Réveil survolté sous l’éclipse de lune

Alice était survoltée. Levée à cinq heures du mat, elle trouvait que l’occasion était trop belle pour faire une séance de respiration, respirant en saccades profondes pour se relier à la vie

Les promesses du matin

Alice était survoltée. Levée à cinq heures du mat, elle trouvait que l’occasion était trop belle pour faire une séance de respiration. C’était ainsi qu’elle appelait ses quinze minutes d’immobilité, coincée en tailleur contre son oreiller, respirant en saccades profondes pour se relier à la vie et se réapproprier son âme après une nuit sans songes. Comme tout à chacun, elle ne savait pas de quoi la journée serait faite, mais elle était sûre d’une chose : cette promesse de connexion lui réserverait des surprises.

Le business d’une chef de famille

Alice partit donc tôt, trouvant sur le chemin une véritable éclipse de lune. Elle avait oublié d’emporter les cours de Madrienne. De toute façon, Alice avait peu de temps à leur consacrer. Très peu de temps… Sur quoi pourraient bien porter ses pensées du matin alors qu’elle avait déjà mis son cerveau en branle ? Alice avait écrit deux lettres à deux professeurs pour excuser ses défaillances dans le suivi de la scolarité de son fils. En effet, elle était légèrement dépassée par ses responsabilités de mère et de future chef d’entreprise. Car, il fallait bien l’avouer, éduquer deux enfants et gérer la maison était une petite entreprise en soi. Elle devait admettre qu’elle avait lourdement démissionné de son rôle de chef de famille pour se consacrer au démarrage de son blog et en faire un business.

la clé de l'esprit romancier

Insuffler l’art d’écrire un roman

C’était d’ailleurs pour ça qu’elle s’était payé la formation de Madrienne. Pour voir réellement comment proposer plus tard une formation digne de ce nom et réussir à insuffler chez ceux qui en rêvaient, l’art d’écrire un roman. Le travail à accomplir était tout simplement gigantesque. Madrienne proposait un premier module avant d’entrer dans le vif du sujet pour apprendre à s’organiser et gagner en temps et en productivité. Alice avait passablement passé cette étape. En fait, ce n’était pas tout à fait vrai. Comme dans sa formation initiale, elle avait bûché cette incontournable entrée en matière mais, elle avait eu tendance à en oublier le fin mot de l’histoire. Bref, Alice n’était pas une pro de l’organisation mais elle espérait avoir tiré de ces cours de méthode assez de substance vitale pour s’être constitué une sorte de support énergétique invisible. Elle était peut-être un peu mystique sur les bords, après tout.

Les personnages de vos romans préférés

Comme c’était nouveau de partir si tôt, pour elle comme pour sa fille, elle se doutait que Mélia ne répondrait pas facilement à l’appel du réveil. Elle rentra donc rapidement en prenant un pain au chocolat sur la route. Mélia avait oublié que le réveil s’adressait à elle seule mais, qu’importe, elles arrivèrent à l’heure pour l’école et Alice se repointa au bar. Le défi qu’elle s’était lancée — trente jours, trente textes — exigeait trente réveils matinaux pour coucher sur le papier ses fameuses pensées du matin. Alors, à 8 heures 30, elle n’était plus du tout dans le délire du saut du lit. Tant pis, ce n’était au final que partie remise au lendemain. Elle avait d’ailleurs embarqué ses cours et tomba sur une question intéressante : « Quel type de personnages aimez-vous trouver dans vos histoires préférées ? »

Quel type de personnages aimez-vous trouver dans vos romans préférés ? Ouh là là, cette question ! s’exclama Alice en aparté. Elle avait bien des images qui lui venaient directement en tête, mais comment répondre honnêtement à cette question sans divulguer ses fantasmes ? La suite, très vite…

Les habitudes alimentaires qui nous définissent

« Pourquoi je mange comme ça et pas autrement ? » est une très bonne question à se poser. C’est, au final, notre façon de vivre que nous interrogeons, notre vision même de la vie et notre système de pensée.

Bonjour à tous !

Je participe avec bonheur au carnaval d’articles de Gabriel Tricottet du blog « Mon super régime », sur le thème « Les habitudes qui ont changé ma vie ». Pour rester dans le ton, j’ai décidé de vous parler des habitudes alimentaires.

Qu’est-ce qu’un aliment pour nous ?

Les habitudes alimentaires participent de qui nous sommes. Elles nous définissent, en quelque sorte. Mon rapport aux aliments et ma façon de les cuisiner conditionnent ce que je mange.

« Pourquoi je mange comme ça et pas autrement ? » est une très bonne question à se poser. C’est, au final, notre façon de vivre que nous interrogeons, notre vision même de la vie et notre système de pensée. Pour moi, le véritable aliment est celui qui sort de la terre, celui qui n’est ni trafiqué, ni irradié (si si, le commerce agro-industriel asperge nos fruits et légumes de pesticides et les irradie aux rayons gamma quelque chose). Leur conservation longue durée est aussi assurée pour les transporter par tonnes pendant des semaines (l’ananas, par exemple, a une odeur de carton et non d’ananas, vous avez remarqué ?).

légumes vivants sortis de terre
Des légumes vivants, tous juste sortis de terre !

Devrions-nous chasser pour manger ?

Et c’est pareil pour la viande. Je ne chasse pas mais, je rêve d’apprendre le tir à l’arc et d’habiter près d’une forêt sauvage (avec la mer pas loin, s’entend !) pour que ma viande soit éviscérée fumante et encore palpitante de vie. Tout ceci pour dire que notre regard sur la vie, empli de convictions personnelles, conditionne nos habitudes alimentaires.  Elles se confrontent aux réalités de nos vies citadines et modernes où nos enfants préfèrent les cordons bleus aux légumes vapeur. J’en ai marre des cordons bleus, les gars ! Pour ma part, si les fabrications industrielles de type nuggets se frayent un passage jusqu’à ma table, c’est par manque de connaissances en matière de traditions culinaires.

Testons de nouvelles habitudes au contact des autres

Avec des poules bien traitées et bien nourries. Manger un œuf chaque jour est un bonheur pour notre santé

Je suis depuis peu en contact avec un groupe de blogueurs, un groupe d’amis, j’ose le dire, qui parle beaucoup de cuisine. Gabriel a un blog sur le régime et le jeûne qui, finalement, parle de cuisine ; Florence a un blog sur la cuisine végétale qui, finalement, parle de notre rapport à la terre, au végétal et de traditions culinaires ancestrales ; Jung, qui a un blog sur comment atteindre ses objectifs, est un passionné de cuisine. Nos échanges m’ont poussée à remettre mes habitudes alimentaires en question. J’ai donc, fort petitement, testé quelques recettes avec, il faut l’avouer, un taux d’échec qui remise ma volonté de changement au placard.

Finalement, j’ai opté pour remettre en branle les habitudes alimentaires que je me suis forgées au cours de ma vie : je mange mes crudités et mes œufs de ferme bio, tandis que, pour les enfants, j’achète les aliments les plus simples et passe dédaigneusement devant le rayon des nuggets, et tant pis pour les magnets des départements français. On aura qu’à finir la carte en les confectionnant nous-mêmes.

les magnets-nuggets
J'arrête les nuggets !

Interrogeons nos habitudes pour mieux nous connaître

maraîchage bio
Partez à la découverte de vos terres !

J’ai donc bien essayé de faire une cuisine plus fantaisiste mais, je n’ai pas bénéficié d’une transmission culturelle très élaborée en matière culinaire. Je me souviens que ma grand-mère cultivait ses roses et tuait l’étourneau au petit matin. On cultivait des fraises et on allait à la ferme chercher le beurre et la crème. Notre repas traditionnel était le poulet cuit dans la cheminée, avec des patates enrobées de papier alu glissées dans les braises. Au final, j’ai une pratique culinaire très épurée où l’aliment prime sur la cuisine. J’achète mes légumes chez le maraîcher bio du coin, je les cuis à la vapeur pour qu’ils m’apportent les vitamines et minéraux qu’ils se sont fabriqués de leur vivant.

Ce sont pour moi des aliments nés dans une terre amoureusement traitée, et je les badigeonne d’huile d’olive directement dans mon assiette. Une pincée de sel et je suis heureuse ! Dès que mes enfants furent en âge de me traiter d’ascète insensible aux joies du productivisme moderne (traduisez : « beurk c’est dégueu ! »), j’ai cru devoir me plier à leurs exigences contre-nature (voir, à ce sujet, mon article sur le chocolat).

Au fait, c’est quoi une habitude ?

Toutes ces habitudes, qu’elles soient occasionnées par la force des choses ou instaurées volontairement, ont des conséquences sur notre vision même de la vie. Alors, devons-nous parler de « mode de vie » ou d’« habitudes » ? C’est une excellente question, qui permet de nous interroger sur ce qu’est une habitude. Cette action répétée se met en place dans notre quotidien. Certes, elle dérange peut-être parfois au début du processus. Malgré tout, elle s’implante dans nos vies car elle a un sens. Elle donne du sens. On lui a fait une place. Pas seulement pour atteindre un objectif mais aussi pour répondre à une façon de penser, à une éthique. Il y a une forme d’adhésion et de synchronicité entre notre vision de la vie et l’habitude que nous souhaitons adopter. Je n’oublie pas que l’homme est plein de paradoxes et contredit allègrement cette définition, qui n’en est pas moins vraie, à mon sens.

Notre rapport à l'alimentation est-il une question d'habitude ou de mode de vie ?

Comment s’installent-elles dans nos vies ?

Reprenons l’exemple des habitudes alimentaires. Comment ai-je transformé mes bons repas normands à base de cuisson au beurre et de crème fraîche servie à la louche par la fermière de mon hameau de campagne ? Il y a longtemps, mon médecin m’a prescrit cinq cuillères à soupe d’huile d’olive bio pour faire cesser une infection à répétition qui me pourrissait la vie. Et, ô miracle, mon petit problème disparut comme par enchantement. C’est à partir de là que j’ai chéri la cuisine à l’huile d’olive. J’ai acheté le livre de Sophie Lacoste « Les aliments qui soignent ». Depuis, je n’ai cessé de m’intéresser à l’alimentation par cette petite lorgnette. Dès que je le pouvais, j’allais aider une amie à cultiver son jardin. Sortir les légumes de la terre, les semer, les arroser, fait partie de mon attachement à la nourriture, à la vie, à la nature. Cela revient à dire qu’une simple habitude devient vite un élément de notre histoire. De là à ce qu’elle puisse nous définir, il n’y a qu’un pas.

Nos habitudes mèneraient-elles à la Révolution ?

L’habitude est un acte qui définit, jour après jour, ce que nous pensons de la vie et de nous-mêmes. Irais-je encore plus loin dans la logique ? L’habitude porterait-elle en elle nos convictions les plus profondes ? Après tout, elles se défendent parfois jusqu’à devenir le fer de lance d’un militantisme révolutionnaire. On pense toujours qu’une révolution naît d’une opposition. Certes, mais pour faire naître l’insurrection, les insurgés ont dû préalablement adopter de nouvelles habitudes œuvrant au changement d’état d’esprit. Les militants du « lobby vegan » sont un exemple parmi bien d’autres. Tout commence par une idée, une conscience des risques/bénéfices et un espoir de changement. Et dans tout ça, la mise en place de nouvelles habitudes s’impose. Conclusion les amis ? Toute habitude porte en elle les germes de la révolution !

Tout changement d’habitude semble à-priori absurde

Les enfants ont aujourd’hui des droits, les animaux ont aujourd’hui des droits. On s’indigne de voir les poulets en batterie et les poussins entassés dans des cagettes. Nous nous indignerons bientôt des mauvais traitements infligés à nos fruits et légumes ! Ça vous fait rire ? Mais, bientôt nous exigerons des droits pour nos plantes ! Sachez que la recherche scientifique a prouvé qu’elles étaient bel et bien vivantes, capables de communiquer entre elles et capables de réagir à nos actes. Alors, oui, les amis, la révolte gronde et vos habitudes la préparent !

Sous votre terre, il y a de l’or !

Pour résumer, j’aime la viande mais elle est bourrée de pesticides et d’antibiotiques ; j’aime le poisson mais il est bourré de métaux lourds (j’ai d’ailleurs perdu l’habitude d’en manger et quand je passe au marché aux poissons je ne peux me résoudre à en acheter) ; j’aime le chou-fleur mais ce n’est pas la saison ; il y en a quand même dans les supermarchés mais il ne sent rien et je me demande s’il est vraiment vrai… Franchement, j’appelle au boycott des légumes de supermarché ! Prenez l’habitude de soutenir vos petits maraîchers bio du coin ! Partez à leur recherche, emmenez vos enfants dans cette chasse au trésor. Demandez à bêcher ! Ma fille déterre les pommes de terre comme si c’était de l’or ! Changez votre regard sur le vivant et sur la vie, et vos habitudes alimentaires changeront !

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Les habitudes qui ont changé votre vie », organisé par Gabriel Tricottet, l’animateur du blog “Mon super régime”

Les vraies habitudes sont des rituels

Alice sentait qu’elle ne s’en sortirait jamais. Un jour, elle était pleine d’enthousiasme, tandis que le suivant, le sentiment de la défaite emplissait son âme. Elle ne pouvait pas compter sur elle-même

Questions d’habitudes et de paradoxes

Les montagnes russes des sentiments 

Alice sentait qu’elle ne s’en sortirait jamais. Un jour, elle était pleine d’enthousiasme, tandis que le suivant, le sentiment de la défaite emplissait son âme. Elle ne pouvait pas compter sur elle-même, c’était une évidence. Alice devait s’en accommoder. Oh, elle reprenait toujours espoir ! Mais, si sa vie devait continuer ainsi, elle ne verrait jamais le bout du chemin. Elle n’était pas loyale. D’ailleurs, qui pouvait vraiment compter sur elle ? Oh ! Elle avait bien ces périodes pleines d’exaltation, où ce qu’elle pensait être prenait forme. Mais, l’abandon n’était pas loin, ce matin-là.

“Pour changer, il ne faut rien changer”

Assise au même bar… Une parole de son dentiste lui revint en mémoire : « Pour changer, il ne faut rien changer. » Ça donnait ça, en substance, se souvint-elle.

« Gardez le même bar pour écrire. ».

C’était une question d’habitudes et de paradoxes : faire toujours la même chose pour avancer. Il avait parlé des anges et des chérubins. Alice n’y connaissait rien, mais elle savait de quoi il parlait.

Les chérubins de Raphaël
Peinture de Raphaël "Les chérubins"

Pendant des années, rien qu’avec son habitude, « son rituel du matin » comme elle l’appelait, Alice était parvenue, jour après jour, à écrire un roman, puis deux, puis un tas de petites nouvelles bien tournées. Ce qu’elle avait fait récemment, c’était de s’inscrire à une autre formation. 

Se former en écriture

En plus de sa grosse formation  pour “gagner de l’argent avec son blog”, qui prendrait encore un certain temps si elle ne lâchait pas le morceau, Alice s’était payé une formation en écriture.

Ce matin-là, justement, elle avait entre les mains le premier module : « Les éléments clés de l’histoire – Chapitre 1 : les idées de départ ». Bon, ce n’était pas nouveau. C’était histoire de se raccrocher à la réalité de quelqu’un d’autre, immanquablement plus structurée que la sienne.

L’idée est une connexion

Partant du constat que le point de départ d’un roman est une idée, Marie-Adrienne rappelle que : « une idée est une connexion », avec la masse de toutes celles qui nous sont déjà passées par la tête. Elle parle aussi des connexions spontanées et des connexions inconscientes entre des idées parfois contraires ; elle évoque ainsi « un processus aléatoire, voire mystique ». Madrienne assure donc que des méthodes existent « pour augmenter [ses] chances de trouver de grandes idées d’écriture ». C’est vrai que les idées attirent les idées.

Sur son blog aproposdecriture, Marie Adrienne Carrara propose une formation pour écrire un roman

Comment peut-on perdre une idée ?

Madrienne explique que toutes les idées doivent être notées par tous les moyens qui semblent possibles. L’enregistrement, le rêve, sont un plus pour attraper les idées. Et elle dit un truc important, aussi. Faire un truc dont on n’a pas l’habitude, comme aller voir des personnes inconnues et participer à des événements inhabituels, ou lire des trucs qu’on n’aurait même pas pensé à feuilleter, nous sort de notre zone de confort et génère de nouvelles idées.

Ça paraissait contradictoire avec le rituel d’écriture… en fait, non, se dit Alice. 

Alice pensa tout à coup au festival littéraire. Il avait débuté la veille. Alice aurait dû y faire un tour mais, elle s’enfermait dans sa déprime du moment et cherchait désespérément à s’y complaire. Tout le monde sait que l’inconscient se raccroche à ses misères. Ça le conforte dans une sécurisation en circuit fermé. Alice le savait parfaitement et n’allait pas lutter contre lui. Elle préférait attendre que l’hiver passe, et préparer le printemps. Alice avait même, d’ici là, le fol espoir de parvenir aux trois/quarts de sa formation de blogueuse pro. C’était une façon de justifier son apathie du moment. Elle drainait de la merde, mais s’en délectait sans modération.

Publier ses pensées du matin est-il dangereux ?

Alice faisait exprès d’arriver très tôt au bar pour éviter l’agitation ambiante, et d’y aller dès son réveil pour y noter ses pensées du matin, ses pensées les plus noires. C’était une sorte de thérapie, une thérapie dangereuse, peut-être ? Les pensées du matin n’étaient pas faites pour être relues, et encore moins publiées. C’était une façon pour Alice de sortir de sa zone de confort, finalement. Une façon de se sortir les doigts du cul. Elle aimait bien cette expression vulgaire qui ne voulait rien dire mais que tout le monde comprenait.

Alice en était à son troisième café crème.

À ce rythme-là, elle n’aurait plus un rond pour bouffer à la fin du mois. Elle s’aperçut qu’elle se répétait bien trop souvent qu’elle n’avait pas un rond. Ça l’inquiéta. Non pas d’être toujours fauchée, mais de garder cette idée en tête. Elle se dit que ça pouvait générer un frein puissant à sa façon de préparer le changement. Ce qui la maintiendrait alors dans l’impasse jusqu’à la nuit des temps.

Alice se dit qu’elle devrait faire gaffe à ce qu’elle pensait…

Mais, si elle ne se le disait pas, comment allait-elle se nourrir la dernière semaine du mois ?

la hantise de la prise de notes
la hantise de la prise de notes

Michael Brown prônait un lâcher-prise : faire confiance et recevoir ce dont on avait besoin, ni plus ni moins. Mouais… d’accord, d’accord, dans l’absolu, elle comprenait mais, en pratique, elle était bien incapable de refréner ses rêves de grandeur.

Les idées génèrent des freins

Alice reprit la lecture de son cours d’écriture. Pour commencer l’écriture d’un roman, Madrienne préconise l’écoute de soi. Mais Alice ne faisait que ça ! C’était peut-être pour ça qu’elle était écrivaine ! Tout le monde ne se fait pas des films dans sa tête ? Bien sûr que si, se dit Alice, sauf qu’ils ne les notent pas dans un cahier. Et qu’ils n’ont pas le temps de s’en apercevoir.

Le cercle infernal de l’action à tout prix

Être dans l’action, penser à ce qui était et à ce qui doit être, au rendez-vous d’hier et à celui de demain, aux engagements à honorer ; être en perpétuel mouvement, refuser l’inaction, l’ennui, la détente… Oui, peut-être que beaucoup de ses contemporains s’accrochaient à ce mode de vie… C’est pas comme ça qu’on avance, d’ailleurs ?

Pas pour Michael Brown (encore lui), qui enjoint ses lecteurs à sortir de cette tourmente, ce cercle infernal de l’action à tout prix. Cette attitude les empêcherait d’être sensibles à la poésie de la vie (à « la présence », comme dirait Brown). Alice restait dubitative. Elle connaissait des hommes et des femmes qui, même dans le feu de l’action, restaient ouverts aux beautés de la vie.

Raccrocher ses ressentis aux images qui s’écrivent

Pourtant, Madrienne semblait conseiller ses élèves avec pertinence. Elle parlait de coucher sur le papier ses idées de roman. Alice avait beaucoup à apprendre d’elle. En effet, comment expliquer à ceux qui débutent la manière dont on écrit un roman ?

Par le commencement, en étant à l’écoute de ses idées. Par des exercices, en observant le monde qui nous entoure tout en raccrochant ses sentiments et ses ressentis à des images qui s’écrivent. Alors, oui, se dit Alice, ça valait le coup d’apprendre comment être à l’écoute de ses « idées », qui sont bien plus que cela, au final.

La peur du changement

Car, Alice ne pouvait s’empêcher de ressasser les paroles de son dentiste sur la peur du changement. Oui, c’était une peur qu’elle n’avait pu transformer. Sublimer la peur, l’intégrer pour en faire une alliée, voilà ce qu’elle n’était pas encore parvenue à faire.

Premières ruminations

L’ombre de la page précédente, un peu recourbée, traçait une bande foncée sur le côté droit de la feuille de son cahier — une feuille bien lisse de couleur crème, encore vierge. Alice restait là, à contempler le gris bien net de cette marge surnaturelle, attendant d’apposer sur le crémeux parfait de sa page, les premières ruminations du matin.

“J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais”

Car, Alice ne pouvait s’empêcher de ressasser les paroles de son dentiste sur la peur du changement. Oui, c’était une peur qu’elle n’avait pu transformer. Sublimer la peur, l’intégrer pour en faire une alliée, voilà ce qu’elle n’était pas encore parvenue à faire. Alice était toujours là, dans ce même quartier qu’elle eut un temps appris à aimer. Mais s’en était fini de cet état de grâce. Désormais, une phrase lancinante ne la quittait plus : « j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais… »

On ne change jamais vraiment

Alice redoutait de ne jamais parvenir à changer. Son mentor lui avait affirmé qu’on ne changeait pas, qu’on était qui on était. Depuis, elle avait souvent médité ses paroles et relativisé, au final, comme la plupart de ses aphorismes déroutants. Elle en avait conclu que s’il avait raison, c’est parce qu’on ne se connaissait jamais vraiment, et que le changement déterminait plutôt une révélation de soi. Ainsi avait-elle encore une fois évité de se dire qu’il divaguait.

Les illusions du développement personnel

Pour ce qui était de changer… Oh, bien sûr, elle avait avancé, mais ce n’était qu’une façon de se leurrer, une façon de répondre aux illusions véhiculées par la nouvelle littérature du développement personnel, et qu’elle avait apprises : faire preuve d’empathie envers soi-même ; éprouver de la reconnaissance envers la vie, envers les autres et soi-même. Des conneries, de pures conneries ! Alice gardait cette peur inconsciente du changement et, quoi qu’elle fît, elle en était prisonnière.

La belle hypnotiseuse

L’image des cartes de visite de l’hypnotiseuse refaisait surface. Elles trônaient chez le dentiste dont le cabinet jouxtait le sien. Il y avait une affiche, aussi, plus grande, où la photo de la praticienne était agrandie. Sa beauté, ses yeux verts d’eau, ses cheveux roux bien peignés et savamment coiffés autour de son visage ovale, l’obsédaient. Alice ne savait toujours pas quoi faire. Cette année, les choses avaient bougé. Elle s’était engagée dans une formation prometteuse qui devait l’assurer de se sortir de l’impasse économique dans laquelle elle s’enlisait. Mais elle sentait que rien ne pouvait réellement changer sans débusquer cette peur au fond d’elle-même, et plus elle tentait de sortir du trou, plus sa noirceur s’intensifiait pour que la peur envahisse le chemin. Alice savait pertinemment qu’une aide extérieure, aussi belle soit-elle, ne la sauverait pas d’elle-même.

hypnose
Emmanuelle Chouin, hypnothérapeute Le Havre

Les dindons libérés

Elle avait cherché, ces dernières années, à déverrouiller les portes par un travail de respiration quotidien, chargé de la connecter au Grand Tout, au présent, avec le livre de Michael Brown. Mais, elle avait abandonné le processus. Comme l’auteur l’avait promis, le processus de la présence avait perduré un temps. Puis, Alice était retournée à ses anciennes habitudes. Fumer, errer dans les vapeurs toxiques du haschich. Même si elle savait désormais s’en extirper facilement, elle consommait régulièrement cette drogue frelatée par le commerce illégal. La France et le reste du monde étaient une vaste farce où l’individu lambda en était le dindon. Restait à découvrir s’il existait un autre monde en parallèle, le monde des dindons libérés.

Le glossaire de l’écrivain incollable

Tout ce que vous avez toujours rêveé de savoir sur l’écrivain incollable est référencé dans le glossaire d’Alice Grownup. C’est par ici que ça se passe. En un clic

PRÉLUDE

« Ensemble des gammes, accords, etc., qu’un virtuose improvise parfois avant d’attaquer le morceau » (entre autre)

Finalement, mon prélude peut s’apparenter à ça… je le garde ! 

PHRASE

Comment qualifier une phrase négative qu’on se répète sans cesse, venant d’un inconscient traumatisé ? Je voudrais parler d’une phrase lancinante, comme un leitmotiv ou un anti-mantra. Je tombe sur « aphorisme » : phrase d’allure sentencieuse qui résume en quelques mots ce qu’il y a de plus essentiel à connaître sur une chose. Ou, se dit souvent de l’énoncé succinct d’une vérité banale ou qu’on croit telle. Ce dernier point (« qu’on croit telle », fait pencher le terme en faveur de ce que je voulais dire, mais ça reste bancal). Je voulais parler d’une phrase qui revient dans mes pensées : « J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais », ce n’est pas juste une phrase, mais « une pensée limitante », comme dirait Flo. 

Finalement, j’ai opté pour : pensée lancinante

L’aphorisme vient du grec aphorismos (définition). Ce qui indique qu’il n’est pas personnel… Et puis, je ne peux écrire « un aphorisme lancinant », mais « phrase lancinante » me dérange… pensée lancinante ? Qu’est-ce qu’un leitmotiv ? Inventé par Wagner, il vient de l’allemand et signifie « motif conducteur », thème ou accord musical revenant fréquemment pour l’associer à un personnage ou un sentiment qui se rappelle au bon souvenir de l’auditeur. Ouais… ça peut passer… leitmotiv lancinant ? Non… Merde. Qu’est-ce que je vais écrire à la place de « phrase », alors ? Injonction ? Non. Hyperbole… c’est quoi, ça ? Non, sérieusement, je veux parler d’une sentence, d’une limitation inconsciente, d’un blocage, d’une peur. Bon, finalement, je garde « phrase », tout ça pour rien. Certains parleraient de procrastination intelligente.

La Main Invisible Prélude

Lorsque la puissance du coup lui déchira les entrailles, l’entraînant face contre terre sur le bitume réchauffé de la rue Tsiaoji, son corps se dévida comme un mollusque.

Pour les curieux aux yeux fermés qui se délectent dans l’écoute…

À toutes fins inutiles

(D’ailleurs, cette scène n’existe pas dans mon histoire. Je vois donc une première erreur. Excellent mais un peu gros. Jamais remarqué avant. Non ? Étonnant. Voire comique. Mais, c’est plutôt positif. J’avance dès le préambule. Ça promet !)

Lorsque la puissance du coup lui déchira les entrailles,

l’entraînant face contre terre sur le bitume réchauffé de la rue Tsiaoji, son corps se dévida comme un mollusque. À ses pieds : Kaoudi Takoma. Le regard rougeoyant, un rictus écœuré sur ses lèvres pincées, le bras droit le plus enragé de Tomotaka Ishida, chef du clan des Ichis, savourait son instant de victoire après des semaines de traque. Il restait planté, enraciné, à reluquer son butin, jambes écartées et bras ballants, incapable de se détourner du spectacle.

Mia avait-elle connu position plus désespérée ?

Comment avait-elle pu en arriver là ? Qu’avait-elle cherché au fond ? Un suicide ? Une vulgaire et basse tentative d’arrêter le flux pathétique de son exaltation bafouée par un amour déchu ? Ridicule. Il y avait longtemps qu’elle s’était forgé une personnalité hors du commun en ne laissant rien ni personne entacher son flegme légendaire. À vrai dire, il serait plus juste de parler d’un véritable mythe dans l’esprit de ceux qui avaient le douloureux privilège de faire partie de son milieu. Après tout, ce qu’elle avait déjà accompli du haut de ses vingt-sept ans, et en dépit des récits exagérés de ses exploits, n’était que le résultat de son tempérament intrépide.

Autant se l’avouer in-extremis, décidément, non, elle n’était pas une super-héroïne.

Sauf pour les agents de l’OMERA qui aimaient à se nourrir de ces fantasmes. Pour appartenir à l’engeance des super-héros, l’aisance affective est une condition préalable aussi déterminante qu’une entente optimale entre le corps et l’esprit. Elle était loin du compte. Pour se fondre dans le lignage, il faut, indubitablement, savoir maintenir en toute circonstance un niveau élevé de conscience. Etait-ce son cas ? Le candidat à l’adoption s’expose à une palanquée de passages obligatoires, au nombre desquels la libération des toxines affectives, basique des basiques exigeant de clouer au pilori le souvenir de la souffrance vécue et l’animosité qui s’épuise à l’escorter.

Le super-héros se doit de happer la peur

du tourment mais il doit surtout éviter que la douleur ne se retourne contre lui dans un misérable sentiment de culpabilité. Pourrait-il en être autrement ? Le super-héros authentique témoigne d’une telle clarté cognitive qu’il assume la responsabilité de toutes ses souffrances sans jamais, au grand jamais, jouer le rôle de victime. Alors que faisait-t-elle là, flanquée par terre comme un ramassis de crevettes raides que tout glaneur sensé aurait délaissé ?

Hé bien, elle devait admettre avoir flanché.

Avec un espoir tout de même : au point où elle avait rétrogradé, elle ne pouvait que vouloir s’accrocher. Elle était comme ça, Mia. Elle avait une telle foi en sa nature humaine. Après tout, le sens du mythe se conforme à la noble quête de l’équilibre après chaque chute.

Jusqu’à maintenant, elle était toujours parvenue à rester libre de toute entrave, à la fois du passé et de l’avenir. Mais n’avait-elle pas dérogé à toutes les règles en décidant d’accomplir une mission qui ne lui était pas dévolue ? Ah ça oui ! Elle s’était lamentablement agrippée à un esprit de revanche qu’elle ne se connaissait pas.

Elle avait laissé le vieux alors à son jardin d’Eden, qui n’avait jamais été aussi menacé.

D’ailleurs, c’est bien pour ça qu’elle était partie, tête baissée. Elle avait menti à son père, ou plutôt omis de dire qu’elle allait disparaître sans autre forme de procès. Elle mettait surtout en danger toute la lignée des combattants chevronnés qui se battaient à leurs cotés depuis plus d’une décennie, juste pour se prouver qu’elle était, elle aussi, une de ces super-héroïnes solitaires qui n’avait de compte à rendre à personne. Enfin là, tout de suite, elle n’était nullement flapie sur une flâneuse à remuer des considérations introspectives aux relents macabres. Alors, bon sang !

Si elle en était là, c’est qu’il y avait péril en la demeure.

Quand même, elle ne pouvait pas renoncer maintenant ! Cette désopilante bouffée d’égocentrisme qui l’entraînait à croire que le monde ne pouvait se passer d’elle lui devenait insupportable. Elle parvenait – pensait-elle – à vouloir se venger d’elle-même, pour finir écrasée sous les sabots redoutables d’un yakusa de la pire espèce. Vaine tentative. L’instinct de survie était bien trop bestial chez elle, impossible à débouter.

Ouah ! Ça fait drôle de se revoir dans un style engoncé !

C’est à la fois effrayant et enrichissant.

Et si j’intègre  le sentiment désagréable éprouvé à la lecture de ce préambule ?

Ce “prélude” va débuter notre super cas d’étude ! Et si mon vieux bébé livre du tiroir ne fait pas l’affaire, on s’en apercevra très vite, vous ne pensez pas ?

Au fait, c’est quoi un prélude exactement ?

Passez par chez le glossaire. Venez, c’est par là…

PRÉLUDE (entre autre) :

« Ensemble des gammes, accords, etc., qu’un virtuose improvise parfois avant d’attaquer le morceau » Finalement, mon prélude peut s’apparenter à ça… je le garde !