Comment l’artiste copie et pourquoi ?

Je vais aborder ici la question de l’artiste copieur, l’artiste voleur. Pourquoi ? Pour alimenter notre réflexion sur la création, en écho aux polémiques sur les humoristes français qui volent les sketchs des autres. Que peut-il se passer dans leur tête ?

Ces imitateurs n’ont peut-être pas trouvé leur place dans l’univers artistique – Photo de Colin Behrens

L’humour noir du profit

Salut tout le monde ! Je vais aborder ici la question de l’artiste copieur, l’artiste voleur. Pourquoi ? Pour alimenter notre réflexion sur la création, en écho aux polémiques sur les humoristes français qui volent les sketchs des autres. Que peut-il se passer dans leur tête ? Prisonniers d’un système où je refuse de les enfoncer plus encore, je dirais plutôt qu’ils sont pris dans les filets de ceux qui se servent d’eux pour asseoir leurs profits (on en est tous plus ou moins là).

Tout artiste copie. Alors pourquoi ces imitateurs, ces voleurs de sketchs, mériteraient-ils tant de mépris ? Sont-ils des artistes ? Peut-être ne le sauront-ils jamais eux-mêmes. Le milieu socio-économique où ils développent leur « art » ne nourrit peut-être pas leur passion.

CopyComic, le vengeur masqué

Dans le milieu du show business, l’artiste est enrôlé dans la machine. Peut-être qu’il est humainement impossible de produire à tout va, d’être drôle à toute heure et de supporter les impératifs de rendement. Malheureusement, et de tous temps, plus le public se complait dans l’ignorance, plus il est pris pour un boeuf. La création ne se base pas sur une source d’inspiration infinie. Même pour les génies, le labeur est de rigueur.

La passion de l’imitateur

Ah, la passion ! Celle qu’a l’artiste de s’inspirer de tout et de tous, du moindre détail rencontré au détour d’un rayon de soleil qui éclaire une scène ; d’une parole étonnante qui devient fantastique ! Il n’est jamais très facile d’installer dans nos vies cette recherche profonde que la magie dirige vers les rencontres les plus essentielles.

Alors, ces imitateurs ont-ils trouvé leur place dans l’univers artistique ? Qui sait, l’idée de « prendre » les séduit peut-être sous la pression du rendement ? Et il y a ceux qui brandissent leur carte d’interprète ! Ignorer ce qu’il y a dans la soupe permet de la servir avec le sourire. Tout le monde sait ça, non ?

Je défends ici la réalité sociale de l’artiste. Quelle qu’elle soit, sachez que la frénésie de sa quête le pousse vite à chasser, bien plus qu’à voler. Car s’il n’arrive à créer, la passion le dévore. Il en va donc de sa survie de se nourrir de lui-même et bien souvent des autres. Les plus grands artistes, Picasso, Shakespeare, n’ont pas lésiné !

L’artiste est un cannibale qui vous invite à table !

Peut-être que nos humoristes perdus n’ont pas été initiés à ce secret honteux. Oui, l’artiste est un cannibale qui vous invite à table ! Des mets bien choisis, cuisinés d’intentions, pour être enfin servis. 

L’exercice a pour sens de se trouver, de se goûter, et de transférer la saveur humaine au centre de nous-mêmes. L’imitateur imité perd le goût authentique et ne peut s’y retrouver. Puisque tout artiste, au final, puise au centre de son être le goût de son humanité.

J’ai vraiment à cœur de vous faire découvrir comment la lecture et la vie me permettent d’écrire. Vous révéler ainsi mes pratiques cannibales. Et c’est pourquoi je vous dis tout ça. J’ai publié un premier texte qui ouvre l’écriture en ligne de « La Main Invisible », mon roman d’aventure, et futur best-seller (j’y crois plus que tout). Et mon intention est de vous en livrer les secrets !

Grand mangeur, l'artiste se nourrit d'humain - Photo de Shane Foren

Comment je copie et vous le sers en dessert

Ce n’est pas un travail linéaire, l’écriture d’un roman. Je sais, vous vous dites, un écrivain est absorbé par le déchaînement frénétique des chapitres qui se déversent sur la feuille à une allure démente. Absolument, les séances d’écriture dont je parle dans mon bonus présentent de tels ressorts. Certes, un écrivain qui baigne dans l’antre de l’inspiration est une image réelle (bien qu’éphémère). Tout autant que celle où il fume du bulbe.

Car le roman se construit tout de même comme un puzzle. C’est, le plus souvent, un assemblage, une fabrication qui nécessite des matériaux, des matières premières et de l’ingéniosité. Eh oui ! Faut juste bosser proprement et avec force conviction, c’est tout. C’est long, passionnant, et aussi difficile que devenir le meilleur maçon de France. Parce que moi, mon best-seller, je le veux !

Dans mon prochain article, je dévoilerai donc comment je copie. Bien sûr que je copie ! Et je veux vous expliquer comment. Comment je me sers de la lecture d’un livre pour identifier mon propre personnage. Il s’agit du livre d’Anne Sibran, « Enfance d’un chaman ».

L’artiste cherche au-delà des convenances

Mon héroïne s’appelle Mia, et Anne m’offre l’occasion de connaître le grand-père de Mia.

Bah oui, je trouve que le chaman d’Anne est parfait pour ce rôle. Mais, je dois vous dire qu’en réalité je ne me l’approprie absolument pas, je l’intègre par contre entièrement à mon imaginaire.

Il existe bel et bien désormais dans la réalité de Mia. Je dirais que c’est plutôt comme ça qu’un artiste opère, la quête est réelle, la restitution est imaginaire. Mais, sans remord, on en goûte la chair. L’éthique du cannibalisme artistique est ancienne et codifiée. Elle se transmet en silence.

Le lecteur s’y perd avec délectation. Mais, si l’artiste s’y perd, c’est qu’il n’a pas été jusqu’au bout — il n’a pas su trouver qui il était, ni comprendre d’où lui venait son intention.

Et pour ces pauvres humoristes pris la main dans le sac, je dirais qu’ils ont été pressés par la bienséance. Et puis, c’est un peu dégueu de se trouver soi-même. Vous ne pensez pas ?

La poésie se nourrit de tout, rien ne lui est interdit. Voici le livre que j'ai volé

La mise à nu d’une copieuse

Maintenant que j’ai mis tout cela au clair, je vous embarque dans la phase de création. J’ai concocté pour vous un article qui dévoile comment je m’inspire, comment je m’imprègne, comment j’imite et je vole l’écriture d’Anne Sibran — qu’elle a volé elle-même à un chaman, en pleine jungle équatorienne. Alors, vous pourrez ainsi juger si ces termes ont le même sens au cours d’un travail d’inspiration créatrice.

En effet, à la lecture de ce livre, j’ai découvert un matériau d’imprégnation formidable pour intégrer mon personnage, Mia. Enfant, elle vivait elle-même en pleine forêt, hors du monde civilisé. Anne Sibran a rencontré son grand-père. Un truc de dingue ! Jugez de la peine encourue pour avoir volé un grand-père ! Cliquez ici pour recevoir en prime time cette indiscrète confidence* : la pure et dure réalité de l’artiste en émoi. C’est l’âme d’une copieuse mise à nu.

Nous sommes tous les artistes

Notre capacité à apprendre n’a pas de limites. A mes élèves, qui suivent mes cours de peinture, je conseille toujours de pratiquer le dessin ou la peinture au moins 15 minutes par jour. Un article invité d’Elena Kuznetsova

Elena Kuznetsova vit en France, a fait les Beaux-Arts de Moscou et sait peindre comme on s’imagine les artistes d’une époque que je pensais révolue. Moi et Elena avons fait un échange d’article invité sur la question « Sommes-nous tous des artistes ? ». J’ai donc le grand plaisir de vous partager son article, tandis qu’elle fait de même pour le mien sur son blog Apprendre la peinture avec Elena. Elena Kuznetsova vous propose ici un point de vue généreux et documenté, et des pistes intéressantes pour développer vos dons de créateur selon la méthode de Léonard de Vinci.

Bonne lecture à tous !

« Il n’y a pas de malheur égal à la perte du temps »

Michelangelo Buonarroti, Madrigal LVIII, Le temps (1540)

La vie c’est la toile, et c’est nous qui décidons avec quelles couleurs nous allons peindre sur cette toile. Pour une personne la vie c’est la peinture des impressionnistes, éclatante de toutes ses couleurs vives et brillantes, pour une autre personne la vie c’est le cadre noir de Malevitch.

Nous sommes tous les artistes

Depuis notre naissance, nous avons un don fabuleux, c’est le don de la création. Nous sommes tous des artistes, des créateurs…. Un mathématicien, qui admire la beauté de sa formule… Un mécanicien qui a inventé un nouveau mécanisme.

Un peintre qui raconte une histoire dans son tableau. Son tableau est le monde plein de sentiments, de lumière, de force, de magie. Dans un tableau on suit le sujet comme dans le roman. Il y a les personnages principaux et secondaires, l’intrigue. C’est le peintre qui décide comment nous lirons son sujet, quels personnages nous découvrirons les premiers, quelle gamme de sentiments nous éprouverons. C’est en quoi consiste la composition dans la peinture.

Un musicien, qui avec sa musique enlève en nous un tourbillon de sentiment.

Un écrivain, qui écrit son roman. Son sujet se découvre devant nos yeux image par image. Il crée pour nous un monde, son monde, qui devient le nôtre. On suit les personnages, on sent l’odeur, on entend le bruit du vent, on voit les paysages, les scènes, les gens, les animaux,… l’époque. Tout ce monde se déroule devant nos yeux. Tout cela c’est de la magie et la force de création.

L’homme est puissant comme Dieu

Depuis des siècles, l’homme était considéré comme créateur, artiste. Ce n’est pas par hasard que le formidable Albrecht Dürer a dit : « L’artiste va juste après le Dieu. » Cette maxime illustre parfaitement toute l’époque de la Renaissance. À l’époque de la Renaissance, la personnalité humaine est la personnalité créatrice, elle reprend en quelque sorte la fonction de Dieu sur elle-même. C’est pourquoi elle est capable de maîtriser soi-même et la nature.

L’humain incarne lui-même la source de la créativité. Que ce soit la politique, l’économie, l’art, la religion, l’invention technique, la littérature. « L’homme est puissant comme Dieu », dit Marsile Ficin. Si c’est vrai, il est capable de réaliser la limite de la sagesse et de la beauté. Tous les humains sont les créateurs, les artistes.

Souvent une personne réunie en elle plusieurs talents. Comme on dit, une personne talentueuse est talentueuse pour tout ! Leonardo da Vinci fut peintre, sculpteur et ingénieur, Michelangelo Buonarroti – peintre, sculpteur et poète.

Souvent,  on n’ose pas de se dire qu’on est les créateurs, les artistes. On est tous talentueux ! A Delphes, l’inscription sur le temple d’Apollon, dieu des arts, de la beauté et de la créativité, dit : « Gnothi seauton ».- Apprenez à vous connaitre vous-même ! C’était aussi l’idée principale de la philosophie de Socrate.

Notre cerveau n’a pas de frontières

Tout le monde peut apprendre à peindre ou à écrire à n’importe quel âge. Il faut  juste avoir assez de motivation pour commencer à apprendre. Les connaissances viennent pas toutes seules, il faut toujours du temps et des efforts. Mais au final, vous serez récompensés ! Quel plaisir de comprendre d’un coup, que ce qui était impossible et presque un miracle hier, vous le faites aujourd’hui  facilement !

Notre capacité à apprendre n’a pas de limites. A mes élèves, qui suivent mes cours de peinture, je conseille toujours, en marge de mes cours de pratiquer le dessin ou la peinture au moins 15 minutes par jour. Comme cela le cerveau commence à considérer la peinture comme une tâche quotidienne. En plus vous n’oublierez pas les compétences acquises durant les derniers cours.

Il existe une théorie qui dit que pour devenir professionnel dans tel ou tel métier il nous faut 10 000 heures. Pour moi, comme pour beaucoup de professeurs, elle est assez polémique et litigieuse.

Il existe une autre théorie, selon laquelle chaque personne a besoin de sa propre tranche de temps de pratique pour apprendre quelque chose. Pour une personne, c’est  20 minutes par jour, pour une autre, c’est  4 heurs par jour.

D’après mon expérience, il vaut  mieux de s’exercer 15 – 20 minutes par jour, mais rester pendant ce temps-là très concentré, que de répéter pendant  4 heures le même exercice. Le fait est que notre cerveau n’est capable tenir une concentration extrême que 15-20 minutes. Après, bien sûr, on peut continuer à travailler, mais pas si intensément. Comme cela tout d’abord vous prenez l’habitude de vous exercer tous les jours et il vous reste du temps pour faire une autre occupation.

Suivez la méthode de Léonard de Vinci

Il existe une méthode de concentration, inventée par Léonard de Vinci. Ce qui est intéressant, c’est que cette méthode s’utilise largement  aujourd’hui dans l’art thérapie et par des psychologues.

Dans son ouvrage, Léonard de Vinci a décri un mécanisme simple, comment « soigner l’esprit et l’âme » à l’aide des pinceaux et des couleurs. Sa méthode se décompose en  23 points. Les psychologues modernes constatent que Léonard de Vinci avait tout à fait raison, sa méthode marche pratiquement pour tout les cas.

Voici les 23 propositions de Léonard

1- Si vous êtes fatigués, dessinez des fleurs

2 – Vous êtes en colère, dessinez des lignes.

3 – Vous avez mal quelque part, faites une sculpture.

4 – Quand vous vous ennuyez, faites une mosaïque.

5 – Vous êtes triste, dessinez une arc-en-ciel.

6 – Quand vous avez peur de quelque chose, faites des collages ou tissez un macramé.

7 – Si vous êtes angoissés, faites une poupée de chiffon ou une poupée de fil.

8 – Vous est indignés, faites des puzzles ou déchirez une feuille de papier multicolore en petits morceaux et après faites en un collage.

9 – Si vous vous inquiétez, pliez un origami.

10 – Quand vous êtes tendus, dessinez des ornements et des arabesques.

11 – Si vous essayez de vous rappeler quelque chose d’important que vous avez oublié, dessinez des labyrinthes

12 – Vous êtes déçus ? Copiez un tableau.

13 – Si vous êtes désespérés, dessinez la route. 

14 – Quand vous cherchez à comprendre vite quelque chose, dessinez des mandalas.

15 – Si vous avez besoin de vite vous rétablir et reprendre vos forces, dessinez un paysage.

16 – Si vous voulez comprendre vos sentiments ou vos sensations, dessinez votre autoportrait

17 – Vous voulez vous souvenir de vos sensations et votre état d’esprit actuel – dessinez des taches de couleurs abstraites

18 – Si vous avez besoin de systématiser vos pensés – dessinez des nids d’abeilles ou des carreaux

19 – Vous voulez comprendre vos désires – faites un collage.

20 – Vous essayez de vous concentrer sur vous pensés – dessinez avec les points (le pointillisme)

21 – Pour trouvez une issue d’une situation difficile – dessinez des ondulations et des cercles

22 – Si vous sentez que vous êtes dans une impasse, mais qu’il vous faut avancer à tout prix – dessinez des spirales

23 – Quand vous voulez vous concentrer sur un but – dessinez des grilles et des cibles.

Une méthode employée en art-thérapie

Cette méthode se réfère plutôt à la Psychologie et s’utilise beaucoup dans l’art-thérapie. Mais quand vous apprenez la peinture vous pouvez facilement adapter cette méthode à votre état d’esprit et comme cela, la peinture et le dessin vous aideront à trouver les solutions et rendre votre vie quotidienne plus agréable.

Cette méthode, vous pouvez l’utiliser également pour développer n’importe quelle activité. Admettons que vous écriviez un récit et que vous n’arriviez pas à le finaliser, alors, regardons…  point  22 : si vous sentez que vous êtes dans une impasse, mais qu’il vous faut avancer à tout prix, dessinez les spirales…  Ou bien vous êtes très fatigués après une longue journée de travail…. Point 15 – Dessinez un petit paysage.

Faites ce que vous désirez faire !

Et n’oubliez pas, la plus grande loi de tous les génies : Faites ce que vous désirez faire ! Faites ce dont vous avez toujours rêvé, que ce soit la musique, la littérature, la peinture…. Il n’y a pas d’âge pour commencer, il y a juste votre envie d’apprendre ! Soyez un peu comme les enfants : Je veux le faire et je le fais ! Tous les enfants sont un peu des génies et tous les génies sont un peu des enfants.  Faites ce que vous avez toujours voulu à faire !  Et vous n’aurez pas de limites !

«Tout obstacle renforce la détermination. Celui qui s’est fixé un but n’en change pas ! » Leonard de Vinci

Par Elena Kuznetsova du blog apprendrelapeintureavecelena

Les habitudes alimentaires qui nous définissent

« Pourquoi je mange comme ça et pas autrement ? » est une très bonne question à se poser. C’est, au final, notre façon de vivre que nous interrogeons, notre vision même de la vie et notre système de pensée.

Bonjour à tous !

Je participe avec bonheur au carnaval d’articles de Gabriel Tricottet du blog « Mon super régime », sur le thème « Les habitudes qui ont changé ma vie ». Pour rester dans le ton, j’ai décidé de vous parler des habitudes alimentaires.

Qu’est-ce qu’un aliment pour nous ?

Les habitudes alimentaires participent de qui nous sommes. Elles nous définissent, en quelque sorte. Mon rapport aux aliments et ma façon de les cuisiner conditionnent ce que je mange.

« Pourquoi je mange comme ça et pas autrement ? » est une très bonne question à se poser. C’est, au final, notre façon de vivre que nous interrogeons, notre vision même de la vie et notre système de pensée. Pour moi, le véritable aliment est celui qui sort de la terre, celui qui n’est ni trafiqué, ni irradié (si si, le commerce agro-industriel asperge nos fruits et légumes de pesticides et les irradie aux rayons gamma quelque chose). Leur conservation longue durée est aussi assurée pour les transporter par tonnes pendant des semaines (l’ananas, par exemple, a une odeur de carton et non d’ananas, vous avez remarqué ?).

légumes vivants sortis de terre
Des légumes vivants, tous juste sortis de terre !

Devrions-nous chasser pour manger ?

Et c’est pareil pour la viande. Je ne chasse pas mais, je rêve d’apprendre le tir à l’arc et d’habiter près d’une forêt sauvage (avec la mer pas loin, s’entend !) pour que ma viande soit éviscérée fumante et encore palpitante de vie. Tout ceci pour dire que notre regard sur la vie, empli de convictions personnelles, conditionne nos habitudes alimentaires.  Elles se confrontent aux réalités de nos vies citadines et modernes où nos enfants préfèrent les cordons bleus aux légumes vapeur. J’en ai marre des cordons bleus, les gars ! Pour ma part, si les fabrications industrielles de type nuggets se frayent un passage jusqu’à ma table, c’est par manque de connaissances en matière de traditions culinaires.

Testons de nouvelles habitudes au contact des autres

Avec des poules bien traitées et bien nourries. Manger un œuf chaque jour est un bonheur pour notre santé

Je suis depuis peu en contact avec un groupe de blogueurs, un groupe d’amis, j’ose le dire, qui parle beaucoup de cuisine. Gabriel a un blog sur le régime et le jeûne qui, finalement, parle de cuisine ; Florence a un blog sur la cuisine végétale qui, finalement, parle de notre rapport à la terre, au végétal et de traditions culinaires ancestrales ; Jung, qui a un blog sur comment atteindre ses objectifs, est un passionné de cuisine. Nos échanges m’ont poussée à remettre mes habitudes alimentaires en question. J’ai donc, fort petitement, testé quelques recettes avec, il faut l’avouer, un taux d’échec qui remise ma volonté de changement au placard.

Finalement, j’ai opté pour remettre en branle les habitudes alimentaires que je me suis forgées au cours de ma vie : je mange mes crudités et mes œufs de ferme bio, tandis que, pour les enfants, j’achète les aliments les plus simples et passe dédaigneusement devant le rayon des nuggets, et tant pis pour les magnets des départements français. On aura qu’à finir la carte en les confectionnant nous-mêmes.

les magnets-nuggets
J'arrête les nuggets !

Interrogeons nos habitudes pour mieux nous connaître

maraîchage bio
Partez à la découverte de vos terres !

J’ai donc bien essayé de faire une cuisine plus fantaisiste mais, je n’ai pas bénéficié d’une transmission culturelle très élaborée en matière culinaire. Je me souviens que ma grand-mère cultivait ses roses et tuait l’étourneau au petit matin. On cultivait des fraises et on allait à la ferme chercher le beurre et la crème. Notre repas traditionnel était le poulet cuit dans la cheminée, avec des patates enrobées de papier alu glissées dans les braises. Au final, j’ai une pratique culinaire très épurée où l’aliment prime sur la cuisine. J’achète mes légumes chez le maraîcher bio du coin, je les cuis à la vapeur pour qu’ils m’apportent les vitamines et minéraux qu’ils se sont fabriqués de leur vivant.

Ce sont pour moi des aliments nés dans une terre amoureusement traitée, et je les badigeonne d’huile d’olive directement dans mon assiette. Une pincée de sel et je suis heureuse ! Dès que mes enfants furent en âge de me traiter d’ascète insensible aux joies du productivisme moderne (traduisez : « beurk c’est dégueu ! »), j’ai cru devoir me plier à leurs exigences contre-nature (voir, à ce sujet, mon article sur le chocolat).

Au fait, c’est quoi une habitude ?

Toutes ces habitudes, qu’elles soient occasionnées par la force des choses ou instaurées volontairement, ont des conséquences sur notre vision même de la vie. Alors, devons-nous parler de « mode de vie » ou d’« habitudes » ? C’est une excellente question, qui permet de nous interroger sur ce qu’est une habitude. Cette action répétée se met en place dans notre quotidien. Certes, elle dérange peut-être parfois au début du processus. Malgré tout, elle s’implante dans nos vies car elle a un sens. Elle donne du sens. On lui a fait une place. Pas seulement pour atteindre un objectif mais aussi pour répondre à une façon de penser, à une éthique. Il y a une forme d’adhésion et de synchronicité entre notre vision de la vie et l’habitude que nous souhaitons adopter. Je n’oublie pas que l’homme est plein de paradoxes et contredit allègrement cette définition, qui n’en est pas moins vraie, à mon sens.

Notre rapport à l'alimentation est-il une question d'habitude ou de mode de vie ?

Comment s’installent-elles dans nos vies ?

Reprenons l’exemple des habitudes alimentaires. Comment ai-je transformé mes bons repas normands à base de cuisson au beurre et de crème fraîche servie à la louche par la fermière de mon hameau de campagne ? Il y a longtemps, mon médecin m’a prescrit cinq cuillères à soupe d’huile d’olive bio pour faire cesser une infection à répétition qui me pourrissait la vie. Et, ô miracle, mon petit problème disparut comme par enchantement. C’est à partir de là que j’ai chéri la cuisine à l’huile d’olive. J’ai acheté le livre de Sophie Lacoste « Les aliments qui soignent ». Depuis, je n’ai cessé de m’intéresser à l’alimentation par cette petite lorgnette. Dès que je le pouvais, j’allais aider une amie à cultiver son jardin. Sortir les légumes de la terre, les semer, les arroser, fait partie de mon attachement à la nourriture, à la vie, à la nature. Cela revient à dire qu’une simple habitude devient vite un élément de notre histoire. De là à ce qu’elle puisse nous définir, il n’y a qu’un pas.

Nos habitudes mèneraient-elles à la Révolution ?

L’habitude est un acte qui définit, jour après jour, ce que nous pensons de la vie et de nous-mêmes. Irais-je encore plus loin dans la logique ? L’habitude porterait-elle en elle nos convictions les plus profondes ? Après tout, elles se défendent parfois jusqu’à devenir le fer de lance d’un militantisme révolutionnaire. On pense toujours qu’une révolution naît d’une opposition. Certes, mais pour faire naître l’insurrection, les insurgés ont dû préalablement adopter de nouvelles habitudes œuvrant au changement d’état d’esprit. Les militants du « lobby vegan » sont un exemple parmi bien d’autres. Tout commence par une idée, une conscience des risques/bénéfices et un espoir de changement. Et dans tout ça, la mise en place de nouvelles habitudes s’impose. Conclusion les amis ? Toute habitude porte en elle les germes de la révolution !

Tout changement d’habitude semble à-priori absurde

Les enfants ont aujourd’hui des droits, les animaux ont aujourd’hui des droits. On s’indigne de voir les poulets en batterie et les poussins entassés dans des cagettes. Nous nous indignerons bientôt des mauvais traitements infligés à nos fruits et légumes ! Ça vous fait rire ? Mais, bientôt nous exigerons des droits pour nos plantes ! Sachez que la recherche scientifique a prouvé qu’elles étaient bel et bien vivantes, capables de communiquer entre elles et capables de réagir à nos actes. Alors, oui, les amis, la révolte gronde et vos habitudes la préparent !

Sous votre terre, il y a de l’or !

Pour résumer, j’aime la viande mais elle est bourrée de pesticides et d’antibiotiques ; j’aime le poisson mais il est bourré de métaux lourds (j’ai d’ailleurs perdu l’habitude d’en manger et quand je passe au marché aux poissons je ne peux me résoudre à en acheter) ; j’aime le chou-fleur mais ce n’est pas la saison ; il y en a quand même dans les supermarchés mais il ne sent rien et je me demande s’il est vraiment vrai… Franchement, j’appelle au boycott des légumes de supermarché ! Prenez l’habitude de soutenir vos petits maraîchers bio du coin ! Partez à leur recherche, emmenez vos enfants dans cette chasse au trésor. Demandez à bêcher ! Ma fille déterre les pommes de terre comme si c’était de l’or ! Changez votre regard sur le vivant et sur la vie, et vos habitudes alimentaires changeront !

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Les habitudes qui ont changé votre vie », organisé par Gabriel Tricottet, l’animateur du blog “Mon super régime”

Interview singulière avec Ziad Medoukh – deuxième partie

Pour moi, Ziad Medoukh est le héros d’une fiction devenue réalité à travers son témoignage.Ce citoyen de Gaza, directeur du département français de l’université d’Al Aqsa, vient jusque chez nous pour témoigner. Inlassablement, il brave une fatigue inhumaine à force de ne pouvoir dormir.

Dans mon précédent article, j’évoquais la Palestine et Gaza à travers le regard de Ziad, ce poète palestinien aux yeux tendres. Ces yeux ont vu tant souffrances, tant de tristesse insoutenable, tant d’espérance et tant de joie réunies, tant de pays, tant d’universités étrangères, tant de manières de vivre…

Pour moi, Ziad Medoukh est le héros d’une fiction devenue réalité à travers son témoignage.

Ce citoyen de Gaza, directeur du département français de l’université d’Al Aqsa, vient jusque chez nous pour témoigner. Inlassablement, il brave une fatigue inhumaine à force de ne pouvoir dormir. Car, nous a-t-il confié, hors de Gaza, hors du bruit de sa ville maintes fois bombardée, les cauchemars l’assaillent. Ils s’immiscent dans le silence narquois des nuits de France. C’est la paix, si soudaine et nocturne, qui terrorise cet invincible.

Pourtant, Ziad brave la mort chaque jour à Gaza, à chaque heure, à chaque minute de sa vie. Et voilà ! Aller au travail, à l’école, à l’université et rentrer chez soi est, pour Ziad et les habitants de Gaza, un défi de chaque instant.

94%scolarisation à Gaza malgré les destructions

Retrouver sa maison ou son enfant, le soir, est un miracle quotidien. Et, chaque soir, se retrouver en vie ne les soulage en rien, puisque les meurtres ne cessent jamais, jamais, absolument… jamais depuis 70 ans.  Alors, me direz-vous, il serait temps, pour cette deuxième partie, il serait temps que je pose enfin LA question.

QUI TUE ?

J’ai le sentiment que ce conflit israélo-palestinien nourrit les relations internationales des plus grandes puissances économiques occidentales. Et j’avoue que pouvoir discuter de cet épiphénomène qu’est Israël m’a poussé vers notre entrevue avec Ziad Medoukh. Connaître son avis sur la situation politique là-bas est une chance à ne pas rater.

Pourquoi le gouvernement israélien n’est-il pas condamné par l’ONU ? Pourquoi le gouvernement d’Israël trouve-t-il autant de soutiens et de tolérance auprès de la communauté internationale ?  La question m’obsède. Pourquoi le gouvernement d’Israël n’est-il pas traité objectivement, comme un pouvoir politique totalitaire, une démocratie sans scrupule, coercitive et dangereuse ? Qu’est-ce qu’Israël apporte aux autres puissances politiques pour qu’on laisse le pays coloniser et instaurer un régime d’apartheid ? Il a des dossiers sur tout le monde ou quoi ? Alors que l’économie mondiale repose entièrement sur le crédit, je me demande ce que l’État d’Israël rapporte tant au reste du monde.

” Pour comprendre les enjeux d’une situation internationale, nous explique Ziad, il faut toujours revenir à l’Histoire. Après 1945, les États-Unis sont sortis gagnants de la guerre. Économiquement, l’Europe avait dix ans de retard sur eux. Le plan Marshall a été mis en place et cette réussite économique a mené les États-Unis vers une réussite militaire. Débute ainsi l’histoire d’une domination. »

Je frissonne à ses paroles, comme si le plan Marshall avait scellé notre sort à tous.

« Depuis, l‘Europe suit les États-Unis à travers l’OTAN. Et, comme les américains sont alliés d’Israël, les européens ne peuvent faire autrement que de les suivre sur la question palestinienne, tout en sachant ce qui s’y passe vraiment. C’est le problème de l’Europe mais elle n’est pas la seule dans cette situation. »

Et, que cautionnons-nous vraiment ? Est-il possible d’imaginer que nos gouvernements fassent pression aux côtés des Etats-Unis pour « fermer les passages » et séquestrer ainsi les palestiniens de Gaza ?

« La responsabilité de ce conflit incombe-t-elle vraiment à Israël ? L’État israélien est un état colonial dirigé par l’extrême droite. Quoi de plus normal, alors, qu’il aille tabasser, écraser, tuer, puis massacrer des palestiniens ? 

Gaza manifestation populaire
Des Palestiniens s'enfuient sous les grenades lacrymogènes lors d'une manifestation à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 30 mars 2018 lors de la Journée de la terre 2018.MAHMUD HAMS / AFP

C’est pourquoi nous avons la volonté de résister. C’est vrai, nous n’avons pas les moyens de résister mais, au moins, nous sommes sur le terrain. C’est ça l’important. Le problème, ne se pose pas aujourd’hui sur nos relations avec l’état colonial israélien, c’est un ennemi. La question se pose sur nos relations avec l’extérieur. Avec la communauté internationale, avec l’Europe, avec la Ligue Arabe, avec les États-Unis, avec les Nations Unies qui sont alliés entre eux.»

Le peuple palestinien a depuis longtemps perdu confiance. Ils ont même perdu confiance en leurs dirigeants pour libérer la Palestine. Mais ils n’ont pas perdu espoir. Bien au contraire :

” Pour nous, palestiniens le seul soutien à espérer c’est vous, la société civile. C’est elle qui est en train de faire bouger la situation.

“Les territoires palestiniens sont la Cisjordanie et la Bande de Gaza. La Cisjordanie est un territoire colonisé à plus de 80%, avec des barrages militaires tous les 3 ou 4 kilomètres, le mur de l’Apartheid et l’échec du processus de paix. Quand à la Bande de Gaza, elle est soumise à un blocus féroce, aux fermetures des passages et aux bombardements israéliens. Le manque de moyens est énorme, les coupures d’électricité continuelles, le chômage permanent et l’absence de perspectives évident. Et malgré tout cela, les Israéliens ne parviennent pas à nous écraser.

“Le taux de scolarisation en Palestine est de 94%.

“Il y a une volonté familiale pour encourager les enfants à aller à l’école. De même, les universités ne sont pas financées par le gouvernement palestinien, ce qui porte les frais d’inscription aux alentours de 700 euros par an. Mais ça n’empêche pas les pères de famille à vendre un morceau de leur terre pour payer, et les mères à vendre leurs bijoux pour y faire entrer leur fille. Ils savent pourtant qu’après quatre ou cinq ans d’Université, leurs enfants seront au chômage.”

Alors, pourquoi ? Pourquoi une mère défie chaque matin les dangers, les bombes et les barrages militaires pour conduire son enfant à l’école ?

« Parce qu’ils ont pleinement conscience qu’un diplôme universitair e en poche est signe d’espoir. Les trois éléments essentiels, pour nous, palestiniens, sont : rester attachés à notre terre, envoyer les enfants à l’école et garder espoir. »

C’est ça qui fait peur aux Israéliens ? Que vous vous sentiez chez vous ?

Oui, c’est notre attachement à la terre qui leur fait peur. Ce ne sont ni les résistances armées, ni les négociations de paix.

“Suite aux massacres de 1948, il y a eu trois cents mille réfugiés palestiniens. Aujourd’hui, les massacres continuent mais les palestiniens décident de rester. Rester où ? À côté des ruines de leur maison, de leur école, car nous avons pleinement conscience que notre sentiment d’appartenance nous donne la force de tenir.

Moi, je suis un citoyen de Gaza et j’ai subi trois offensives en cinq ans. En 2009, en 2012 et en 2014. Imaginez ! Après ce massacre à Gaza, il n’y avait même pas mille personnes sur deux millions d’habitants à vouloir quitter le territoire. Ça montre la prise de conscience des Palestiniens aujourd’hui : leur attachement à la terre renforce leur résistance malgré toutes les souffrances subies. »

Après soixante-dix ans d’occupation, de colonisation, d’exil et de souffrance, les Palestiniens refusent désormais de fuir. À cette conscience identitaire s’ajoute, selon Ziad Medoukh, la prise de conscience des gens qu’il rencontre en France et à l’étranger :

« Je suis bien placé pour mesurer l’ampleur de la solidarité pour la Palestine. En France, l’évolution est flagrante. C’est ce qui me guide chaque jour. C’est très difficile de sortir de Gaza et d’y revenir mais c’est si important. »

Nous avons l’impression, Sabrina et moi, que la situation est toujours plus désespérée

La main de la liberté, fontaine d'Oscar Niemeyer
Le Havre, Espace Oscar Niemeyer : La Terre, un jour, comme cette eau, à tous appartiendra

Comment ne pas croire en cette « force de solidarité » ? Existe-t-elle vraiment chez nous ? J’avoue que nous avons l’impression, Sabrina et moi, que la situation est toujours plus désespérée pour les palestiniens. Que toutes les actions de soutien n’y changent rien.

Mais Ziad nous assure du contraire. Lui vient en France pour « échanger et témoigner », parce qu’il constate que les français s’intéressent de plus en plus à la culture palestinienne et, à travers elle, ils cherchent à comprendre la situation. C’est pourquoi il répond à l’invitation de Stéphane Vatel, professeur de civilisation arabe à l’université du Havre :

« Ziad est un homme sensible. Et je trouve que sa venue est intéressante pour les relations entre la France et la Palestine. »

Stéphane s’est acharné sur le dossier pour avoir une chance que son plan puisse aboutir. Mais pourquoi lui ? « Ziad nous offre un témoignage de ce qui se passe à Gaza. Il apporte des informations et des analyses directes dont nous avons tous besoin. D’autant que la presse française n’est pas toujours à la hauteur de cette tâche. »

Ziad Medoukh n’en est pas à son premier voyage, ni à son premier refus de sortie du territoire. « Quelques fois, explique-t-il, il faut supporter les difficultés pour venir car les rencontres humaines sont importantes. Des conférences sur skype ne permettent pas de nouer des liens et de partager les croissants avec Alice et Sabrina.

« Alors même que le discours des médias officiels continue de légitimer l’action armée des israéliens, je privilégie les rencontres avec les citoyens français. Grâce aux réseaux sociaux, devenus des médias alternatifs. Je ne vous cache pas que 80% de mes amis sont sur facebook. Nous pouvons y échanger des informations en toute liberté. Il n’y a pas de censure.

« Je rentre toujours rassuré. Vous pensez peut-être que vous n’en faites pas assez pour nous aider ? Moi, je vois au contraire qu’il se passe beaucoup de choses. Je participe à des conférences, des rencontres avec des palestiniens, des soirées, des spectacles et des projections pour soutenir la Palestine et créer des liens entre nos deux pays.

Plus besoin de regarder le journal télévisé…

« Désormais, les français peuvent connaître la situation réelle en Palestine. Ils n’ont plus besoin de regarder le journal télévisé ou de lire « Le Monde » ; ils ont « Mediapart », ou les témoignages directs sur les réseaux. Les citoyens sont dorénavant libres de s’informer sans devoir appartenir à un parti ou à un quelconque mouvement. S’informer, c’est ça le plus important. »

Vous serez certainement surpris de ne pas avoir eu les réponses aux questions lancées au début de cet article, c’est qu’un troisième est prévu. Parce que Ziad est intarissable sur la réalité de la terre des palestiniens.

« Depuis dix ans, ces dix dernières années,… » voilà qui introduisait souvent ses propos. Évidemment, je me suis demandée ce qui s’était passé en 2008 à Gaza. Après l’avancée politique du Hamas, le gouvernement décide de pousser l’avantage par une résistance armée face à l’occupant. La répression fut féroce, suivie d’un blocus sans pitié et d’un isolement total.  Tout espoir d’un règlement pacifique fut anéanti.

Ce qui a changé, entre 2008 et 2018, c’est la réalité du combat. La résistance armée ne peut se passer d’alliés et les palestiniens n’en ont aucun. Zéro ! Pour Ziad Medoukh et ses compatriotes, l’issue du conflit se trouve hors des murs de Gaza, dans la conscience de chacun d’entre nous. Aucun espoir du côté israélien :

N’oublions pas que la société israélienne est divisée idéologiquement et socialement. Il y a beaucoup d’injustice là-bas. Les gouvernements successifs jouent sur le conflit. La Palestine est un prétexte pour tenter de rallier le peuple israélien dans la lutte coloniale.”

Vous voulez dire que le peuple israélien est opprimé de l’intérieur ?

Oui, c’est une réalité aussi. Mais il y a trois éléments d’espoir bien réels : la prise de conscience de la société civile internationale et celle de la société israélienne. Car la dégradation du pouvoir d’achat se généralise partout. Dans ce contexte économique désastreux, la montée de l’extrême droite engendre la montée de la résistance et la recherche d’alternatives.

“L’alternative prend corps dans les réseaux sociaux.”

Certes, l’évolution de la droite à l’échelle internationale est inquiétante mais elle pousse les gens à trouver des moyens de résister. Pour moi, il y a trois éléments d’espoir : la prise de conscience des palestiniens pour leur attachement à la terre, la société civile et les alternatives qu’elle commence à mettre en place en exploitant les réseaux sociaux à son avantage pour se regrouper. L’engagement historique des intellectuels français envers la Palestine n’est plus relayé dans les médias, qui présentent le soutien à la Palestine comme une critique de la politique d’Israël, trop vite traité d’antisémitisme. Aujourd’hui, le sens de l’engagement a changé et nous devons en tenir compte pour l’avenir. »”

Nous avons rencontré Ziad Medoukh !

Sabrina et moi avons rencontré le plus célèbre des gazaouis : Ziad Medoukh ! Poète palestinien et directeur du département français de l’université d’Al Aqsa, Ziad était de passage au Havre. C’est le genre d’occasion à ne pas manquer pour obtenir une info de première main, un témoignage à la source.

Sabrina et moi avons rencontré le plus célèbre des : Ziad Medoukh !

Ziad Medoukh, poète palestinien et directeur du département de français de l’université d’Al Aqsa, était de passage au Havre.

Palestine : on a la chance de savoir !

C’est le genre d’occasion à ne pas manquer pour obtenir une info de première main, un témoignage à la source. Car, qui ne se demande pas, parfois, ce qui se passe là-bas ? Qui ne se demande jamais pourquoi ce vampirique conflit israélo-palestinien semble être immortel ? Attendons-nous de sa fin que le dernier palestinien ait disparu ? Je n’écris pas cet article pour titiller votre culpabilité, bien au contraire. Car, si, comme moi, vos préoccupations sont ailleurs, sachez que nous contribuons tous, à notre échelle, à défendre la liberté des palestiniens. Comment ? Je vais vous le dire.

Je suis préoccupée : mon chat a disparu !

Mon chat a disparu depuis plusieurs jours et c’est seulement ce matin que j’ai fait un tour dans le quartier pour le chercher. Ce gros chat au pelage soyeux et à la musculature impressionnante est né dans ma cave. Nous avons recueilli sa mère qui s’était échappée de chez la voisine car elle y était maltraitée.

Titi, ce gros chat disparu, n’est pas un chat comme les autres. Il a l’âme d’un fauve. C’est le chat le plus libre que je connaisse. Enfant, il refusait de manger des croquettes. Pour son premier repas, il s’est jeté sur un os. Depuis, il ne mange que de la viande crue. J’ai bien essayé de l’affamer pour qu’il mange ces affreuses croquettes, mais j’ai craqué avant lui.

chat perdu

Quel rapport avec Ziad Medoukh et la Palestine ?

J’ai à cœur de respecter la liberté de ceux qui m’entourent, de chérir et de défendre l’idée d’une liberté qui ne se marchande pas à coups d’arguments et de compromis raisonnables. C’est, pour moi, la valeur la plus sûre et la plus essentielle. Car, de ce concept, découle toute la vie. Quelque part, elle en dépend. Et, même si vous pensez, comme je pouvais le croire il y a encore quelques jours, que nos préoccupations sont bien loin et bien différentes de celles des palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, je comprends désormais que la réalité est plus complexe.

Ziad Medoukh est une force de la nature à la carrure irréelle. La pure incarnation du super héros. Une sorte d’Hercule qui porte le monde sur ses épaules. Gaza, seule, peut-être. À ses côtés, je n’ai pas douté une seconde que la force était en nous, et que nous étions tous importants. Par notre intérêt, par notre capacité à voir, à entendre, à écouter et à comprendre, nous aidons les palestiniens à rester en vie !

C’est Sabrina qui suit Ziad sur sa page facebook. Dix mille abonnés

La main de Niemeyer - Le Havre. Symbole de l'inappropriation de la Terre

Son téléphone est affiché sur son journal pour faciliter tous les contacts possibles durant son séjour. Une fois en France, il profite à fond de son autorisation de sortie : La Rochelle, Le Havre, Paris, les lumières de Noël…. L’image de la « prison à ciel ouvert » revient sans cesse dans les poèmes de Ziad ; elle chante douloureusement  à mon esprit.

« Alice, Ziad Medoukh est au Havre ! J’ai rendez-vous avec lui ce soir, tu m’accompagnes ? »

Sabrina, mon amie formidable, m’embarque dans l’aventure. Nous retrouvons Ziad à l’université du Havre, et convenons d’une interview le lendemain autour d’un petit-déj. Ses séjours autorisés en France, ces dix dernières années, lui ont permis d’ouvrir des canaux de communication avec l’extérieur. « Moi, j’essaye, en dehors de mon travail, de m’engager pour la Palestine à travers mon témoignage.» C’est le témoignage d’un citoyen ordinaire pour qui « tous les jours, il y a des morts ».

L’échange d’informations de première main est devenu l’un des enjeux majeurs dans l’usage des réseaux sociaux par les sociétés civiles. Et les palestiniens, comme Ziad, en profitent un max !

Messages de soutien du monde libre

« J’informe sur la réalité à Gaza avec des photos, des vidéos, des rencontres, explique Ziad. Les gens ont compris que la réalité, c’est autre chose que ce qu’en disent les médias. Et c’est important de garder le contact avec ces gens-là, car ils sont de plus en plus nombreux à adhérer à la cause palestinienne. C’est pourquoi je suis optimiste pour l’avenir. Il est vrai que par le passé, les français étaient plutôt pro-israéliens. Mais, les choses ont changé. Il y a plus de 10 000 personnes qui suivent ma page facebook. Ça montre à quel point vous avez la volonté de vous informer.

 Alors, pourquoi témoigner ? Pas seulement pour informer mais aussi pour avoir vos retours et vos messages de soutien. Ils me soulagent et nous aident à tenir. Je les transmets aux enfants, aux étudiants et aux familles. »

Des enfants de Gaza posent en faveur de la reconstruction de leur pays

Ziad Medoukh est un père de famille pas comme les autres

Il est un symbole de la résistance pacifiste. Ses meilleures armes sont : sa force intérieure, son intégrité, sa loyauté envers son peuple et son sourire communicatif. Mais, qu’est-ce que ça veut dire « pacifiste » dans un pays en deuil permanent ? Dans un pays où la plus violente des ségrégations détruit la vie et la fierté de tout un peuple depuis 70 ans ? Dans un pays qu’on refuse de libérer, un tout petit territoire qui se voit encore aujourd’hui confisquer ses terres ? Un pays, enfin, qui vit enfermé par des murs, des barbelés et des militaires armés ? C’est comment, au quotidien ? (pour le savoir, plongez dans les témoignages de Ziad sur sa page facebook)

La Bande de Gaza est une prison de deux millions d’habitants

qui dispose de cinq points de  passage vers le monde extérieur. On n’est pas autorisé à sortir (moins de 3% de la population y parviennent en moyenne chaque année), et il y a des heures, voire des jours d’attente. Si votre enfant a besoin d’aller à l’hôpital en dehors de Gaza, vous devez souffrir l’attente et l’incertitude de pouvoir l’atteindre. Et les check points existent aussi à l’intérieur du pays, tous les quatre à cinq kilomètres, ce qui rend la circulation quotidienne… impossible à imaginer de notre point de vue extérieur.

Après notre premier échange, je passe la nuit à me demander comment des hommes peuvent habiter une terre bombardée depuis soixante-dix ans.

C’est bien la seule question qui s’impose à moi. Je me penche un instant sur la carte et je me retrouve face à un jeu de cubes imbriqués. Deux d’entre eux rapetissent au fil des décennies : la Cisjordanie et Gaza.

J’ai toujours été nulle pour les jeux de société. Dès qu’il s’agit d’en comprendre les règles, j’ai l’esprit qui ralentit. En cet instant, j’ai le même sentiment face à la carte : je suis frustrée de ne rien y comprendre.

La colonisation israélienne depuis 1946
Expansion coloniale de l'État d'Israël depuis 1946. Des terres palestiniennes déjà dominées par l'Égypte et la Jordanie

Le  lendemain matin, Ziad nous demande :

« Qu’est-ce qui me pousse, moi, Ziad Medoukh, professeur, à laisser ma famille, mon travail et à passer une semaine de voyage aller-retour pour venir quelques jours en France ? », j’imagine alors ce qu’il sous-entend. Lorsqu’on quitte son pays, on n’est jamais sûr de ce qui arrivera chez nous pendant notre absence. Mais, cette réalité si évidente pour tous, résonne ici bien différemment.

Quelle est donc la réalité de cette terre palestinienne ?

La suite de nos entretiens avec Ziad Medoukh, ce témoin sacré de l’Histoire ici et maintenant, dès demain sur ce blog !

Nous aborderons, entre autres, ce qui nous rapproche de Ziad et de ses compatriotes : la guerre de l’information, l’accès salutaire au savoir et les enjeux politiques internationaux.

Salut les amis !

Le sommeil révolutionne la médecine !

L’article que je vais vous lire retrace la découverte la plus révolutionnaire de ce siècle : dormez pour vivre !

Hello ! Je suis tombée sur un article fort amusant, intriguant et un rien flippant. Ça m’a donné envie de vous concocter une ‘tite chronique podcastée à faire peur !

INSOMNIAQUES S’ABSTENIR !

Un article de Mark O’Connell – The Guardian – Trouvé dans le magazine “Books” de novembre 2018