capable de vivre de son art.

Être un écrivain reconnu c’est :

  • Se confronter à la critique, quelle que soit la manière dont vous vous y prendrez. C’est accepter les compliments, les flatteries, comme les dénigrements, les reproches ou les moqueries.
  • Chercher à promouvoir ses textes en découvrant la stratégie qui vous convient, échouer ou réussir et continuer à écrire avec une régularité vraie (on ne fait pas semblant d’écrire en se plaignant que le travail n’avance pas).

Quand je parle d’échec, je ne parle pas du sentiment d’échouer. Tester une stratégie, c’est s’assigner un objectif et en mesurer la réussite ou l’insuccès en fonction du résultat visé. C’est clair. Des critères précis doivent l’accompagner. Là, on avance et on continue, le gremlin n’a rien à faire dans les parages. Le « J’aime ou j’aime pas » n’est pas un critère professionnel de sélection. Refusez de vous fourvoyer dans le sentimentalisme trompeur pour vous donner des excuses.

Le métier d’écrivain est un métier comme un autre dès lors qu’on décide de se confronter aux obstacles que tout professionnel rencontre au cours de sa carrière. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Si vous lisez cet article c’est que vous aimeriez écrire et faire découvrir votre talent à vous-même, comme aux autres. Le plaisir d’écrire est là, c’est évident, mais le travail nécessaire pour aller au bout d’un projet exige de débloquer certains mécanismes de croyance et d’auto-sabotage qui nous empêchent d’avancer.

En pratique, comment aimer ce qu’on écrit ?

Livre rêvé
Ces séances d’écriture sont une matière mouvante, vivante, en apparence déstructurée, mais qui me rapprochent de la création d’un organisme qui, bientôt, sera solidement ancré dans la vie - Photo de Leandro De Carvalho

Amassez du texte sans vous arrêter

Pour commencer, soyez sûr d’une chose : tout passe par la régularité de vos séances d’écriture (que vous optiez pour des séances de travail acharné ou des séances d’écriture libre). Plus on écrit et plus on augmente le pourcentage de « waouh ! », c’est mathématique. Si vous vous imposez votre quart d’heure quotidien, vous vous approprierez votre travail d’écriture. Vous casserez le mécanisme de jugement qui vous empêche d’aller loin et d’accomplir votre propre chemin vers l’excellence. Si c’est trop douloureux, choisissez sans hésitez le quart d’heure de plaisir que je vous prescris et ne ratez pas une séance !

Une fois la mécanique bien huilée, qu’est-ce qui vous garantit que vous allez aimer ce que vous écrirez ? Dans mon défi « J’écris un roman en 3 mois », il y a beaucoup de dialogues et de scènes que j’écris et qui ne sont que des pistes pour la suite, elles sont mal placées, ne présentent pas un intérêt dynamique immédiat dans le récit en cours, et ne seront peut-être même pas reprises. Pourtant, elles servent à me faire avancer, à me questionner et à me donner des idées. J’en tire des éléments précieux, de minuscules images qui alimenteront les scènes futures et qui, elles, auront toute leur place dans l’histoire. Ce fonctionnement est possible uniquement parce que je crois dur comme fer que j’arriverai au bout d’un récit complet.

Apprenez à vous détendre sur le résultat escompté.

Ces séances d’écriture sont une matière mouvante, vivante, en apparence déstructurée, mais qui me rapprochent de la création d’un organisme qui, bientôt, sera solidement ancré dans la vie. Durant mes séances où j’écris sans m’arrêter, en réfléchissant à peine, je m’offre une possibilité de me plonger dans une histoire qui tire sa cohérence dans les jours qui passent, dans une régularité. Des séances quotidiennes, certes imposées, mais dont la règle est de se faire plaisir.

Lors de ces séances, je suis libre de m’emballer, de me tromper, de ne pas me juger, de ne pas écrire comme je le voudrais. Des fois, on se laisse aller, on a l’impression d’être l’instrument d’une force invisible qui nous dicte et nous rend inventif, on vit « l’effet waouh ! », des fois oui, mais pas toujours. Cette réalité triviale, de ne pas écrire comme on rêverait toujours de le faire, est inhérente au travail d’écriture, qu’on se le dise ! 

Alors, c’est bien joli, ça, de vous exhorter à écrire sans réfléchir et sans vous juger mais, « qu’est-ce qu’on fait quand on n’aime pas ce qu’on a écrit ? »

devise apprécie le processus
Accrochée à mon bureau, ma devise de l'année est : "apprécie le processus" !

Quand le pas est franchi, l’aventure ne fait que commencer. Les difficultés seront nombreuses. Pour moi, les séances d’écriture s’apparentent au gouvernail de mon navire. Je m’accroche à lui pour traverser l’océan jusqu’à la terre promise. Ces séances d’écriture m’ont également permis d’apprécier le processus d’écriture, même quand les terres rencontrées n’étaient que de simples escales. Je parle ici de l’écriture de nouvelles. Ces petites histoires que j’écrivais en une ou deux semaines ont été un entraînement bénéfique pour appréhender la construction d’un récit. J’avance désormais plus sûrement vers un continent inconnu, sans savoir si je le trouverai, mais j’ai appris tant de choses en matière de navigation, que je me sens aujourd’hui plus légitime à tenir la barre, confiante, sereine, et sans gremlins sur le pont.

Pour vous partager mon expérience je vais décortiquer tous les exercices qui m’ont appris à écrire libre et confiante. En attendant, mon défi “Un roman en 3 mois” fera très bien l’affaire pour observer en live cette mécanique d’écriture. Terminées donc les apartés ! Place à la suite de notre roman qui, je vous le rappelle, doit se terminer dans 9 semaines. 

Mon atelier d’écriture avec Bernard Werber

Je suis allée à Paris pour rencontrer Bernard Werber à l’occasion de son atelier d’écriture. Autant dire que l’après-midi d’hier était magique

L'écrivaine solitaire à l'assaut de Paris
"Comment rester focus sur l'écriture de son roman sans se sentir trop seul(e) ?" Question posée à Bernard Werber Interview vidéo en bas de cet article Photo PitCrewProd

Salut tout le monde ! Je suis allée à Paris pour rencontrer Bernard Werber à l’occasion de son atelier d’écriture, un évènement gratuit organisé par Amazon Academy. Autant dire que l’après-midi d’hier était magique, sans pour autant revêtir la densité d’une master class telle qu’il le propose régulièrement sur son site rien que pour nous. Qu’importe ! Le jeu était délectable et Bernard Werber a encore fait la démonstration de son talent de meneur d’intrigues. Au fond, il rappelle astucieusement qu’entre l’écriture d’un roman et l’écriture d’une histoire, nous avons tout un monde à découvrir en nous, et dans notre rapport au monde. C’était l’enjeu de cet atelier d’écriture auquel j’assistais, émerveillée de tant de candeur et de simplicité. Et, pendant la pause, j’en profitais pour demander à Bernard ce qu’il conseillait pour rester focus sur l’écriture sans se sentir seul, isolé et lâcher la pression. Voir ma vidéo en bas de l’article.

Dans l’atelier d’écriture de Bernard Werber souffle le vent d’une liberté retrouvée

Bernard Werber Paris
"Un atelier avec Bernard Werber, ça vaut le détour. J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer un homme aussi libre !"

Un atelier avec Bernard Werber, ça vaut le détour. Vous bénéficiez alors d’une vraie récré, une récréation pour les grands enfants que nous sommes. On ne voit pas le temps passer, on oublie le monde extérieur, et on se laisse complètement happer par l’espace-temps des gens heureux. Bernard Werber est passé maître dans l’art de transformer la réalité en pur délice créatif. J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer un homme aussi libre !

Bernard Werber insuffle un vrai sentiment de légitimité

Dès les premières minutes, Bernard Werber nous transporte dans la beauté d’un jeu qui nous appartient tous, au-delà de nos convictions de n’être qu’une identité figée dans les différents rôles que nous nous attribuons. Il nous révèle à nous-mêmes, il fait émerger cette certitude enfouie que notre écriture est éloquente et légitime. Quelques images se succèdent à l’écran pour que nous en révélions l’histoire — une simple phrase à faire sonner, une histoire à elle seule, une image qui raconte un avant et un devenir. En quelques mots, ces illustrations nous interpellent, nous font rire, projettent une possible narration. C’est enfantin et efficace.

Premier commandement de cet atelier d’écriture : « arrêtez de vous juger ! »

Cette mise en bouche fonctionne à merveille et, tout du long, on se rassemble, on interagit, on crée et on s’exprime avec un naturel déconcertant. Le secret de cette liberté de parole écrite, clamée, partagée, tient aussi de sa mise en garde. Le mot « SPOKE » s’affiche à l’écran. « Ce que vous allez apprendre, vous servira tout le reste de votre vie. SPOKE est un mot grec qui signifie : travailler sans se juger. Voilà ce que nous allons faire aujourd’hui. Arrêter de se juger ! Nous sommes des machines à juger et, au final, nous nous jugeons nous-mêmes. C’est ce processus-là qui nous empêche d’écrire. Pour écrire, vous allez éteindre votre mental et découvrir la joie d’être créatif. On est là pour s’amuser, soyez réactifs ! »

Deuxième commandement de cet atelier d’écriture : « écrivez sans réfléchir ! »

Comme tout homo-écriturus qui se respecte, nous connaissons forcément le premier secret de l’écriture : « se laisser aller à écrire sans réfléchir comme un cheval qui galope ». Cette liberté, nous l’avons découverte, un jour, puis oubliée ou enfouies dans l’inacceptable. Car, malheureusement, la notion de risque et d’erreur nous est devenue insupportable, au point de brimer notre audace. « Surtout, ne vous arrêtez pas pour vous dire : merde j’écris des conneries ! Écrivez librement, n’importe quoi, sans réfléchir et sans vous arrêter. Soyez libre ! » Acceptons donc de tout réapprendre pour recouvrer notre liberté. Et le plus drôle dans tout ça, c’est que ça ne demande pas tant d’effort.

Dans  l’atelier d’écriture de Bernard Werber l’eau qui dort se réveille limpide

la parole se déroule
"Vous connaissez quelqu’un qui prend plaisir à faire chier les autres ? Qui aime vraiment ça ? Quelqu’un a-t-il rencontré une personne comme ça ? "

Des petites annonces loufoques sont prises en exemple, des faits divers, des plaques professionnelles photographiées sur un mur d’immeubles… nous confirment que « le réel dépasse l’imaginaire ! » On y puise un nombre fabuleux d’histoires complètes. Mais ce n’est pas tout ! Les heures s’enchaînent sans qu’on y prenne garde et Bernard amène les sujets du vécu, ces drames qui dépassent la fiction. Et voilà comment l’auteur de « Les Fourmis » et aujourd’hui « Sa Majesté des chats » nous entraîne sur son sillage.

Dans l’atelier d’écriture de Bernard Werber les résistances se délitent

« Écrire est plus facile que vous ne l’imaginez » claironnait-il en préambule. Rien ne vous oblige à pondre un manuscrit, écrire peut être un hobby. Sous-entendu : ne vous en privez pas ! Je me demande alors combien de fois nous aurons besoin d’entendre qu’on est tous capables d’inventer des histoires ? Nous avons ça dans la peau ! Et, sous prétexte que l’écriture proprement dite exige une certaine rigueur, nous ne serions pas capables d’en approcher la beauté ? Au fond, c’est peut-être ça qui nous dissuade d’écrire en toute liberté. Bernard Werber a vraiment le chic pour nous ôter toute résistance. Il semble que nous ayons intégré les deux préalables. À savoir : apprécier le processus d’écriture sans se juger et, en conséquence, apprécier ce qu’on écrit.

 L’écriture est un jeu d’idées choc d’où jaillit la clarté

À chaque exercice d’écriture, une consigne nous est donnée, un temps nous est imparti et une musique nous accompagne. Le truc qui nous rassemble c’est le thème de départ : « Trouvez un mauvais sujet de roman ». Les idées les plus inappropriées fusent. Les cornichons sont adoptés à la grande majorité, reléguant les hémorroïdes et les pieds qui puent au domaine des sujets par trop ragoûtants. Une fois la « promotion cornichon » auto-proclamée, les réjouissances se poursuivirent autour du cornichon : histoires d’amour courtes, histoire qui fait peur,… Nous avons joué le rôle de l’écrivain sans peur et sans reproche auquel je crois plus que tout. Le pied total !

Bernard Werber nous enseigne la beauté simple de notre incongruité

Bernard Werber ne fera pas l’impasse sur les règles essentielles qui mènent une histoire à son terme. Ce qui fait un héros ou une héroïne, explique-t-il, c’est qu’il cherche à savoir qui il est vraiment. Parce que les autres ne savent pas mieux que vous qui vous êtes. Alors, pour rendre son personnage vivant, il doit relever un challenge. Et, plus le challenge est difficile, plus le héros sera méritant. Ensuite, vous devez trouver une stratégie originale. Le héros est face à un dilemme et ne fait pas vraiment ce qui est logique. C’est pour ça qu’il est intéressant. Pour illustrer son propos, s’affiche à l’écran une liste de choses à faire pour perdre 5 kilos suivie avec une recette de fondant au chocolat. On rit, c’est en effet simple à comprendre.

L’atelier d’écriture de Bernard Werber est un ballet de personnages masqués

atelier d'écriture bernard Werber
"Le méchant dynamise le récit. Il introduit le mystère et révèle le héros"

« Faites un pas de côté pour éviter le crachat »

Comme cet atelier d’écriture ne durait que quatre heures, il fallait un sacré talent pour le rendre à la fois productif, créatif, interactif et instructif.  « Les gens racontent des conneries, vous les portez, les accouchez et pouf ! Ça fait un livre. Vous connaissez quelqu’un qui prend plaisir à faire chier les autres ? Qui aime vraiment ça ? » Quelqu’un a-t-il rencontré une personne comme ça ? La plupart du temps c’est notre cerveau limbique qui réagit et on se demande « pourquoi moi ? ». Mais si vous faites un pas de côté pour ne pas recevoir le crachat et que vous observez cette personne, ses mécanismes de pensée, vous disposez d’un personnage à exploiter. Vous procédez à une métabolisation par l’écriture. Allez ! Racontez-moi une histoire avec quelqu’un de très méchant.

« Regardez votre voisin dans les yeux pendant 20 secondes »

Le méchant dynamise le récit. Il introduit le mystère et révèle le héros, il le met face à lui-même. Nous disposons de trois mécanismes principaux : la recherche de sécurité, les automatismes émotionnels et la logique. Le héros subit une injustice de la part du méchant et finit par comprendre et par se venger. Ce principe marche à tous les coups. Après ces explications, retour aux exercices avec la création d’une fiche personnage, mais pas n’importe laquelle. L’exercice consiste à regarder son voisin dans les yeux, puis à bien l’observer avant d’en faire une fiche personnage : qualité principale, défaut majeur, relation avec son père, sa mère, plat préféré. A-t-il déjà volé, s’est-il battu, saoulé au point de rouler sous la table ? « Vous ne devez pas vous connaître. Est-ce que vous vous êtes parlé avant ? Non ? Parfait, alors c’est parti ! »

Sentez la puissance subtile de cet exercice !

Mon voisin est un concepteur de jeux de société qui s’est lancé dans l’entrepreneuriat. Qualité : entrepreneur. Ça, j’avais bon car j’avais triché, l’ayant vu faire ses comptes avant le démarrage de l’atelier. Ensuite, j’ai eu à peu  près tout faux. Lui s’est nettement mieux débrouillé mais, je suis assez transparente dans mon attitude, ça a dû l’aider. Bref, c’est un exercice d’une grande puissance pour approcher la création d’un personnage et comprendre que l’observation est une technique subtile de questions/déductions. Bernard Werber avouait qu’au début de sa carrière il associait systématiquement la photo d’un acteur ou d’une personne réelle à sa fiche personnage.

Cet atelier d’écriture résonnera encore longtemps en moi

le ballet masqué atelier d'écriture Paris
"le « manuscrit », un organisme vivant dont le squelette est essentiel, dont les organes représentent les plus belles scènes."

Comment nourrir son inspiration sans être hanté par l’irrationnel ?

Ainsi se termine pour moi cette bulle d’inspiration temporelle car je devais retrouver le tic tac de l’horloge qui annonçait le départ de mon train à destination du Havre. J’ai juste le temps de l’entendre personnifier le « manuscrit », un organisme vivant dont le squelette est essentiel, dont les organes représentent les plus belles scènes. Sans plan, prévient-il, on aura tendance à tricher, à s’empêtrer dans la surenchère, voire à basculer dans l’irrationnel pour parvenir à trouver une fin à la mesure de son début prometteur. Ça, ce n’est pas faux, c’est même intelligemment décrit : la hantise d’une fin qui nous échappe ! Bref, Un roman, c’est : « un début, un milieu, une fin, trois parties de même puissance, toutes d’égale importance ». Voilà qui clôture bien ma séance et résonne avec le coup de sifflet qui annonce mon départ.

Ma question à Bernard Werber : comment écrire un roman sans se sentir trop seul ?

Tout écrivain qui souhaiterait organiser un atelier d’écriture devrait participer à une master class de Bernard Werber ! Il rappelait que plus de la moitié d’entre nous, français, avons déjà songé à écrire un livre. N’est-ce pas ? Pourtant, nous ne serions que 3 % à posséder un manuscrit achevé et prêt à être offert à la lecture. C’est inadmissible ! Je pense que l’homme généreux et enthousiaste qui se tenait devant moi est bien résolu à faire bouger les choses et je suis bien décidée à le suivre sur ce terrain. J’ai emporté avec moi un petit souvenir. Pendant la pause, je lui ai proposé de répondre à une question qui vous intéressera, un petit souvenir vidéo de ma rencontre avec Bernard Werber juste en-dessous.

Comment faire de l’écriture un vecteur d’expression de la vie ?

Mais, attention les amis ! L’écriture n’est peut-être pas le seul vecteur d’expression qui vous correspond. Ce besoin viscéral que nous avons d’exprimer ce que nous sommes, et ce qui, sans le moindre doute,  nous donne le sentiment de répondre à la vie, se trouve quelque part entre la parole et l’écoute, entre le silence et le souffle, entre le mouvement et l’émotion. Nous recherchons parfois toute notre vie cette légitimité d’être en vie, qui ressurgit quand on écrit, et sème le doute. Expérimentez dans l’écriture, la danse, le sport, l’art ou les voyages ce quelque chose qui est en vous, qui cherche à savoir qui vous êtes et ce qui est vraiment important pour vous. Pourquoi ? Mais parce que vous êtes le héros de votre vie et que vous êtes le seul à pouvoir découvrir. Comme le rappelle Bernard, « les autres ne savent pas mieux que vous qui vous êtes ».

Souvenir vidéo : question à Bernard Werber

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Théâtralisons notre récit : secrets et accessoires

Pour ce troisième épisode de notre défi « J’écris un roman en 3 mois avec mon fils », j’ai passé deux heures à la recherche de menus détails. Pour théâtraliser notre récit, il faut que nos acteurs trouvent leurs accessoires.

Bonjour tout le monde ! Pour ce troisième épisode de notre défi « J’écris un roman en 3 mois avec mon fils », j’ai passé deux heures à la recherche de menus détails.  Pour théâtraliser notre récit, il faut que nos acteurs trouvent leurs accessoires. D’abord, Sarah devient Cécile. Prénom aristocratique latin, il sera plus approprié que Sarah, prénom d’origine hébraïque. Ensuite, la maison ! Je me suis amusée à la chercher. Et vous savez quoi ? Je l’ai trouvée ! Bon, ce n’est pas une villa à 10 millions de dollars, mais une ancienne demeure familiale typiquement basque où Cécile préférait se retirer pour se remettre de l’accouchement. Très vite, d’ailleurs, elle décide d’y séjourner de façon permanente, le temps de voir venir, que Line grandisse un peu. Antoine se plie de mauvaise grâce à cette lubie, mais y trouve rapidement un intérêt lorsque son usine chimique de Mont — à une heure en voiture — est secouée par de violents mouvements sociaux.

La théâtralisation du lieu permet d’habiter notre récit au-delà du simple décor

Maison StJean La Rêka

Le théâtre de notre histoire est donc cette demeure familiale d’Antoine d’Haranguier, située à l’entrée de Saint Jean de Luz et qu’on appelle familièrement « La Rêka » (ruisseau en basque). C’est une maison à colombage typique du coin et de dimension modeste. Elle compte quand même une superficie de 650 m2, deux étages et quatorze pièces. Datant du tout début 18ème, elle comprend une écurie, une piscine et 2 hectares de forêt que traverse un ruisseau. Le coin idéal pour élever une super-héroïne !

Dans ce décor, les secrets de famille se dessinent

Line était réveillée tous les jours à 7 heures par Winston. Ça évitait à la nourrice d’essuyer les plâtres, et à Line de démarrer sa journée par un drame. Mais, ce qui était sûr, c’est qu’Antoine trouvait ça déplacé. Certes, il avait bénéficié de l’attention de Winston étant enfant, mais pas de cette manière, son père ne l’aurait jamais permis. Et, ce jour-là, il avait bien l’intention de bousculer les habitudes matinales de son majordome. Antoine était arrivé la veille, prétextant des affaires pressantes à LACQEM, son usine de chimie à Mont. Levé à 6 h00, il alla prendre le café dans les quartiers de Winston. La maison n’était pas à son goût. Elle manquait d’intimité. Exigüe, mal éclairée et surchargée de bricoles inutiles, il aimait pourtant parcourir ses espaces confinés imprégnés de souvenirs.

— Puisque vous semblez prendre racine à Saint Jean, j’aimerais que vous m’accompagniez à l’usine, lança-t-il sans s’annoncer. Bertrand Darche a des difficultés avec le maire. La population fait pression sur les autorités pour des raisons environnementales. Jusque-là, le préfet était conciliant, mais il a été récemment remplacé. Et nous n’avons plus de soutien de ce côté-là. J’ai besoin de vous sur place, pour comprendre la situation et entrer en contact avec les nouveaux acteurs locaux.

— L’annonce de Darche de supprimer les postes de nuit des mécaniciens-pompiers a mis le feu au poudre, répondit Winston qui s’était préparé à cette entrevue et servait déjà un café fumant sur le comptoir de sa cuisine.

— Oui, j’ai donné mon accord de principe pour une réorganisation progressive, mais il n’en a fait qu’à sa tête ! Ce Darche manque décidément d’esprit tactique dès qu’il s’agit de politique. Si la famille est ici, je n’aimerais pas que les choses dégénèrent au point que Cécile soit inquiétée, vous comprenez ?

— Fort bien, j’ai entendu des rumeurs… les salariés se sont réunis la semaine dernière avec un groupe d’activistes de Pau pour organiser des actions choc. Ils préparent un coup en marge de la manifestation du 10 novembre à Mourenx.

— Bien, je vois que vous restez vigilant.

— C’est mon rôle, Monsieur. J’ai envoyé quelqu’un à cette réunion. Ils ont parlé de « La Rêka ». Pour l’instant, personne n’a suggéré de s’y rendre, mais il ne faut pas exclure une opération de sabotage sur le site.

— Qui sont-ils ?

— Des anciens de LACQEM, pour la plupart, qui enrôlent les employés les plus jeunes. Il y a aussi des salariés de LUBRIZOL de Mourenx, et pas mal d’habitants de la région : Mont, Orthez, Pau essentiellement. Ils craignent un accident de grande ampleur. Les élus sont sur la brèche, ils seront présents cette fois.

— Oui, depuis l’incendie de Rouen, le monde s’agite dans tous les sens, c’est la débandade ! Qui est votre informateur ?

— Un salarié de LACQEM qui part en pré-retraite. Il est avec nous. Je l’ai convaincu de s’allier à notre cause. Il n’apprécie pas le PDG, personne ne l’apprécie d’ailleurs, mais il restera fidèle à la famille.

— Il peut s’infiltrer parmi les activistes ?

— C’est déjà fait. Il est très estimé. Le noyau dur lui fait confiance.

— Parfait, augmentez ses gages.

— C’est prévu.

Antoine s’attarda sur le visage de Winston. Son expression n’avait pas changé, malgré les rides discrètes au coin de ses yeux, Antoine retrouvait ce regard doux et pénétrant qui avait tant de fois su apaiser ses colères.

— Je suis désolé d’avoir douté de votre jugement, Winston.

— Plaît-il ?

— Je veux dire, à propos de Line. J’ai pensé que vous lâchiez un peu du lest dans nos affaires.

— Vous devriez savoir que la sécurité de la famille d’Haranguier est et restera ma priorité, Monsieur.

— Oui, je devrais pourtant le savoir…

Des cris leurs parvinrent provenant du rez-de-chaussée. On entendait Élise s’exclamer haut et fort, et Line pleurer toutes les larmes de son corps. Winston et Antoine se levèrent dans un même élan et se dirigèrent ensemble vers la cuisine. Élise levait un gros livre relié au-dessus de sa tête tandis que Line trépignait de rage, les bras tendus vers sa nourrice qui, à l’évidence, refusait de lui donner l’objet de sa convoitise. Le plus drôle c’est que ce livres faisait presque la taille de l’enfant.

un grand livre relié
"Le plus drôle c’est que ce livre faisait presque la taille de l’enfant." photo DarkWorkX

— Que se passe-t-il ici, s’écria Antoine. Qu’est-ce que c’est que ces simagrées ?

Elise se retourna le regard furibond.

— Line s’est introduite dans la bibliothèque et avait attrapé ce livre ÉNORME !

— Et, c’est tout ?

— Non, elle était juchée sur une échelle et le poids du livre l’aurait assurément renversée si je n’étais pas intervenue à temps. Et maintenant cette demoiselle ne veut rien savoir. Elle doit pourtant apprendre à obéir.

Winston s’était approché d’Élise et lui pris doucement l’ouvrage des mains.

— Une édition originale de « Alice au pays des merveilles ». C’est un livre que je lui lisais souvent étant bébé.

— Madame d’Haranguier m’a bien spécifié que la bibliothèque était interdite à Line, qu’elle regorgeait de livres précieux.

—C’est vrai, intervint Antoine. Le plus surprenant c’est qu’elle ait pu attraper celui qu’elle voulait. Je crois en effet qu’il se trouve dans les étagères supérieures, non ? Une sacrée montée pour un si petit de chou.

— Absolument, elle aurait pu se rompre le cou. Et, il est important qu’elle comprenne qu’à son âge la bibliothèque lui est interdite.

— Bon, écoutez Élise, le plus simple est de laisser la bibliothèque fermée à clé et…

— Justement, Monsieur ! La pièce est toujours soigneusement fermée et la clé accrochée sur le tableau du vestibule, à une hauteur qui ne lui est pas accessible, Dieu merci !

— Mais alors, comment ?

— C’est un mystère ! Je demanderai qui a pu laisser la clé sur la porte et prierai Madame d’Haranguier de la mettre hors de portée de tous, quitte à y faire moi-même le ménage. Line est obsédée par cette bibliothèque !

Winston sourit. Il avait déjà surpris Line en train d’escalader le guéridon de l’entrée après avoir pris soin de rapprocher l’un des fauteuils placés plus loin dans les niches des fenêtres. Il avait suspecté son intention d’attraper les clés sans se douter qu’elle en cherchait une en particulier. Il se dit qu’il devrait prendre le temps de l’observer sans intervenir trop vite. Line passait du temps à lire, c’est vrai. Et c’était plutôt pittoresque à voir. Elle avait à peine 3 ans mais son désir d’apprendre était insatiable et ses questions incessantes. Elle lisait déjà tout ce qui lui passait sous la main mais il avait remarqué que les questions concernant son héroïne préférée ne tarissaient pas. Elle avait à l’évidence décidé d’y répondre par elle-même. Winston savait très bien qu’elle savait déjà lire à son âge, sans pour autant le claironner sur tous les toits. Ça ne se faisait pas, et il pressentait de que ça pouvait bien devenir dangereux. Alors, quand Lise lui montrait un mot qu’elle ne comprenait pas, il lui en expliquait le sens. Depuis peu, il lui avait fait découvrir le dictionnaire. À la grande surprise d’Élise et de Cécile, Line passait désormais beaucoup plus de temps dans les appartements de Winston. Seulement, comme d’un commun accord, Line n’en parlait à personne. Elle avait d’ailleurs bien vite compris que les adultes ne répondaient généralement pas à ses questions, et détournaient les sujets de conversation qui la préoccupaient. Les « pourquoi » de Line n’étaient pas à prendre à la légère. Seul Winston l’avait apparemment compris.

— N’en faisons pas toute une histoire, Élise. Je suis persuadé que Line prendra soin de cet ouvrage.

Théâtre Alice au pays des merveilles
"il avait remarqué que les questions concernant son héroïne préférée ne tarissaient pas" Photo Brunapazini0

Et, joignant le geste à la parole, Winston tendit le livre à Line qui avait cessé de pleurer depuis qu’il s’en était emparé. Le serrant fermement contre sa poitrine, elle regarda Winston avec reconnaissance avant d’aller le poser sur la table. L’effort qu’elle était censée faire pour cela ne parut pas la détourner de son objectif, trop heureuse d’avoir gagné la bataille, et ne se souciant ni d’Élise ni de son père. Elle se jucha ensuite sur la chaise, s’installa en se tortillant légèrement et respira profondément avant d’ouvrir sa merveille. Élise était bouche bée, n’osant protester. Depuis son arrivée, Monsieur d’Haranguier n’était quasiment jamais là et, quand il daignait passer quelques jour à La Rêka, c’était pour fulminer contre tous, particulièrement contre Winston et Madame d’Haranguier. Ça n’empêche, elle restait persuadée que Winston sapait continuellement ses efforts, gâtant cette enfant au point de la rendre capricieuse et indisciplinée au point où ça devenait intenable. Si le père se rangeait du côté de Winston, elle ne donnait pas cher de sa place.

— C’est pas Dieu possible ça ! Vous allez en faire une enfant gâtée et frondeuse. Ce ne sera pas de ma faute si cette petite n’écoute donc personne ! Monsieur d’Haranguier, vous aurez été témoin de mes efforts.

Voilà un épisode qui donne le ton entre les deux hommes de cette maison, une complicité et une confiance qui ne se compte plus en termes d’années mais en termes de souvenirs d’enfance et de secrets de famille, intimement imbriqués dans les secrets d’affaire. N’oublions pas non plus que Winston a élevé sa propre fille, Olivia, aux côtés des deux enfants d’Haranguier : Antoine et Camille. Cette dernière, très indépendante et impulsive, viendra de temps en temps perturber les arrangements familiaux, tel un cyclone qui repart aussi vite qu’il est venu. Mais elle pourrait bien avoir la fonction du messager. Christopher Vogler dit de ce personnage qu’il intervient dans le récit  comme une force soudaine qui empêche le héros de dériver vers le mauvais chemin. Ces figures archétypales servent à jalonner le chemin de l’écriture de point d’ancrages efficaces pour mener à bien son projet. Ici, l’idée d’attribuer un rôle à la tante Camille, me permet d’anticiper la suite, d’imaginer déjà les difficultés que Line va devoir traverser seule, jusqu’à trouver une aide inattendue.

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