Trois déclics qui changent une vie

Quels sont les trois déclics qui ont changé ma vie ? Changer sa trajectoire pour suivre ma vocation d’écrivaine a nécessité, au préalable, un grand plongeon dans le vide

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs « Les 3 déclics pour changer de vie » du blog
 « Fais briller tes étincelles », pour mieux vivre dans sa maison et se sentir mieux connecté à soi

Un déclic est une décision provoquée par un puissant sentiment d’urgence, une décision qui met en route une machinerie intérieure changeant irrévocablement le cours de notre vie. C’est comme si on lançait un harpon et qu’on se laissait tirer vers sa destination, sans lâcher, avec une détermination animale. Et, lorsqu’on se retourne enfin, on s’aperçoit qu’on a changé de cap. Ces déclics-là, on s’en souvient pour toujours. J’en nommerais trois, puisque c’est la règle du jeu de ce carnaval d’articles, et, aussi, parce qu’en raconter plus diminuerait l’importance de ce qu’on s’apprête à dire.

Pendant le déclic, on répond à l’appel dans un sentiment d’urgence extrême

tomber dans le précipice Heather Plew - photo de
"J’avais déjà tiré le harpon avec un tel sentiment d’urgence, que j’avais l’impression très nette de vaciller au bord du précipice" - Photo de Heather Plew

Avancer jusqu’au bord de notre propre tombe

Le plus mémorable des trois est bien évidemment le moment où j’ai décidé de devenir écrivaine, mais cette décision (dont je me souviens parfaitement) n’est que l’atterrissage ; le vrai déclic s’est produit plus d’un an auparavant. J’avais déjà tiré le harpon avec un tel sentiment d’urgence, que j’avais l’impression très nette de vaciller au bord du précipice. L’impérieuse nécessité de survivre s’imposait de toutes parts. À l’époque, mes enfants étaient si petits, si fragiles… alors que ma vie tournait au cauchemar. Aldo assumait difficilement son statut de père, et encore moins son statut d’animal social. Sa psychose minait notre moral, notre joie de vivre, nos certitudes même d’être en vie. Je m’agrippais à tout ce qui pouvait m’éviter d’être emportée par la tempête. Sa violence allait tous nous tuer. Nous avions enfin décidé de nous séparer, mais la passion qui nous liait avait construit d’invisibles fils qui nous tenaient encore prisonniers, malgré la distance qu’une survie primaire parvenait à nous imposer.

Écouter les fils invisibles qui nous relient à la vie

Je me rappelle exactement le jour où j’ai ressenti une étrange exaltation ; une pensée qui se transforme en appel venu de l’intérieur, connecté quelque part à une force invisible. C’était comme un appel, venu de loin, bien loin du petit appartement où se jouait une vie ordinaire, loin du temps présent, dans un « ici-maintenant » transcendant la réalité immuable du quotidien, suspendu par des fils si fins qu’ils étaient à peine visibles. Pourtant, je ressentais leur dimension démesurée. Étonnamment, c’est sur le web que je cherchais fébrilement l’origine de cet appel. J’étais persuadée que je pouvais… Non ! Je sentais que je « devais » trouver une solution maintenant ! Une aide qui nous sauverait tous. Je ne me souviens plus combien de temps ça m’a prit mais, quand je suis tombée dessus, j’ai su sans l’ombre d’un doute que je l’avais trouvée.

Faire confiance à l’inconnu qui sommeille en nous

À mille kilomètres de chez moi, dans le Var, une inconnue nommée Martina Jade proposait un stage d’une journée pour « parler aux arbres ». D’une éducation universitaire et anticléricale convaincue, je n’étais pas encore bien consciente que mon intérêt pour l’art, la nature et les mystères de la science me portaient inéluctablement vers les secrets de l’anima. Une force inconnue me somma de contacter Martina Jade, ce que je fis sur-le-champ pour réserver une place à son stage. J’étais bien décidée à lui demander de me sauver ! J’avais également réservé cinq jours sur place dans une location de vacances dans la région montagneuse du Castellet. Ceci fait, j’embarquais les enfants, et enjoignais leur père de nous accompagner. Nous nous devions de faire cette traversée. Le trajet fut un enfer ! Et, ce qui devait arriver arriva. Aldo a pété les plombs sur la route. J’arrivais dans le Var avec des contusions au visage, le tube d’argile que j’avais emporté fit son effet et je me présentais au stage à peu près présentable. À l’intérieur, je n’étais plus moi-même. L’avais-je jamais été ? Bien plus tard, Martina m’avoua qu’elle et ses amies m’avaient prise pour une véritable allumée. De la part de nanas rassemblées pour parler aux arbres, c’était fort de café !

savoir écouter les arbre
"Elle m’a déracinée, apporté du terreau, rempotée et enjoint à écrire" - Savoir écouter les arbres de Bela Geletneky

Trouver le messager malgré l’obscurité

Le lendemain du stage, pleine d’espoir, j’appelais Martina pour solliciter un entretien. Elle me rembarra comme il faut, prétextant mille et une choses à faire. J’en déduisis qu’elle n’avait pas le temps de s’occuper de tous les chiens errants qui passaient par là, et je coupais court à son avalanche de justifications. Mais, dix minutes plus tard, c’est elle qui rappelait, me demandant si j’étais libre le lendemain (évidemment, j’étais venue pour ça, patate !) Et voilà comment, ce jour-là, ma vie a basculé. Nous avons parlé deux bonnes heures, je prenais des notes avec frénésie, ça la faisait rire. J’y notais les premiers conseils de survie pour entamer le plus grand et le plus important changement de cap de toute ma vie. Nous avons correspondu pendant plusieurs années. Martina est aujourd’hui une amie chère qui m’a relevée de terre. Elle m’a déracinée, apporté du terreau, rempotée et enjointe à écrire. J’ai donc fini par me relever complètement.

Après le déclic, on ne se retourne pas avant d’avoir atteint le rivage

le grand plongeon
"Lorsque mon père mourut, ce fut le déclic : je sautais sans filet." - Le grand plongeon par free photos

Suivre sa vocation nous oblige à tracer notre chemin

L’erreur serait de croire qu’on s’est miraculeusement sorti d’un cauchemar. En effet, il est précieux de comprendre que ce « cauchemar » vécu n’est autre que notre appel à l’aventure, orchestré par nous-mêmes pour sortir de ce que Steven Pressfield nomme « notre vie fantôme ». Le cauchemar est souvent un passage obligé pour répondre coûte que coûte à notre appel intérieur. En fin de compte, je suis devenue l’écrivaine que j’étais et que j’avais passé ma vie à fuir. Six ans de bonheur solitaire, me délestant de mon passé, de mes amis, de mes élans inopportuns vers l’extérieur. Pendant toutes ces années, j’ai appris à me taire, à laisser parler notre voix intérieure, à travers les fils qui nous relient à l’invisible. Après cela, il était temps de revenir à la réalité sociale et de vendre mes livres. C’est là que le deuxième déclic se produisit. J’avais une pensée, de celles qui montrent le bout de leur nez uniquement lorsque la table est mise et le repas servi.

Le premier vrai déclic en entraîne forcément d’autres

L’envie impérieuse de créer un site internet me relançait, sans discernement, en direction de tous les possibles. Pourtant, j’étais cette fois à l’écoute des autres et de moi-même, et prête à me réinventer sans la nécessité d’être sauvée. Ça, c’était déjà fait. L’écoute est une matière difficile qui ne s’apprend pas à l’école. L’écrivaine doit sortir de sa grotte pour exister. L’envoi aux éditeurs, l’autoédition, la vente-test d’une nouvelle dans les concerts, et même dans la rue, les projets fous avec de grands rêveurs… tout cela n’atteignait pas le stade du système économique viable et indépendant. L’appel de l’aventure se fit donc entendre. À ce moment là, le nombre d’écrivains publiés qui ne vivent pas de leur plume me laissait pantois. Et je suivais les vidéos d’Oliver Roland sur youtube. Ses propos faisaient échos à une idée qui sommeillait en moi : « N’attendez pas l’assentiment d’autrui, prenez votre carrière en main, devenez indépendant ! »

Apprendre à s’écouter est une formation continue

Olivier Roland proposait une formation que je considérais hors de portée de ma bourse mais, lorsque mon père mourut, ce fut le déclic. Je sautais sans filet, je m’inscrivis à « Blogueur Pro », me disant que je trouverais un moyen, mois après mois, de payer mon investissement. Évidemment, c’est ce qui arriva. Je trouvais des ménages à faire dans un hôtel, et je débutais l’aventure du blogging. La route est longue. Je mets une année entière à définir qui je suis, ce que j’ai à dire, à écrire, et même à penser. Sortir l’écriture de sa grotte n’est pas une mince affaire. Toutes sortes de questions existentielles surgissent comme des bêtes sauvages incapables de contrôler leur faim. Je m’enferme de plus en plus dans la vision étriquée de « gagner de l’argent avec son blog » ‒ slogan si cher à mon très estimé formateur. Je perdais donc l’essentiel : apprécier le processus.

Écouter feedback - Gerd Altmann
"L’écrivaine devait sortir de sa grotte pour exister" - Savoir écouter de Gerd Altmann

Comment sait-on qu’on a atteint notre destination ?

À l’heure où je vous parle, je n’ai pas encore terminé ma formation de bloggeuse. Mais, j’ai dépassé toutes mes résistances. L’horizon s’est éclairci. C’est un troisième déclic qui a soulevé le voile de mes incertitudes. Il survint en écoutant une conférence de David Laroche. Lui, il sait parler à notre voix intérieure. C’est sa vocation. C’est peut-être ça une vocation, d’ailleurs. Bref, « tous les champions ont besoin d’un coach ! ». Assénée par quelqu’un d’autre, cette phrase m’aurait parue surfaite, voire absurde. Malgré tout, j’entendis l’appel et y répondis sur le champ. J’en avais terminé avec les rames, un moteur ferait l’affaire. Six mois de formation en ligne, une vidéo par jour, une tonne d’exercices pratiques afin d’être « entraînée pour réussir ». C’était pas toujours fun mais, avec un moteur à propulsion, je me suis acharnée à transformer mes croyances, à déterrer mes plus précieuses valeurs, à exhumer mes rêves les plus profonds.

Qu’est-ce que j’ai trouvé ?

Si je n’ai pas atteint la nouvelle terre, j’ai l’horizon dégagé et de nouveaux instruments de navigation. La tête sortie des nuages, les doigts du cul, soyons clairs ! J’aime mon métier, j’en apprends les règles avec une délectation nouvelle et j’en crée chaque jour de nouvelles. J’assume mes pensées, je n’ai plus peur de qui je suis et de qui je veux être. Non plus de ce qu’il en ressort de l’extérieur. La vérité, c’est que, moi aussi, j’ai trouvé mon propre slogan : « Inspirer pour agir ! »

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Mon atelier d’écriture avec Bernard Werber

Je suis allée à Paris pour rencontrer Bernard Werber à l’occasion de son atelier d’écriture. Autant dire que l’après-midi d’hier était magique

L'écrivaine solitaire à l'assaut de Paris
"Comment rester focus sur l'écriture de son roman sans se sentir trop seul(e) ?" Question posée à Bernard Werber Interview vidéo en bas de cet article Photo PitCrewProd

Salut tout le monde ! Je suis allée à Paris pour rencontrer Bernard Werber à l’occasion de son atelier d’écriture, un évènement gratuit organisé par Amazon Academy. Autant dire que l’après-midi d’hier était magique, sans pour autant revêtir la densité d’une master class telle qu’il le propose régulièrement sur son site rien que pour nous. Qu’importe ! Le jeu était délectable et Bernard Werber a encore fait la démonstration de son talent de meneur d’intrigues. Au fond, il rappelle astucieusement qu’entre l’écriture d’un roman et l’écriture d’une histoire, nous avons tout un monde à découvrir en nous, et dans notre rapport au monde. C’était l’enjeu de cet atelier d’écriture auquel j’assistais, émerveillée de tant de candeur et de simplicité. Et, pendant la pause, j’en profitais pour demander à Bernard ce qu’il conseillait pour rester focus sur l’écriture sans se sentir seul, isolé et lâcher la pression. Voir ma vidéo en bas de l’article.

Dans l’atelier d’écriture de Bernard Werber souffle le vent d’une liberté retrouvée

Bernard Werber Paris
"Un atelier avec Bernard Werber, ça vaut le détour. J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer un homme aussi libre !"

Un atelier avec Bernard Werber, ça vaut le détour. Vous bénéficiez alors d’une vraie récré, une récréation pour les grands enfants que nous sommes. On ne voit pas le temps passer, on oublie le monde extérieur, et on se laisse complètement happer par l’espace-temps des gens heureux. Bernard Werber est passé maître dans l’art de transformer la réalité en pur délice créatif. J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer un homme aussi libre !

Bernard Werber insuffle un vrai sentiment de légitimité

Dès les premières minutes, Bernard Werber nous transporte dans la beauté d’un jeu qui nous appartient tous, au-delà de nos convictions de n’être qu’une identité figée dans les différents rôles que nous nous attribuons. Il nous révèle à nous-mêmes, il fait émerger cette certitude enfouie que notre écriture est éloquente et légitime. Quelques images se succèdent à l’écran pour que nous en révélions l’histoire — une simple phrase à faire sonner, une histoire à elle seule, une image qui raconte un avant et un devenir. En quelques mots, ces illustrations nous interpellent, nous font rire, projettent une possible narration. C’est enfantin et efficace.

Premier commandement de cet atelier d’écriture : « arrêtez de vous juger ! »

Cette mise en bouche fonctionne à merveille et, tout du long, on se rassemble, on interagit, on crée et on s’exprime avec un naturel déconcertant. Le secret de cette liberté de parole écrite, clamée, partagée, tient aussi de sa mise en garde. Le mot « SPOKE » s’affiche à l’écran. « Ce que vous allez apprendre, vous servira tout le reste de votre vie. SPOKE est un mot grec qui signifie : travailler sans se juger. Voilà ce que nous allons faire aujourd’hui. Arrêter de se juger ! Nous sommes des machines à juger et, au final, nous nous jugeons nous-mêmes. C’est ce processus-là qui nous empêche d’écrire. Pour écrire, vous allez éteindre votre mental et découvrir la joie d’être créatif. On est là pour s’amuser, soyez réactifs ! »

Deuxième commandement de cet atelier d’écriture : « écrivez sans réfléchir ! »

Comme tout homo-écriturus qui se respecte, nous connaissons forcément le premier secret de l’écriture : « se laisser aller à écrire sans réfléchir comme un cheval qui galope ». Cette liberté, nous l’avons découverte, un jour, puis oubliée ou enfouies dans l’inacceptable. Car, malheureusement, la notion de risque et d’erreur nous est devenue insupportable, au point de brimer notre audace. « Surtout, ne vous arrêtez pas pour vous dire : merde j’écris des conneries ! Écrivez librement, n’importe quoi, sans réfléchir et sans vous arrêter. Soyez libre ! » Acceptons donc de tout réapprendre pour recouvrer notre liberté. Et le plus drôle dans tout ça, c’est que ça ne demande pas tant d’effort.

Dans  l’atelier d’écriture de Bernard Werber l’eau qui dort se réveille limpide

la parole se déroule
"Vous connaissez quelqu’un qui prend plaisir à faire chier les autres ? Qui aime vraiment ça ? Quelqu’un a-t-il rencontré une personne comme ça ? "

Des petites annonces loufoques sont prises en exemple, des faits divers, des plaques professionnelles photographiées sur un mur d’immeubles… nous confirment que « le réel dépasse l’imaginaire ! » On y puise un nombre fabuleux d’histoires complètes. Mais ce n’est pas tout ! Les heures s’enchaînent sans qu’on y prenne garde et Bernard amène les sujets du vécu, ces drames qui dépassent la fiction. Et voilà comment l’auteur de « Les Fourmis » et aujourd’hui « Sa Majesté des chats » nous entraîne sur son sillage.

Dans l’atelier d’écriture de Bernard Werber les résistances se délitent

« Écrire est plus facile que vous ne l’imaginez » claironnait-il en préambule. Rien ne vous oblige à pondre un manuscrit, écrire peut être un hobby. Sous-entendu : ne vous en privez pas ! Je me demande alors combien de fois nous aurons besoin d’entendre qu’on est tous capables d’inventer des histoires ? Nous avons ça dans la peau ! Et, sous prétexte que l’écriture proprement dite exige une certaine rigueur, nous ne serions pas capables d’en approcher la beauté ? Au fond, c’est peut-être ça qui nous dissuade d’écrire en toute liberté. Bernard Werber a vraiment le chic pour nous ôter toute résistance. Il semble que nous ayons intégré les deux préalables. À savoir : apprécier le processus d’écriture sans se juger et, en conséquence, apprécier ce qu’on écrit.

 L’écriture est un jeu d’idées choc d’où jaillit la clarté

À chaque exercice d’écriture, une consigne nous est donnée, un temps nous est imparti et une musique nous accompagne. Le truc qui nous rassemble c’est le thème de départ : « Trouvez un mauvais sujet de roman ». Les idées les plus inappropriées fusent. Les cornichons sont adoptés à la grande majorité, reléguant les hémorroïdes et les pieds qui puent au domaine des sujets par trop ragoûtants. Une fois la « promotion cornichon » auto-proclamée, les réjouissances se poursuivirent autour du cornichon : histoires d’amour courtes, histoire qui fait peur,… Nous avons joué le rôle de l’écrivain sans peur et sans reproche auquel je crois plus que tout. Le pied total !

Bernard Werber nous enseigne la beauté simple de notre incongruité

Bernard Werber ne fera pas l’impasse sur les règles essentielles qui mènent une histoire à son terme. Ce qui fait un héros ou une héroïne, explique-t-il, c’est qu’il cherche à savoir qui il est vraiment. Parce que les autres ne savent pas mieux que vous qui vous êtes. Alors, pour rendre son personnage vivant, il doit relever un challenge. Et, plus le challenge est difficile, plus le héros sera méritant. Ensuite, vous devez trouver une stratégie originale. Le héros est face à un dilemme et ne fait pas vraiment ce qui est logique. C’est pour ça qu’il est intéressant. Pour illustrer son propos, s’affiche à l’écran une liste de choses à faire pour perdre 5 kilos suivie avec une recette de fondant au chocolat. On rit, c’est en effet simple à comprendre.

L’atelier d’écriture de Bernard Werber est un ballet de personnages masqués

atelier d'écriture bernard Werber
"Le méchant dynamise le récit. Il introduit le mystère et révèle le héros"

« Faites un pas de côté pour éviter le crachat »

Comme cet atelier d’écriture ne durait que quatre heures, il fallait un sacré talent pour le rendre à la fois productif, créatif, interactif et instructif.  « Les gens racontent des conneries, vous les portez, les accouchez et pouf ! Ça fait un livre. Vous connaissez quelqu’un qui prend plaisir à faire chier les autres ? Qui aime vraiment ça ? » Quelqu’un a-t-il rencontré une personne comme ça ? La plupart du temps c’est notre cerveau limbique qui réagit et on se demande « pourquoi moi ? ». Mais si vous faites un pas de côté pour ne pas recevoir le crachat et que vous observez cette personne, ses mécanismes de pensée, vous disposez d’un personnage à exploiter. Vous procédez à une métabolisation par l’écriture. Allez ! Racontez-moi une histoire avec quelqu’un de très méchant.

« Regardez votre voisin dans les yeux pendant 20 secondes »

Le méchant dynamise le récit. Il introduit le mystère et révèle le héros, il le met face à lui-même. Nous disposons de trois mécanismes principaux : la recherche de sécurité, les automatismes émotionnels et la logique. Le héros subit une injustice de la part du méchant et finit par comprendre et par se venger. Ce principe marche à tous les coups. Après ces explications, retour aux exercices avec la création d’une fiche personnage, mais pas n’importe laquelle. L’exercice consiste à regarder son voisin dans les yeux, puis à bien l’observer avant d’en faire une fiche personnage : qualité principale, défaut majeur, relation avec son père, sa mère, plat préféré. A-t-il déjà volé, s’est-il battu, saoulé au point de rouler sous la table ? « Vous ne devez pas vous connaître. Est-ce que vous vous êtes parlé avant ? Non ? Parfait, alors c’est parti ! »

Sentez la puissance subtile de cet exercice !

Mon voisin est un concepteur de jeux de société qui s’est lancé dans l’entrepreneuriat. Qualité : entrepreneur. Ça, j’avais bon car j’avais triché, l’ayant vu faire ses comptes avant le démarrage de l’atelier. Ensuite, j’ai eu à peu  près tout faux. Lui s’est nettement mieux débrouillé mais, je suis assez transparente dans mon attitude, ça a dû l’aider. Bref, c’est un exercice d’une grande puissance pour approcher la création d’un personnage et comprendre que l’observation est une technique subtile de questions/déductions. Bernard Werber avouait qu’au début de sa carrière il associait systématiquement la photo d’un acteur ou d’une personne réelle à sa fiche personnage.

Cet atelier d’écriture résonnera encore longtemps en moi

le ballet masqué atelier d'écriture Paris
"le « manuscrit », un organisme vivant dont le squelette est essentiel, dont les organes représentent les plus belles scènes."

Comment nourrir son inspiration sans être hanté par l’irrationnel ?

Ainsi se termine pour moi cette bulle d’inspiration temporelle car je devais retrouver le tic tac de l’horloge qui annonçait le départ de mon train à destination du Havre. J’ai juste le temps de l’entendre personnifier le « manuscrit », un organisme vivant dont le squelette est essentiel, dont les organes représentent les plus belles scènes. Sans plan, prévient-il, on aura tendance à tricher, à s’empêtrer dans la surenchère, voire à basculer dans l’irrationnel pour parvenir à trouver une fin à la mesure de son début prometteur. Ça, ce n’est pas faux, c’est même intelligemment décrit : la hantise d’une fin qui nous échappe ! Bref, Un roman, c’est : « un début, un milieu, une fin, trois parties de même puissance, toutes d’égale importance ». Voilà qui clôture bien ma séance et résonne avec le coup de sifflet qui annonce mon départ.

Ma question à Bernard Werber : comment écrire un roman sans se sentir trop seul ?

Tout écrivain qui souhaiterait organiser un atelier d’écriture devrait participer à une master class de Bernard Werber ! Il rappelait que plus de la moitié d’entre nous, français, avons déjà songé à écrire un livre. N’est-ce pas ? Pourtant, nous ne serions que 3 % à posséder un manuscrit achevé et prêt à être offert à la lecture. C’est inadmissible ! Je pense que l’homme généreux et enthousiaste qui se tenait devant moi est bien résolu à faire bouger les choses et je suis bien décidée à le suivre sur ce terrain. J’ai emporté avec moi un petit souvenir. Pendant la pause, je lui ai proposé de répondre à une question qui vous intéressera, un petit souvenir vidéo de ma rencontre avec Bernard Werber juste en-dessous.

Comment faire de l’écriture un vecteur d’expression de la vie ?

Mais, attention les amis ! L’écriture n’est peut-être pas le seul vecteur d’expression qui vous correspond. Ce besoin viscéral que nous avons d’exprimer ce que nous sommes, et ce qui, sans le moindre doute,  nous donne le sentiment de répondre à la vie, se trouve quelque part entre la parole et l’écoute, entre le silence et le souffle, entre le mouvement et l’émotion. Nous recherchons parfois toute notre vie cette légitimité d’être en vie, qui ressurgit quand on écrit, et sème le doute. Expérimentez dans l’écriture, la danse, le sport, l’art ou les voyages ce quelque chose qui est en vous, qui cherche à savoir qui vous êtes et ce qui est vraiment important pour vous. Pourquoi ? Mais parce que vous êtes le héros de votre vie et que vous êtes le seul à pouvoir découvrir. Comme le rappelle Bernard, « les autres ne savent pas mieux que vous qui vous êtes ».

Souvenir vidéo : question à Bernard Werber

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Comment l’artiste copie et pourquoi ?

Je vais aborder ici la question de l’artiste copieur, l’artiste voleur. Pourquoi ? Pour alimenter notre réflexion sur la création, en écho aux polémiques sur les humoristes français qui volent les sketchs des autres. Que peut-il se passer dans leur tête ?

Ces imitateurs n’ont peut-être pas trouvé leur place dans l’univers artistique – Photo de Colin Behrens

L’humour noir du profit

Salut tout le monde ! Je vais aborder ici la question de l’artiste copieur, l’artiste voleur. Pourquoi ? Pour alimenter notre réflexion sur la création, en écho aux polémiques sur les humoristes français qui volent les sketchs des autres. Que peut-il se passer dans leur tête ? Prisonniers d’un système où je refuse de les enfoncer plus encore, je dirais plutôt qu’ils sont pris dans les filets de ceux qui se servent d’eux pour asseoir leurs profits (on en est tous plus ou moins là).

Tout artiste copie. Alors pourquoi ces imitateurs, ces voleurs de sketchs, mériteraient-ils tant de mépris ? Sont-ils des artistes ? Peut-être ne le sauront-ils jamais eux-mêmes. Le milieu socio-économique où ils développent leur « art » ne nourrit peut-être pas leur passion.

CopyComic, le vengeur masqué

Dans le milieu du show business, l’artiste est enrôlé dans la machine. Peut-être qu’il est humainement impossible de produire à tout va, d’être drôle à toute heure et de supporter les impératifs de rendement. Malheureusement, et de tous temps, plus le public se complait dans l’ignorance, plus il est pris pour un boeuf. La création ne se base pas sur une source d’inspiration infinie. Même pour les génies, le labeur est de rigueur.

La passion de l’imitateur

Ah, la passion ! Celle qu’a l’artiste de s’inspirer de tout et de tous, du moindre détail rencontré au détour d’un rayon de soleil qui éclaire une scène ; d’une parole étonnante qui devient fantastique ! Il n’est jamais très facile d’installer dans nos vies cette recherche profonde que la magie dirige vers les rencontres les plus essentielles.

Alors, ces imitateurs ont-ils trouvé leur place dans l’univers artistique ? Qui sait, l’idée de « prendre » les séduit peut-être sous la pression du rendement ? Et il y a ceux qui brandissent leur carte d’interprète ! Ignorer ce qu’il y a dans la soupe permet de la servir avec le sourire. Tout le monde sait ça, non ?

Je défends ici la réalité sociale de l’artiste. Quelle qu’elle soit, sachez que la frénésie de sa quête le pousse vite à chasser, bien plus qu’à voler. Car s’il n’arrive à créer, la passion le dévore. Il en va donc de sa survie de se nourrir de lui-même et bien souvent des autres. Les plus grands artistes, Picasso, Shakespeare, n’ont pas lésiné !

L’artiste est un cannibale qui vous invite à table !

Peut-être que nos humoristes perdus n’ont pas été initiés à ce secret honteux. Oui, l’artiste est un cannibale qui vous invite à table ! Des mets bien choisis, cuisinés d’intentions, pour être enfin servis. 

L’exercice a pour sens de se trouver, de se goûter, et de transférer la saveur humaine au centre de nous-mêmes. L’imitateur imité perd le goût authentique et ne peut s’y retrouver. Puisque tout artiste, au final, puise au centre de son être le goût de son humanité.

J’ai vraiment à cœur de vous faire découvrir comment la lecture et la vie me permettent d’écrire. Vous révéler ainsi mes pratiques cannibales. Et c’est pourquoi je vous dis tout ça. J’ai publié un premier texte qui ouvre l’écriture en ligne de « La Main Invisible », mon roman d’aventure, et futur best-seller (j’y crois plus que tout). Et mon intention est de vous en livrer les secrets !

Grand mangeur, l'artiste se nourrit d'humain - Photo de Shane Foren

Comment je copie et vous le sers en dessert

Ce n’est pas un travail linéaire, l’écriture d’un roman. Je sais, vous vous dites, un écrivain est absorbé par le déchaînement frénétique des chapitres qui se déversent sur la feuille à une allure démente. Absolument, les séances d’écriture dont je parle dans mon bonus présentent de tels ressorts. Certes, un écrivain qui baigne dans l’antre de l’inspiration est une image réelle (bien qu’éphémère). Tout autant que celle où il fume du bulbe.

Car le roman se construit tout de même comme un puzzle. C’est, le plus souvent, un assemblage, une fabrication qui nécessite des matériaux, des matières premières et de l’ingéniosité. Eh oui ! Faut juste bosser proprement et avec force conviction, c’est tout. C’est long, passionnant, et aussi difficile que devenir le meilleur maçon de France. Parce que moi, mon best-seller, je le veux !

Dans mon prochain article, je dévoilerai donc comment je copie. Bien sûr que je copie ! Et je veux vous expliquer comment. Comment je me sers de la lecture d’un livre pour identifier mon propre personnage. Il s’agit du livre d’Anne Sibran, « Enfance d’un chaman ».

L’artiste cherche au-delà des convenances

Mon héroïne s’appelle Mia, et Anne m’offre l’occasion de connaître le grand-père de Mia.

Bah oui, je trouve que le chaman d’Anne est parfait pour ce rôle. Mais, je dois vous dire qu’en réalité je ne me l’approprie absolument pas, je l’intègre par contre entièrement à mon imaginaire.

Il existe bel et bien désormais dans la réalité de Mia. Je dirais que c’est plutôt comme ça qu’un artiste opère, la quête est réelle, la restitution est imaginaire. Mais, sans remord, on en goûte la chair. L’éthique du cannibalisme artistique est ancienne et codifiée. Elle se transmet en silence.

Le lecteur s’y perd avec délectation. Mais, si l’artiste s’y perd, c’est qu’il n’a pas été jusqu’au bout — il n’a pas su trouver qui il était, ni comprendre d’où lui venait son intention.

Et pour ces pauvres humoristes pris la main dans le sac, je dirais qu’ils ont été pressés par la bienséance. Et puis, c’est un peu dégueu de se trouver soi-même. Vous ne pensez pas ?

La poésie se nourrit de tout, rien ne lui est interdit. Voici le livre que j'ai volé

La mise à nu d’une copieuse

Maintenant que j’ai mis tout cela au clair, je vous embarque dans la phase de création. J’ai concocté pour vous un article qui dévoile comment je m’inspire, comment je m’imprègne, comment j’imite et je vole l’écriture d’Anne Sibran — qu’elle a volé elle-même à un chaman, en pleine jungle équatorienne. Alors, vous pourrez ainsi juger si ces termes ont le même sens au cours d’un travail d’inspiration créatrice.

En effet, à la lecture de ce livre, j’ai découvert un matériau d’imprégnation formidable pour intégrer mon personnage, Mia. Enfant, elle vivait elle-même en pleine forêt, hors du monde civilisé. Anne Sibran a rencontré son grand-père. Un truc de dingue ! Jugez de la peine encourue pour avoir volé un grand-père ! Cliquez ici pour recevoir en prime time cette indiscrète confidence* : la pure et dure réalité de l’artiste en émoi. C’est l’âme d’une copieuse mise à nu.

Les habitudes alimentaires qui nous définissent

« Pourquoi je mange comme ça et pas autrement ? » est une très bonne question à se poser. C’est, au final, notre façon de vivre que nous interrogeons, notre vision même de la vie et notre système de pensée.

Bonjour à tous !

Je participe avec bonheur au carnaval d’articles de Gabriel Tricottet du blog « Mon super régime », sur le thème « Les habitudes qui ont changé ma vie ». Pour rester dans le ton, j’ai décidé de vous parler des habitudes alimentaires.

Qu’est-ce qu’un aliment pour nous ?

Les habitudes alimentaires participent de qui nous sommes. Elles nous définissent, en quelque sorte. Mon rapport aux aliments et ma façon de les cuisiner conditionnent ce que je mange.

« Pourquoi je mange comme ça et pas autrement ? » est une très bonne question à se poser. C’est, au final, notre façon de vivre que nous interrogeons, notre vision même de la vie et notre système de pensée. Pour moi, le véritable aliment est celui qui sort de la terre, celui qui n’est ni trafiqué, ni irradié (si si, le commerce agro-industriel asperge nos fruits et légumes de pesticides et les irradie aux rayons gamma quelque chose). Leur conservation longue durée est aussi assurée pour les transporter par tonnes pendant des semaines (l’ananas, par exemple, a une odeur de carton et non d’ananas, vous avez remarqué ?).

légumes vivants sortis de terre
Des légumes vivants, tous juste sortis de terre !

Devrions-nous chasser pour manger ?

Et c’est pareil pour la viande. Je ne chasse pas mais, je rêve d’apprendre le tir à l’arc et d’habiter près d’une forêt sauvage (avec la mer pas loin, s’entend !) pour que ma viande soit éviscérée fumante et encore palpitante de vie. Tout ceci pour dire que notre regard sur la vie, empli de convictions personnelles, conditionne nos habitudes alimentaires.  Elles se confrontent aux réalités de nos vies citadines et modernes où nos enfants préfèrent les cordons bleus aux légumes vapeur. J’en ai marre des cordons bleus, les gars ! Pour ma part, si les fabrications industrielles de type nuggets se frayent un passage jusqu’à ma table, c’est par manque de connaissances en matière de traditions culinaires.

Testons de nouvelles habitudes au contact des autres

Avec des poules bien traitées et bien nourries. Manger un œuf chaque jour est un bonheur pour notre santé

Je suis depuis peu en contact avec un groupe de blogueurs, un groupe d’amis, j’ose le dire, qui parle beaucoup de cuisine. Gabriel a un blog sur le régime et le jeûne qui, finalement, parle de cuisine ; Florence a un blog sur la cuisine végétale qui, finalement, parle de notre rapport à la terre, au végétal et de traditions culinaires ancestrales ; Jung, qui a un blog sur comment atteindre ses objectifs, est un passionné de cuisine. Nos échanges m’ont poussée à remettre mes habitudes alimentaires en question. J’ai donc, fort petitement, testé quelques recettes avec, il faut l’avouer, un taux d’échec qui remise ma volonté de changement au placard.

Finalement, j’ai opté pour remettre en branle les habitudes alimentaires que je me suis forgées au cours de ma vie : je mange mes crudités et mes œufs de ferme bio, tandis que, pour les enfants, j’achète les aliments les plus simples et passe dédaigneusement devant le rayon des nuggets, et tant pis pour les magnets des départements français. On aura qu’à finir la carte en les confectionnant nous-mêmes.

les magnets-nuggets
J'arrête les nuggets !

Interrogeons nos habitudes pour mieux nous connaître

maraîchage bio
Partez à la découverte de vos terres !

J’ai donc bien essayé de faire une cuisine plus fantaisiste mais, je n’ai pas bénéficié d’une transmission culturelle très élaborée en matière culinaire. Je me souviens que ma grand-mère cultivait ses roses et tuait l’étourneau au petit matin. On cultivait des fraises et on allait à la ferme chercher le beurre et la crème. Notre repas traditionnel était le poulet cuit dans la cheminée, avec des patates enrobées de papier alu glissées dans les braises. Au final, j’ai une pratique culinaire très épurée où l’aliment prime sur la cuisine. J’achète mes légumes chez le maraîcher bio du coin, je les cuis à la vapeur pour qu’ils m’apportent les vitamines et minéraux qu’ils se sont fabriqués de leur vivant.

Ce sont pour moi des aliments nés dans une terre amoureusement traitée, et je les badigeonne d’huile d’olive directement dans mon assiette. Une pincée de sel et je suis heureuse ! Dès que mes enfants furent en âge de me traiter d’ascète insensible aux joies du productivisme moderne (traduisez : « beurk c’est dégueu ! »), j’ai cru devoir me plier à leurs exigences contre-nature (voir, à ce sujet, mon article sur le chocolat).

Au fait, c’est quoi une habitude ?

Toutes ces habitudes, qu’elles soient occasionnées par la force des choses ou instaurées volontairement, ont des conséquences sur notre vision même de la vie. Alors, devons-nous parler de « mode de vie » ou d’« habitudes » ? C’est une excellente question, qui permet de nous interroger sur ce qu’est une habitude. Cette action répétée se met en place dans notre quotidien. Certes, elle dérange peut-être parfois au début du processus. Malgré tout, elle s’implante dans nos vies car elle a un sens. Elle donne du sens. On lui a fait une place. Pas seulement pour atteindre un objectif mais aussi pour répondre à une façon de penser, à une éthique. Il y a une forme d’adhésion et de synchronicité entre notre vision de la vie et l’habitude que nous souhaitons adopter. Je n’oublie pas que l’homme est plein de paradoxes et contredit allègrement cette définition, qui n’en est pas moins vraie, à mon sens.

Notre rapport à l'alimentation est-il une question d'habitude ou de mode de vie ?

Comment s’installent-elles dans nos vies ?

Reprenons l’exemple des habitudes alimentaires. Comment ai-je transformé mes bons repas normands à base de cuisson au beurre et de crème fraîche servie à la louche par la fermière de mon hameau de campagne ? Il y a longtemps, mon médecin m’a prescrit cinq cuillères à soupe d’huile d’olive bio pour faire cesser une infection à répétition qui me pourrissait la vie. Et, ô miracle, mon petit problème disparut comme par enchantement. C’est à partir de là que j’ai chéri la cuisine à l’huile d’olive. J’ai acheté le livre de Sophie Lacoste « Les aliments qui soignent ». Depuis, je n’ai cessé de m’intéresser à l’alimentation par cette petite lorgnette. Dès que je le pouvais, j’allais aider une amie à cultiver son jardin. Sortir les légumes de la terre, les semer, les arroser, fait partie de mon attachement à la nourriture, à la vie, à la nature. Cela revient à dire qu’une simple habitude devient vite un élément de notre histoire. De là à ce qu’elle puisse nous définir, il n’y a qu’un pas.

Nos habitudes mèneraient-elles à la Révolution ?

L’habitude est un acte qui définit, jour après jour, ce que nous pensons de la vie et de nous-mêmes. Irais-je encore plus loin dans la logique ? L’habitude porterait-elle en elle nos convictions les plus profondes ? Après tout, elles se défendent parfois jusqu’à devenir le fer de lance d’un militantisme révolutionnaire. On pense toujours qu’une révolution naît d’une opposition. Certes, mais pour faire naître l’insurrection, les insurgés ont dû préalablement adopter de nouvelles habitudes œuvrant au changement d’état d’esprit. Les militants du « lobby vegan » sont un exemple parmi bien d’autres. Tout commence par une idée, une conscience des risques/bénéfices et un espoir de changement. Et dans tout ça, la mise en place de nouvelles habitudes s’impose. Conclusion les amis ? Toute habitude porte en elle les germes de la révolution !

Tout changement d’habitude semble à-priori absurde

Les enfants ont aujourd’hui des droits, les animaux ont aujourd’hui des droits. On s’indigne de voir les poulets en batterie et les poussins entassés dans des cagettes. Nous nous indignerons bientôt des mauvais traitements infligés à nos fruits et légumes ! Ça vous fait rire ? Mais, bientôt nous exigerons des droits pour nos plantes ! Sachez que la recherche scientifique a prouvé qu’elles étaient bel et bien vivantes, capables de communiquer entre elles et capables de réagir à nos actes. Alors, oui, les amis, la révolte gronde et vos habitudes la préparent !

Sous votre terre, il y a de l’or !

Pour résumer, j’aime la viande mais elle est bourrée de pesticides et d’antibiotiques ; j’aime le poisson mais il est bourré de métaux lourds (j’ai d’ailleurs perdu l’habitude d’en manger et quand je passe au marché aux poissons je ne peux me résoudre à en acheter) ; j’aime le chou-fleur mais ce n’est pas la saison ; il y en a quand même dans les supermarchés mais il ne sent rien et je me demande s’il est vraiment vrai… Franchement, j’appelle au boycott des légumes de supermarché ! Prenez l’habitude de soutenir vos petits maraîchers bio du coin ! Partez à leur recherche, emmenez vos enfants dans cette chasse au trésor. Demandez à bêcher ! Ma fille déterre les pommes de terre comme si c’était de l’or ! Changez votre regard sur le vivant et sur la vie, et vos habitudes alimentaires changeront !

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Les habitudes qui ont changé votre vie », organisé par Gabriel Tricottet, l’animateur du blog “Mon super régime”

Interview singulière avec Ziad Medoukh – deuxième partie

Pour moi, Ziad Medoukh est le héros d’une fiction devenue réalité à travers son témoignage.Ce citoyen de Gaza, directeur du département français de l’université d’Al Aqsa, vient jusque chez nous pour témoigner. Inlassablement, il brave une fatigue inhumaine à force de ne pouvoir dormir.

Dans mon précédent article, j’évoquais la Palestine et Gaza à travers le regard de Ziad, ce poète palestinien aux yeux tendres. Ces yeux ont vu tant souffrances, tant de tristesse insoutenable, tant d’espérance et tant de joie réunies, tant de pays, tant d’universités étrangères, tant de manières de vivre…

Pour moi, Ziad Medoukh est le héros d’une fiction devenue réalité à travers son témoignage.

Ce citoyen de Gaza, directeur du département français de l’université d’Al Aqsa, vient jusque chez nous pour témoigner. Inlassablement, il brave une fatigue inhumaine à force de ne pouvoir dormir. Car, nous a-t-il confié, hors de Gaza, hors du bruit de sa ville maintes fois bombardée, les cauchemars l’assaillent. Ils s’immiscent dans le silence narquois des nuits de France. C’est la paix, si soudaine et nocturne, qui terrorise cet invincible.

Pourtant, Ziad brave la mort chaque jour à Gaza, à chaque heure, à chaque minute de sa vie. Et voilà ! Aller au travail, à l’école, à l’université et rentrer chez soi est, pour Ziad et les habitants de Gaza, un défi de chaque instant.

94%scolarisation à Gaza malgré les destructions

Retrouver sa maison ou son enfant, le soir, est un miracle quotidien. Et, chaque soir, se retrouver en vie ne les soulage en rien, puisque les meurtres ne cessent jamais, jamais, absolument… jamais depuis 70 ans.  Alors, me direz-vous, il serait temps, pour cette deuxième partie, il serait temps que je pose enfin LA question.

QUI TUE ?

J’ai le sentiment que ce conflit israélo-palestinien nourrit les relations internationales des plus grandes puissances économiques occidentales. Et j’avoue que pouvoir discuter de cet épiphénomène qu’est Israël m’a poussé vers notre entrevue avec Ziad Medoukh. Connaître son avis sur la situation politique là-bas est une chance à ne pas rater.

Pourquoi le gouvernement israélien n’est-il pas condamné par l’ONU ? Pourquoi le gouvernement d’Israël trouve-t-il autant de soutiens et de tolérance auprès de la communauté internationale ?  La question m’obsède. Pourquoi le gouvernement d’Israël n’est-il pas traité objectivement, comme un pouvoir politique totalitaire, une démocratie sans scrupule, coercitive et dangereuse ? Qu’est-ce qu’Israël apporte aux autres puissances politiques pour qu’on laisse le pays coloniser et instaurer un régime d’apartheid ? Il a des dossiers sur tout le monde ou quoi ? Alors que l’économie mondiale repose entièrement sur le crédit, je me demande ce que l’État d’Israël rapporte tant au reste du monde.

” Pour comprendre les enjeux d’une situation internationale, nous explique Ziad, il faut toujours revenir à l’Histoire. Après 1945, les États-Unis sont sortis gagnants de la guerre. Économiquement, l’Europe avait dix ans de retard sur eux. Le plan Marshall a été mis en place et cette réussite économique a mené les États-Unis vers une réussite militaire. Débute ainsi l’histoire d’une domination. »

Je frissonne à ses paroles, comme si le plan Marshall avait scellé notre sort à tous.

« Depuis, l‘Europe suit les États-Unis à travers l’OTAN. Et, comme les américains sont alliés d’Israël, les européens ne peuvent faire autrement que de les suivre sur la question palestinienne, tout en sachant ce qui s’y passe vraiment. C’est le problème de l’Europe mais elle n’est pas la seule dans cette situation. »

Et, que cautionnons-nous vraiment ? Est-il possible d’imaginer que nos gouvernements fassent pression aux côtés des Etats-Unis pour « fermer les passages » et séquestrer ainsi les palestiniens de Gaza ?

« La responsabilité de ce conflit incombe-t-elle vraiment à Israël ? L’État israélien est un état colonial dirigé par l’extrême droite. Quoi de plus normal, alors, qu’il aille tabasser, écraser, tuer, puis massacrer des palestiniens ? 

Gaza manifestation populaire
Des Palestiniens s'enfuient sous les grenades lacrymogènes lors d'une manifestation à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 30 mars 2018 lors de la Journée de la terre 2018.MAHMUD HAMS / AFP

C’est pourquoi nous avons la volonté de résister. C’est vrai, nous n’avons pas les moyens de résister mais, au moins, nous sommes sur le terrain. C’est ça l’important. Le problème, ne se pose pas aujourd’hui sur nos relations avec l’état colonial israélien, c’est un ennemi. La question se pose sur nos relations avec l’extérieur. Avec la communauté internationale, avec l’Europe, avec la Ligue Arabe, avec les États-Unis, avec les Nations Unies qui sont alliés entre eux.»

Le peuple palestinien a depuis longtemps perdu confiance. Ils ont même perdu confiance en leurs dirigeants pour libérer la Palestine. Mais ils n’ont pas perdu espoir. Bien au contraire :

” Pour nous, palestiniens le seul soutien à espérer c’est vous, la société civile. C’est elle qui est en train de faire bouger la situation.

“Les territoires palestiniens sont la Cisjordanie et la Bande de Gaza. La Cisjordanie est un territoire colonisé à plus de 80%, avec des barrages militaires tous les 3 ou 4 kilomètres, le mur de l’Apartheid et l’échec du processus de paix. Quand à la Bande de Gaza, elle est soumise à un blocus féroce, aux fermetures des passages et aux bombardements israéliens. Le manque de moyens est énorme, les coupures d’électricité continuelles, le chômage permanent et l’absence de perspectives évident. Et malgré tout cela, les Israéliens ne parviennent pas à nous écraser.

“Le taux de scolarisation en Palestine est de 94%.

“Il y a une volonté familiale pour encourager les enfants à aller à l’école. De même, les universités ne sont pas financées par le gouvernement palestinien, ce qui porte les frais d’inscription aux alentours de 700 euros par an. Mais ça n’empêche pas les pères de famille à vendre un morceau de leur terre pour payer, et les mères à vendre leurs bijoux pour y faire entrer leur fille. Ils savent pourtant qu’après quatre ou cinq ans d’Université, leurs enfants seront au chômage.”

Alors, pourquoi ? Pourquoi une mère défie chaque matin les dangers, les bombes et les barrages militaires pour conduire son enfant à l’école ?

« Parce qu’ils ont pleinement conscience qu’un diplôme universitair e en poche est signe d’espoir. Les trois éléments essentiels, pour nous, palestiniens, sont : rester attachés à notre terre, envoyer les enfants à l’école et garder espoir. »

C’est ça qui fait peur aux Israéliens ? Que vous vous sentiez chez vous ?

Oui, c’est notre attachement à la terre qui leur fait peur. Ce ne sont ni les résistances armées, ni les négociations de paix.

“Suite aux massacres de 1948, il y a eu trois cents mille réfugiés palestiniens. Aujourd’hui, les massacres continuent mais les palestiniens décident de rester. Rester où ? À côté des ruines de leur maison, de leur école, car nous avons pleinement conscience que notre sentiment d’appartenance nous donne la force de tenir.

Moi, je suis un citoyen de Gaza et j’ai subi trois offensives en cinq ans. En 2009, en 2012 et en 2014. Imaginez ! Après ce massacre à Gaza, il n’y avait même pas mille personnes sur deux millions d’habitants à vouloir quitter le territoire. Ça montre la prise de conscience des Palestiniens aujourd’hui : leur attachement à la terre renforce leur résistance malgré toutes les souffrances subies. »

Après soixante-dix ans d’occupation, de colonisation, d’exil et de souffrance, les Palestiniens refusent désormais de fuir. À cette conscience identitaire s’ajoute, selon Ziad Medoukh, la prise de conscience des gens qu’il rencontre en France et à l’étranger :

« Je suis bien placé pour mesurer l’ampleur de la solidarité pour la Palestine. En France, l’évolution est flagrante. C’est ce qui me guide chaque jour. C’est très difficile de sortir de Gaza et d’y revenir mais c’est si important. »

Nous avons l’impression, Sabrina et moi, que la situation est toujours plus désespérée

La main de la liberté, fontaine d'Oscar Niemeyer
Le Havre, Espace Oscar Niemeyer : La Terre, un jour, comme cette eau, à tous appartiendra

Comment ne pas croire en cette « force de solidarité » ? Existe-t-elle vraiment chez nous ? J’avoue que nous avons l’impression, Sabrina et moi, que la situation est toujours plus désespérée pour les palestiniens. Que toutes les actions de soutien n’y changent rien.

Mais Ziad nous assure du contraire. Lui vient en France pour « échanger et témoigner », parce qu’il constate que les français s’intéressent de plus en plus à la culture palestinienne et, à travers elle, ils cherchent à comprendre la situation. C’est pourquoi il répond à l’invitation de Stéphane Vatel, professeur de civilisation arabe à l’université du Havre :

« Ziad est un homme sensible. Et je trouve que sa venue est intéressante pour les relations entre la France et la Palestine. »

Stéphane s’est acharné sur le dossier pour avoir une chance que son plan puisse aboutir. Mais pourquoi lui ? « Ziad nous offre un témoignage de ce qui se passe à Gaza. Il apporte des informations et des analyses directes dont nous avons tous besoin. D’autant que la presse française n’est pas toujours à la hauteur de cette tâche. »

Ziad Medoukh n’en est pas à son premier voyage, ni à son premier refus de sortie du territoire. « Quelques fois, explique-t-il, il faut supporter les difficultés pour venir car les rencontres humaines sont importantes. Des conférences sur skype ne permettent pas de nouer des liens et de partager les croissants avec Alice et Sabrina.

« Alors même que le discours des médias officiels continue de légitimer l’action armée des israéliens, je privilégie les rencontres avec les citoyens français. Grâce aux réseaux sociaux, devenus des médias alternatifs. Je ne vous cache pas que 80% de mes amis sont sur facebook. Nous pouvons y échanger des informations en toute liberté. Il n’y a pas de censure.

« Je rentre toujours rassuré. Vous pensez peut-être que vous n’en faites pas assez pour nous aider ? Moi, je vois au contraire qu’il se passe beaucoup de choses. Je participe à des conférences, des rencontres avec des palestiniens, des soirées, des spectacles et des projections pour soutenir la Palestine et créer des liens entre nos deux pays.

Plus besoin de regarder le journal télévisé…

« Désormais, les français peuvent connaître la situation réelle en Palestine. Ils n’ont plus besoin de regarder le journal télévisé ou de lire « Le Monde » ; ils ont « Mediapart », ou les témoignages directs sur les réseaux. Les citoyens sont dorénavant libres de s’informer sans devoir appartenir à un parti ou à un quelconque mouvement. S’informer, c’est ça le plus important. »

Vous serez certainement surpris de ne pas avoir eu les réponses aux questions lancées au début de cet article, c’est qu’un troisième est prévu. Parce que Ziad est intarissable sur la réalité de la terre des palestiniens.

« Depuis dix ans, ces dix dernières années,… » voilà qui introduisait souvent ses propos. Évidemment, je me suis demandée ce qui s’était passé en 2008 à Gaza. Après l’avancée politique du Hamas, le gouvernement décide de pousser l’avantage par une résistance armée face à l’occupant. La répression fut féroce, suivie d’un blocus sans pitié et d’un isolement total.  Tout espoir d’un règlement pacifique fut anéanti.

Ce qui a changé, entre 2008 et 2018, c’est la réalité du combat. La résistance armée ne peut se passer d’alliés et les palestiniens n’en ont aucun. Zéro ! Pour Ziad Medoukh et ses compatriotes, l’issue du conflit se trouve hors des murs de Gaza, dans la conscience de chacun d’entre nous. Aucun espoir du côté israélien :

N’oublions pas que la société israélienne est divisée idéologiquement et socialement. Il y a beaucoup d’injustice là-bas. Les gouvernements successifs jouent sur le conflit. La Palestine est un prétexte pour tenter de rallier le peuple israélien dans la lutte coloniale.”

Vous voulez dire que le peuple israélien est opprimé de l’intérieur ?

Oui, c’est une réalité aussi. Mais il y a trois éléments d’espoir bien réels : la prise de conscience de la société civile internationale et celle de la société israélienne. Car la dégradation du pouvoir d’achat se généralise partout. Dans ce contexte économique désastreux, la montée de l’extrême droite engendre la montée de la résistance et la recherche d’alternatives.

“L’alternative prend corps dans les réseaux sociaux.”

Certes, l’évolution de la droite à l’échelle internationale est inquiétante mais elle pousse les gens à trouver des moyens de résister. Pour moi, il y a trois éléments d’espoir : la prise de conscience des palestiniens pour leur attachement à la terre, la société civile et les alternatives qu’elle commence à mettre en place en exploitant les réseaux sociaux à son avantage pour se regrouper. L’engagement historique des intellectuels français envers la Palestine n’est plus relayé dans les médias, qui présentent le soutien à la Palestine comme une critique de la politique d’Israël, trop vite traité d’antisémitisme. Aujourd’hui, le sens de l’engagement a changé et nous devons en tenir compte pour l’avenir. »”

Nous avons rencontré Ziad Medoukh !

Sabrina et moi avons rencontré le plus célèbre des gazaouis : Ziad Medoukh ! Poète palestinien et directeur du département français de l’université d’Al Aqsa, Ziad était de passage au Havre. C’est le genre d’occasion à ne pas manquer pour obtenir une info de première main, un témoignage à la source.

Sabrina et moi avons rencontré le plus célèbre des : Ziad Medoukh !

Ziad Medoukh, poète palestinien et directeur du département de français de l’université d’Al Aqsa, était de passage au Havre.

Palestine : on a la chance de savoir !

C’est le genre d’occasion à ne pas manquer pour obtenir une info de première main, un témoignage à la source. Car, qui ne se demande pas, parfois, ce qui se passe là-bas ? Qui ne se demande jamais pourquoi ce vampirique conflit israélo-palestinien semble être immortel ? Attendons-nous de sa fin que le dernier palestinien ait disparu ? Je n’écris pas cet article pour titiller votre culpabilité, bien au contraire. Car, si, comme moi, vos préoccupations sont ailleurs, sachez que nous contribuons tous, à notre échelle, à défendre la liberté des palestiniens. Comment ? Je vais vous le dire.

Je suis préoccupée : mon chat a disparu !

Mon chat a disparu depuis plusieurs jours et c’est seulement ce matin que j’ai fait un tour dans le quartier pour le chercher. Ce gros chat au pelage soyeux et à la musculature impressionnante est né dans ma cave. Nous avons recueilli sa mère qui s’était échappée de chez la voisine car elle y était maltraitée.

Titi, ce gros chat disparu, n’est pas un chat comme les autres. Il a l’âme d’un fauve. C’est le chat le plus libre que je connaisse. Enfant, il refusait de manger des croquettes. Pour son premier repas, il s’est jeté sur un os. Depuis, il ne mange que de la viande crue. J’ai bien essayé de l’affamer pour qu’il mange ces affreuses croquettes, mais j’ai craqué avant lui.

chat perdu

Quel rapport avec Ziad Medoukh et la Palestine ?

J’ai à cœur de respecter la liberté de ceux qui m’entourent, de chérir et de défendre l’idée d’une liberté qui ne se marchande pas à coups d’arguments et de compromis raisonnables. C’est, pour moi, la valeur la plus sûre et la plus essentielle. Car, de ce concept, découle toute la vie. Quelque part, elle en dépend. Et, même si vous pensez, comme je pouvais le croire il y a encore quelques jours, que nos préoccupations sont bien loin et bien différentes de celles des palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, je comprends désormais que la réalité est plus complexe.

Ziad Medoukh est une force de la nature à la carrure irréelle. La pure incarnation du super héros. Une sorte d’Hercule qui porte le monde sur ses épaules. Gaza, seule, peut-être. À ses côtés, je n’ai pas douté une seconde que la force était en nous, et que nous étions tous importants. Par notre intérêt, par notre capacité à voir, à entendre, à écouter et à comprendre, nous aidons les palestiniens à rester en vie !

C’est Sabrina qui suit Ziad sur sa page facebook. Dix mille abonnés

La main de Niemeyer - Le Havre. Symbole de l'inappropriation de la Terre

Son téléphone est affiché sur son journal pour faciliter tous les contacts possibles durant son séjour. Une fois en France, il profite à fond de son autorisation de sortie : La Rochelle, Le Havre, Paris, les lumières de Noël…. L’image de la « prison à ciel ouvert » revient sans cesse dans les poèmes de Ziad ; elle chante douloureusement  à mon esprit.

« Alice, Ziad Medoukh est au Havre ! J’ai rendez-vous avec lui ce soir, tu m’accompagnes ? »

Sabrina, mon amie formidable, m’embarque dans l’aventure. Nous retrouvons Ziad à l’université du Havre, et convenons d’une interview le lendemain autour d’un petit-déj. Ses séjours autorisés en France, ces dix dernières années, lui ont permis d’ouvrir des canaux de communication avec l’extérieur. « Moi, j’essaye, en dehors de mon travail, de m’engager pour la Palestine à travers mon témoignage.» C’est le témoignage d’un citoyen ordinaire pour qui « tous les jours, il y a des morts ».

L’échange d’informations de première main est devenu l’un des enjeux majeurs dans l’usage des réseaux sociaux par les sociétés civiles. Et les palestiniens, comme Ziad, en profitent un max !

Messages de soutien du monde libre

« J’informe sur la réalité à Gaza avec des photos, des vidéos, des rencontres, explique Ziad. Les gens ont compris que la réalité, c’est autre chose que ce qu’en disent les médias. Et c’est important de garder le contact avec ces gens-là, car ils sont de plus en plus nombreux à adhérer à la cause palestinienne. C’est pourquoi je suis optimiste pour l’avenir. Il est vrai que par le passé, les français étaient plutôt pro-israéliens. Mais, les choses ont changé. Il y a plus de 10 000 personnes qui suivent ma page facebook. Ça montre à quel point vous avez la volonté de vous informer.

 Alors, pourquoi témoigner ? Pas seulement pour informer mais aussi pour avoir vos retours et vos messages de soutien. Ils me soulagent et nous aident à tenir. Je les transmets aux enfants, aux étudiants et aux familles. »

Des enfants de Gaza posent en faveur de la reconstruction de leur pays

Ziad Medoukh est un père de famille pas comme les autres

Il est un symbole de la résistance pacifiste. Ses meilleures armes sont : sa force intérieure, son intégrité, sa loyauté envers son peuple et son sourire communicatif. Mais, qu’est-ce que ça veut dire « pacifiste » dans un pays en deuil permanent ? Dans un pays où la plus violente des ségrégations détruit la vie et la fierté de tout un peuple depuis 70 ans ? Dans un pays qu’on refuse de libérer, un tout petit territoire qui se voit encore aujourd’hui confisquer ses terres ? Un pays, enfin, qui vit enfermé par des murs, des barbelés et des militaires armés ? C’est comment, au quotidien ? (pour le savoir, plongez dans les témoignages de Ziad sur sa page facebook)

La Bande de Gaza est une prison de deux millions d’habitants

qui dispose de cinq points de  passage vers le monde extérieur. On n’est pas autorisé à sortir (moins de 3% de la population y parviennent en moyenne chaque année), et il y a des heures, voire des jours d’attente. Si votre enfant a besoin d’aller à l’hôpital en dehors de Gaza, vous devez souffrir l’attente et l’incertitude de pouvoir l’atteindre. Et les check points existent aussi à l’intérieur du pays, tous les quatre à cinq kilomètres, ce qui rend la circulation quotidienne… impossible à imaginer de notre point de vue extérieur.

Après notre premier échange, je passe la nuit à me demander comment des hommes peuvent habiter une terre bombardée depuis soixante-dix ans.

C’est bien la seule question qui s’impose à moi. Je me penche un instant sur la carte et je me retrouve face à un jeu de cubes imbriqués. Deux d’entre eux rapetissent au fil des décennies : la Cisjordanie et Gaza.

J’ai toujours été nulle pour les jeux de société. Dès qu’il s’agit d’en comprendre les règles, j’ai l’esprit qui ralentit. En cet instant, j’ai le même sentiment face à la carte : je suis frustrée de ne rien y comprendre.

La colonisation israélienne depuis 1946
Expansion coloniale de l'État d'Israël depuis 1946. Des terres palestiniennes déjà dominées par l'Égypte et la Jordanie

Le  lendemain matin, Ziad nous demande :

« Qu’est-ce qui me pousse, moi, Ziad Medoukh, professeur, à laisser ma famille, mon travail et à passer une semaine de voyage aller-retour pour venir quelques jours en France ? », j’imagine alors ce qu’il sous-entend. Lorsqu’on quitte son pays, on n’est jamais sûr de ce qui arrivera chez nous pendant notre absence. Mais, cette réalité si évidente pour tous, résonne ici bien différemment.

Quelle est donc la réalité de cette terre palestinienne ?

La suite de nos entretiens avec Ziad Medoukh, ce témoin sacré de l’Histoire ici et maintenant, dès demain sur ce blog !

Nous aborderons, entre autres, ce qui nous rapproche de Ziad et de ses compatriotes : la guerre de l’information, l’accès salutaire au savoir et les enjeux politiques internationaux.

Salut les amis !