Le Rencard de la bête

Haria s’enfonçait plus profondément dans les ruelles sombres du quartier de Mélopol. Espace labyrinthique du vieux centre, il formait une poche bien délimitée. Au sud par ses passages malfamés et à l’est par les quais ensemencés de caisses, où il s’y jetait littéralement comme pour échapper au reste de la cité.

Pause lecture

Bonjour tout le monde ! J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cette petite nouvelle que j’ai eu à l’écrire. Vous y trouverez du suspense, de l’amour et un soupçon de violence. À déguster sur le pouce en moins de 20 minutes chrono !

INSTINCT

Vers qui se dirigeait-elle ainsi ?
"J'ai voulu représenter l'oppression de la ville et du quartier de Mélopol, pour qu'Haria y soit comme engloutie." Julien Leroux

Haria s’enfonçait plus profondément dans les ruelles sombres du quartier de Mélopol. Espace labyrinthique du vieux centre, il formait une poche bien délimitée. Au sud par ses passages malfamés et à l’est par les quais ensemencés de caisses, où il s’y jetait littéralement comme pour échapper au reste de la cité.

Mélopol était l’âme fiévreuse de la ville de Léopoldo. Haria savait qu’il n’était pas sage d’y pénétrer. Depuis son plus jeune âge, Mélopol était l’objet de sombres mises en garde et d’oracles sibyllins.

Elle s’était pourtant promis de ne pas aller jusque-là, de ne pas même aller où que ce soit avec lui. Au mieux, s’amuser, au pire, s’en laver les mains ! Ça lui aurait fait du bien de suivre cet adage.Mais son côté fouineuse de cervelle avait encore eu le dessus. Il lui semblait qu’elle réglait ici un problème à elle. Un de ceux qui mijotent au fond du cerveau, et dont on voudrait terminer la cuisson. Pour le manger et grandir.

Haria atteignait la rue des Dames lorsqu’elle cessa d’y réfléchir. Les sens en éveil, elle misait sur son instinct pour déceler les prédateurs ‒ un intrus, lointain ou proche, susceptible de la détecter. Cette aptitude naturelle et sûre s’était développée à la campagne, lors des promenades qu’elle s’obligeait, enfant, à accomplir au crépuscule. Elle apprenait de l’invisible à se détourner des dangers.

Alors pourquoi éprouvait-elle le besoin de batifoler avec cet homme dont la situation délicate l’écœurait ? Mais qu’avait-il besoin, aussi, d’insister ? Ne retournait-il pas la situation en sous-entendus trompeurs sur ses envies inassouvies ‒ de prétendus appétits qu’elle ne s’avouerait pas ? L’indélicatesse du personnage ! Haria était justement très à cheval sur ses positions et n’éprouvait nul besoin de répondre aux tentations sournoises orchestrées par une société consumériste ! Quelle société faisait croire à un troupeau de bêtes qu’il avait besoin d’assouvir ses appétences sexuelles ? Le caractère inévitable de l’envie inassouvie, bien-sûr !

Malgré tous ses efforts, Haria se retrouvait encore une fois confrontée à ce discours sournois, anachronique mais permanent, comme forgé dans le roc. Et ceux qui rampent en font leur bave. Ah ! De besoins, on en avale à tous les repas ! Du simple tas de coupons publicitaires aux plus complexes évidences amoureuses ! L’embrouillamini le plus complet invite les sociétés de marketing à exploiter toute la gamme du désir. Soif d’amour, de reconnaissance, l’essentiel qui rend fou ! Elle en était là de son agitation fiévreuse, lorsqu’elle sentit une présence sur sa gauche ; elle abordait le tournant de la ruelle.

Le piège sans surprise d’une tragédie romantique

Ralentissant, Haria adopta une attitude détendue et concentrée, le temps d’anticiper de possibles points d’impact. Vers qui se dirigeait-elle ainsi ? Elle distingua quelques voix étouffées, plutôt guillerettes, un rire fluet. Rien de menaçant, en somme. Elle assura son pas et osa un regard détaché à hauteur du croisement mal éclairé. De jeunes garçons se donnaient l’accolade en échangeant quelque substance illicite. Mais des silhouettes imposantes s’approchaient du groupe. Elles forçaient l’allure et les jeunes détalèrent aussi sec dans sa direction. Haria eut juste le temps de bifurquer sur sa droite.

Cachée dans un renfoncement de porte, elle se fondait, discrète, dans la pénombre de l’impasse. La voilà la bête coincée dans un cul de sac. Mais son cœur n’était pas affolé. Tandis que le bruit des galops s’échappait de leur course feutrée, Haria se demandait plus que jamais, pourquoi ce rencard dans un bar animé du vieux quartier ? Pour se fourrer dans les problèmes ? En réalité, Haria savait très bien pourquoi. Ici, personne ne pouvait le reconnaître et le trahir. Elle avait donc accepté. Pour éprouver le frisson du rendez-vous romantique.

Haria n’avait pas refusé toutes ses avances et il avait trouvé son point faible. Elle se sentait si faible ! En fait, comme la plupart des humains qui l’entouraient, Haria manquait d’assurance et se bourrait d’incertitudes. Elle faisait partie de la minorité d’inadaptés qui trouve dans l’art un exutoire à la folie. Certes, elle n’associait plus la drogue à sa tactique de survie, ayant suffisamment pâti de tout cela pour s’en vouloir sortir. Oh, elle avait très peu goûté aux substances dangereuses ! Un tronçon de sa vie avait traversé le shit et exploré les univers déformés du champignon ; elle avait même circulé dans l’invraisemblable monde noir de la consommation de synthèse ! Il est vrai qu’elle avait eut la curiosité d’expérimenter les pilules du bonheur ‒ une autre façon d’avilir la nature de ses gènes.

Rahan avait vite compris qu’au-delà de ses anciennes dépendances, en deçà de sa vie de femme affranchie de toute âpreté, lui restait, de temps en temps, l’envie furieuse de se laisser glisser hors de sa nouvelle liberté qui, au fond,  bafouait son amour fou, sa passion insolente, sa fureur d’être. Rahan l’avait appâtée par un petit matin d’été avec son bout de suc marron. Surprise, ravie, minaudant, elle avait cédé gentiment. Aujourd’hui, elle appréciait ces moments d’intimité que seuls fumées et contes savent combler d’une amitié simple.

Puis, la complexité des sentiments s’insinua et ils consentirent à ce qu’elle convenait parfois avec des garçons. Comme toujours, dans ces cas-là, Haria n’en tira aucun plaisir. Un arrière-goût de regret même, se mêlait au dédain que lui inspirait une parade sexuelle déliée d’amour fou, passionnel, éternel ! C’est qu’elle n’y pouvait pas grand-chose, elle manquait de légèreté. Accrochée au voile déchiré de l’enfance, Haria s’efforçait de le recoudre.

Maintenant, à chacune de leur rencontre, elle partait dans des tirades interminables sur l’inutilité de leurs tête-à-tête. Dans ce jeu d’égos, Haria et Rahan trouvaient tout de même leur équilibre. L’amitié leur faisait du bien. Un bonheur court se forme, une bulle sécurisante au cœur du tumulte quotidien. Alors, pourquoi bousculer ces habitudes tranquilles, ces parenthèses secrètes de modestie et prendre soudain rendez-vous dans un monde chargé de drames ?

COLÈRE

Les prédateurs noctunes frappent les âmes blessées

Haria reconnut la bande des poursuivants, par leur façon de se déplacer et les intonations lourdes qui sortaient de leur gouaille. Elle retenait son souffle, la mâchoire crispée et les muscles tendus. À l’affût de la plus petite proie ‒ et elle était bien placée pour en être ‒ Haria les sentait capables de la détecter. Sa détermination évinça toute tergiversation pour concentrer son esprit sur sa position. Le piège était grossier. Elle rentra son bras gauche en arrière, tâtant du bout des doigts le bouton de porte sur laquelle elle s’adossait. Elle l’enclencha doucement sans parvenir à entrer.

Elle entendit toutefois un bruit, quelqu’un à l’intérieur peut-être. Attentive, elle réitéra son mouvement de clenche avec plus de douceur encore, comme si elle envoyait un message en morse pour qui l’écouterait derrière. « Ouvrez-moi », souffla-t-elle, insistant à mesure que quatre hommes s’infiltraient dans le noir qui la couvrait.

‒ Mais oui ! lança l’un d’eux en tendant le cou. C’est une poule égarée qu’on a dégauchée !

‒ On la sent à des kilomètres !

‒ On s’refait, au final ! On gagne à s’la mettre au bout, celle-là.

‒ Salut ma jolie, tu t’es cassée ?

‒ Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

Leurs aboiements hilares l’enrageaient. Mais son attention restait fixée sur la clenche. Elle la tournait sans s’exciter sur le mécanisme, persuadée qu’il y avait quelqu’un derrière. Ne pas se retourner vers cette satanée porte était le seul moyen de s’en sortir. Ne pas succomber à l’envie frénétique de la défoncer à coup de pieds. Si elle leur tournait le dos, elle était foutue.

‒ Allez, viens ma cocotte ! On va t’ reconduire.

‒ T’as d’la choune qu’on t’dégotte là !

Ils s’étaient rapprochés. Si prêts qu’Haria se retrouvait asphyxiée par leur haleine chargée. L’un d’eux finit par lui accrocher le bras et l’attira violemment dans le cercle étroit qu’ils formaient à eux quatre.

Haria se débrouillait toujours pour ne pas attirer les charognards autour d’elle, d’une chaloupée ou d’un regard en biais, elle les défiait de loin, même de très loin parfois, pour qu’ils se désintéressent et dévient. Préoccupée par ses incertitudes, assurée qu’elle était de se faire mener en belle, cette fois-ci, elle s’était fait piéger. Bousculée, pressée, tentant de ne pas trop mouliner des bras et exciter les ravageurs, Haria avait deux choix : la porte ou la rue. Ils étaient serrés en bloc, à se bousculer torse contre torse autour d’elle, lui écrasant jusqu’à la plus petite partie de son corps pour en tirer le plus gros morceau.

Haria s’aidait de toutes ses forces pour ne pas tomber, s’aveuglant dans la nuit afin de percer la brèche par où détaler. Elle perdait du terrain sous les coups. Les intrusions de la meute se faisaient plus blessantes ; leur acharnement finirait par payer. Elle sentait qu’ils allaient gagner quand une lueur infime la fit se tordre les cervicales. C’était une fente colorée, un bâton de braise, la porte entrebâillée ! De ce côté-ci du piège la pierre était fendue. Elle se contorsionna pour l’ouvrir un peu plus, jouant des épaules tout en attirant ses bras plus au-devant d’elle.

Quand Haria sentit le mouvement de leur masse se recaler sur l’arrière, elle sut que c’était maintenant ou jamais. Elle baissa férocement la tête vers les genoux, dégagea son bassin pour pivoter et fuir à reculons comme un boulet en direction de la porte, qu’elle défonça de son dos courbé. À peine atterrissait-elle lourdement sur les fesses, qu’elle vit s’engouffrer les visages hideux de ces sales bêtes. Un corps noir et puissant lui barra cette vision d’horreur ; des cris, des râles, des bruits de lutte emplirent l’espace confiné d’un corridor, juste au dessus de sa tête la guerre faisait rage.

Derrière le trou de la souris l’obscurité persiste

Immédiatement, Haria glissa vers le fond en s’aidant de ses pieds, de ses mains, en s’esquintant le dos, telle une limace blessée propulsée dans une course éperdue. La porte claqua. Les assaillants en tapaient rageusement le battant, vociférant leurs menaces immondes. Les verrous se déplièrent d’un coup sec, et la clameur mourut. Mais le sauveur, dans l’ombre, attendait que le tonnerre cesse. Immobile, l’oreille collée au bois, son crâne, garni d’une chevelure hirsute restait caché derrière de larges épaules rondes. La bande d’aliénés finit par se perdre en invectives gazeuses. Il lui semblait qu’elle bavait sur la perte lamentable de leur prise.

Haria se recroquevilla contre le mur du fond, scrutant l’obscurité saturée de la respiration rauque de l’homme.

‒ J’les connais ces salauds, y reviendront me faire chier. Mais c’est des lâches. Reviendront pas ce soir.

Il grommelait en pénétrant dans la seule pièce éclairée d’une télévision. Une lumière clignotante s’en échappait jusqu’au couloir où Haria se terrait. Elle n’avait pas bougé. Groggy, déracinée, elle n’osait penser à ce qui venait d’arriver, et encore moins à ce qui pouvait advenir désormais.

Il revint tout aussitôt, un verre à la main, grommelant toujours. Haria perçut une masse informe et ténébreuse qu’un éclat dansant s’amusait à parcourir sans en révéler les contours. Changeante et chaotique, elle semblait s’être échappée d’un centre qui absorbait toute l’énergie des lieux. Le liquide que contenait le verre scintillait comme un point de mire qui se reflétait sur l’ombre charbonneuse de cet homme, comme s’il était la cible d’un tireur embusqué. Cette hypotypose lui arracha un sourire cynique et lui permit de respirer plus facilement.

‒ Tiens, bois ça, j’l’ai tirée du robinet. Et attend un peu avant de te défiler, y guettent peut-être.

Haria prit machinalement le verre d’eau, sans rien voir, sans penser à se lever, à rentrer. Sa main trembla. Ses doigts glissaient sur le verre qu’elle refusait de porter à ses lèvres, elle n’en avait pas envie. Elle était secouée. En fait, elle tremblait de l’intérieur. Surprise, elle se focalisa sur son état.

‒ Rien de cassé, au moins ?

Pas de réponse. Il lui reprit le verre et proposa de l’aider à bouger. Haria secoua nerveusement la tête.

‒ Bon, fit-il simplement, la plantant là pour retourner à sa télé qui retrouva la parole. Au bout d’un long moment, Haria capta que c’était un western. Le bruit des galops et des coups de feu ne l’avaient pas frappée jusqu’à ce qu’elle s’en rende compte. 

Un cowboy égaré clapit au fond du corridor

Elle sentit son petit sac toujours accroché sur le dos. Alors, avec une lenteur infinie, elle en dégagea les bretelles et sortit son portable. Rahan répondit à la première sonnerie.

‒ Bah t’es où ? Tu te dégonfles ?

‒ Écoute, je suis piégée dans ton foutu quartier. Viens me chercher. Monsieur ! Donnez-moi l’adresse d’ici s’il vous plaît !

Haria l’entendit se soulever du sofa, comme pris dans un duel, à grand renfort de grincements. Il s’encastra finalement dans la lumière et projeta son ombre sur elle. L’homme mâchouillait quelque chose de craquant. Il émit un bruit sourd qui semblait dire « qu’est-ce t’as ? ».

‒ L’adresse d’ici, répéta-t-elle prosaïquement.

‒ Mu hum…

Déglutissant, il semblait hésiter, intrigué peut-être. Il l’observait, livré à la question. Haria, coupée de toute réalité dans l’obscurité, l’imaginait seulement. Elle attendit sa réponse, comme absente, son portable plaqué sur l’oreille.

‒ Deux, impasse Licorne, près de la rue aux oubliettes. Il y eut un blanc au bout du fil, Rahan retenait certainement les mots qui lui mouillaient le palais.

Haria attendit dans l’ombre. Retourné à son film, l’homme ne l’avait pressée d’aucune question. Elle supposa qu’il attendait aussi la suite. Mais il lançait des soupirs excédés sans qu’elle pu deviner pourquoi.

Rahan arriva dare-dare. Il n’avait pas encore cogné à la porte que le sauveur bondît de son canapé comme s’il était simplement posé sur le rebord d’un des bras. Il se posta avec une rapidité de militaire contre le judas de l’entrée. Lorsque Rahan frappa, l’homme dit à voix basse : « Blond, les cheveux en bataille, blouson en cuir clair. » Haria était une grande fille noire au crâne rasé. Elle répondit « oui ». Alors, d’un geste mécanique et rapide, il actionna les verrous en faisant le plus de bruit possible.

Mais son élan s’arrêta là. Il dit simplement « elle est au fond du couloir », et s’en revint au salon, laissant la porte ouverte et Rahan sur le seuil. La télévision se tut et une lumière jaune barra le couloir. Rahan pu découvrir Haria qui faisait un effort pour se lever. Sonné, il hésitait sur la marche à suivre.

‒ Ça va ? murmura-t-il à l’adresse d’Haria. Elle, se levant avec difficulté, s’accrochait aux murs. Lui, n’osant la rejoindre avant qu’elle ne lui parle, s’approchait tout de même, circonspect, quand un cliquetis sonore retentit. Ils se figèrent tous deux, agrippés l’un à l’autre au blanc de leurs yeux. Caché dans la pièce éclairée, l’homme exprima d’une voix haute et puissante cette singulière pensée : « Ces branleurs ! Savent pas qu’ça résonne à en crever l’tympan, hein ? Cette pétarade c’est du pipo ! Quand on tire ça explose ! Ça bruite comme la mort, mes couillons ! »

PURGE

L’amour naît aux abords du précipice

Son ombre revint à contre-jour avaler Haria et Rahan. Ils s’étaient rapprochés l’un de l’autre et pensaient partir à l’instant par l’ouverture béante de ce corridor. C’était sans compter sur notre locataire, dont la silhouette se découpait sur les lueurs dansantes : il brandissait une arme en une posture triomphante.

‒ S’ils reviennent, ils comprendront ce que c’est qu’un coup de revolver. C’est pas dans les westerns ! Pas vrai ma fille ? Et toi, le blondinet, t’as déjà goûté aux délices d’une bonne détonation ? Haria s’était ressaisie. Se redressant sur son séant, elle était bien décidée à moucher son farouche défenseur.

‒ C’est heureux que vous n’ayez pas sorti votre pétoire ! Les voisins n’auraient pas bougé le petit doigt, même si j’avais grouiné comme une truie qu’on égorge. Alors que vous, sans un bruit, vous avez fait preuve d’une efficacité redoutable, digne d’un escadron. Je dois vous remercier pour ça.

Gonflée d’orgueil, la silhouette imposante s’avança encore d’un pas. Rabaissant son bras vengeur, il paraissait plus menaçant encore.

‒ C’est bon fillette, casse-toi d’ici et revient plus traîner dans l’coin, t’en perdrais les oreilles ! T’es pas d’Mélopol ! T’as rien à foutre aux oubliettes !

Un silence de mort suivit sa tirade, dégommée avec une telle rage qu’elle s’acheva par des intonations nasillardes et tremblotantes. Tout son corps palpitait de fureur. Un mutisme angoissé s’empara d’Haria. Au bord de l’hystérie, elle se cramponna aux doigts de Rahan. Jamais, depuis leur rencontre, ils n’avaient eu l’envie de se tenir la main. Elle s’étonna presque que cette pensée l’effleure alors que la colère et la peur lui paralysaient le cerveau. Mais rien n’existait plus que ce lien distant ‒ contrenature ‒ qui se tissait entre eux et se synchronisait, coordonnait une action sans concertation : échapper au pire, dévier le danger qui les empêchait de fuir, ne pas mourir. Cette nécessité les obligeait à ne faire qu’un.

Rahan sentait la main crispée d’Haria trembler. Du bout de ses doigts engourdis, il répondit à ses muettes imprécations, lui certifiant de réagir en conséquence. Il avait déjà son idée quand l’homme, figé jusque-là, dévisageant Haria de ses yeux fous, radoucit sa face par un rictus complaisant, une sorte de sourire linéaire, une grimace édifiante de bonhomie en croisant le regard de Rahan.

‒ T’es pas du quartier, toi non plus, pas vrai !? J’te vois pas crécher dans l’coin, ajouta-t-il mielleux.

Il était nonchalamment accoudé contre le chambranle de la porte, dans la posture du voisin amical qui s’appuie sur sa bêche au coin de son portail. Faire un brin de causette. Mais l’air incisif de ses pupilles assurait du contraire.

L’homme appuyait un poing sur sa cuisse, et marquait de l’autre sa plus belle possession. Le canon abdiquant provisoirement vers le sol.

‒ J’ai idée qu’t’es là pour éviter d’cloquer des connaissances, articula-t-il sournoisement, délayant le filet de sa bouche en une courbe lunaire.

L’homme bougeait les extrémités de ses lèvres en attendant la riposte. Une réplique en guise de prolongation. Rahan se devait de retourner le jeu en sa faveur. La partie était entamée, entre Haria et son mastodonte hideux, dégoulinant de satisfaction, prêt à mordre sous ses airs de repos.

‒ Je suis en territoire vierge, balança-t-il avant de s’en mordre la langue. Je m’appelle Rahan, reprit-il en guise de rattrapage, j’ai mes raisons, c’est vrai.

‒ Et j’la connais, j’la renifle ton histoire. Y a pas mieux qu’ici pour élaguer la concurrence. C’est la purge ! Et toi tu viens là en t’disant : « ici y a personne à dégager, pas de parasites en vue ! » C’est sûr. Chez nous on coupe, on taille en pièces.

Et voilà qu’il repartait à se marrer grassement.

 ‒ Vous êtes élagueur ?

‒ Qu’est-ce ça te fait de savoir ?

‒ Vous savez pourquoi on élague les arbres ?

‒ Chuis du métier depuis mes 14 ans, mon couillon. Y a un temps que c’était pas aussi brutal. Y a bien une époque on soignait. Maintenant, on charcute, on fait des ablations. Aujourd’hui, si tu veux savoir, on veut pas les voir grandir les vieux arbres, on les abat comme des chiens ou on leur coupe les couilles ! répondit-il d’une traite, se redressant d’une légère secousse d’enthousiasme.

‒ Exact ! l’engagea Rahan en imitant son subtil mouvement d’épaule qui lui conférait un air dégagé. Imaginez des arbres gigantesques, dont la majesté écraserait notre orgueil. C’est de la rage. On a toujours peur qu’ils nous dépassent !

‒ C’est bien possible. Y a pas un seul arbre à Mélopol qu’a pas une tronche de champignon.

L’homme médita un instant. Puis, sans un mot de trop, il s’effilocha. D’abord, ses clavicules s’affaissèrent obstinément. Ensuite, ses yeux dilatés plongèrent dans le vide comme des ballons crevés, et de microscopiques bulles salivaires perlèrent sur ses lèvres.

Rahan serrait toujours la main d’Haria lorsqu’ils quittèrent l’endroit. Le moment était venu de prendre congé.

Ils louvoyaient dans les rues malfamées de Mélopol, jusqu’aux quais où s’enfonçaient des couloirs de conteneurs. Haria s’adossa à l’un d’eux et demanda pourquoi il lui avait donné rendez-vous là. Rahan la souleva à quelques pas du sol et ne songea pas à répondre. Elle s’accrocha aux poignées de la boîte. Il lui offrait ce qu’elle avait dénigré jusqu’alors, s’insinuant avec une certaine douceur au plus profond de ses doutes. Mais le besoin de savoir ne se contenta pas du plaisir reçu. S’étant acquittée du plaisir partagé, Haria s’échappa de l’étreinte et reprit la question.

‒ Tu peux bien me l’avouer, tu avais quelqu’un à y voir, en passant ?

Rahan finit par réagir en articulant nettement. « C’est justement le contraire ! Pour se voir quelque part, je ne pouvais pas prendre le risque nous faire repérer. » Par qui ? Par une personne qui me reconnaîtrait. C’est le lot d’un homme marié, quand même ! Haria sourit. Quelle ironie ! Quelle leçon ! Haria devait bien goûter aux conséquences de ses choix. En prendrait-elle la mesure ?

Parfois, elle revit Rahan. Ils discutaient quelques minutes de ce qu’ils faisaient de leur vie. Mais, nul besoin de parler de cette liberté gagnée, par une nuit volée dans les affres de la réalité suspendue.

Comment créer des personnages vivants

Dans ce podcast je vous délivre les pistes essentielles pour créer des personnages vivants et pour vous sentir qualifié pour traiter votre sujet. Car il vous tient au-delà, bien souvent, de ce que vous n’auriez jamais imaginé.

Donnez vie à vos personnages ! 

Le regard des autres…

Créer un personnage n’est pas un casse-tête. Entre la caricature apparente (lui attribuer un, voire deux traits dominants) et la complexité réelle d’un être humain, le personnage que vous créez se définit lui-même, avant toute chose, par ses actions et surtout par le regard que les autres lui portent.

L’incarnation de votre protagoniste tient en réalité à peu de choses : s’il est vivant aux yeux des personnages qui l’entourent, il le sera inévitablement à vos yeux et à ceux des lecteurs.

fait de votre héros un être humain

Voilà le grand secret de la vie d’un être social. Le regard de l’autre est une fenêtre ouverte sur la cour intérieure de votre héros. Si vous comprenez que le regard de l’autre fait de votre héros un être humain, vous avez tout compris !

Bien-sûr, il vous faudra dessiner le portrait, un portrait dont les yeux dévoileront ce qu’il y a de plus caché.

Inventez-lui ses attaches profondes (ses blessures, ses relations voilées, ses désirs inassouvis, etc.). Puis, donnez-lui une enveloppe sociale à travers ce que les autres lui renvoient (pensées et jugements sur ses actions, réactions sur ses paroles, dialogues sur les événements auxquels il prend part…).

Il est chargé de VOUS sauver !

Ensuite, sachez que le héros incarne en réalité l’idée de départ, cette idée qui vous pousse à écrire votre histoire. C’est un message dont votre protagoniste est le porteur privilégié. De ce fait, l’idée de départ devient un problème qui trouve sa solution. Elle mène donc quelque part, elle ouvre le chemin vers une résolution que le héros est chargé de trouver. C’est le parcours du héros.

En clair, la fonction première du héros est de résoudre NOTRE problème à nous, auteur.

Écrivez au-delà de l’imaginable

Dans ce podcast, je vous délivre les pistes essentielles pour créer des personnages vivants, et pour vous sentir qualifié pour traiter votre sujet. Car il vous tient, bien souvent, au-delà de ce que vous n’auriez jamais imaginé.

Écoutez ce podcast avec attention et vous comprendrez comme vous êtes qualifié pour créer le héros dont vous rêvez.

Envoyez vos commentaires ! Lancez vos questions, que je vous apporte tout ce qui vous manque dans l’écriture avide de votre roman, de votre nouvelle ou de votre histoire.

À très vite, Alice

Nous sommes tous les artistes

Notre capacité à apprendre n’a pas de limites. A mes élèves, qui suivent mes cours de peinture, je conseille toujours de pratiquer le dessin ou la peinture au moins 15 minutes par jour. Un article invité d’Elena Kuznetsova

Elena Kuznetsova vit en France, a fait les Beaux-Arts de Moscou et sait peindre comme on s’imagine les artistes d’une époque que je pensais révolue. Moi et Elena avons fait un échange d’article invité sur la question « Sommes-nous tous des artistes ? ». J’ai donc le grand plaisir de vous partager son article, tandis qu’elle fait de même pour le mien sur son blog Apprendre la peinture avec Elena. Elena Kuznetsova vous propose ici un point de vue généreux et documenté, et des pistes intéressantes pour développer vos dons de créateur selon la méthode de Léonard de Vinci.

Bonne lecture à tous !

« Il n’y a pas de malheur égal à la perte du temps »

Michelangelo Buonarroti, Madrigal LVIII, Le temps (1540)

La vie c’est la toile, et c’est nous qui décidons avec quelles couleurs nous allons peindre sur cette toile. Pour une personne la vie c’est la peinture des impressionnistes, éclatante de toutes ses couleurs vives et brillantes, pour une autre personne la vie c’est le cadre noir de Malevitch.

Copie du tableau de Vincent Van Gogh faite par une élève d'Helena

Nous sommes tous les artistes

Depuis notre naissance, nous avons un don fabuleux, c’est le don de la création. Nous sommes tous des artistes, des créateurs…. Un mathématicien, qui admire la beauté de sa formule… Un mécanicien qui a inventé un nouveau mécanisme.

Un peintre qui raconte une histoire dans son tableau. Son tableau est le monde plein de sentiments, de lumière, de force, de magie. Dans un tableau on suit le sujet comme dans le roman. Il y a les personnages principaux et secondaires, l’intrigue. C’est le peintre qui décide comment nous lirons son sujet, quels personnages nous découvrirons les premiers, quelle gamme de sentiments nous éprouverons. C’est en quoi consiste la composition dans la peinture.

Un musicien, qui avec sa musique enlève en nous un tourbillon de sentiment.

Un écrivain, qui écrit son roman. Son sujet se découvre devant nos yeux image par image. Il crée pour nous un monde, son monde, qui devient le nôtre. On suit les personnages, on sent l’odeur, on entend le bruit du vent, on voit les paysages, les scènes, les gens, les animaux,… l’époque. Tout ce monde se déroule devant nos yeux. Tout cela c’est de la magie et la force de création.

L’homme est puissant comme Dieu

Depuis des siècles, l’homme était considéré comme créateur, artiste. Ce n’est pas par hasard que le formidable Albrecht Dürer a dit : « L’artiste va juste après le Dieu. » Cette maxime illustre parfaitement toute l’époque de la Renaissance. À l’époque de la Renaissance, la personnalité humaine est la personnalité créatrice, elle reprend en quelque sorte la fonction de Dieu sur elle-même. C’est pourquoi elle est capable de maîtriser soi-même et la nature.

L’humain incarne lui-même la source de la créativité. Que ce soit la politique, l’économie, l’art, la religion, l’invention technique, la littérature. « L’homme est puissant comme Dieu », dit Marsile Ficin. Si c’est vrai, il est capable de réaliser la limite de la sagesse et de la beauté. Tous les humains sont les créateurs, les artistes.

Souvent une personne réunie en elle plusieurs talents. Comme on dit, une personne talentueuse est talentueuse pour tout ! Leonardo da Vinci fut peintre, sculpteur et ingénieur, Michelangelo Buonarroti – peintre, sculpteur et poète.

Souvent,  on n’ose pas de se dire qu’on est les créateurs, les artistes. On est tous talentueux ! A Delphes, l’inscription sur le temple d’Apollon, dieu des arts, de la beauté et de la créativité, dit : « Gnothi seauton ».- Apprenez à vous connaitre vous-même ! C’était aussi l’idée principale de la philosophie de Socrate.

Notre cerveau n’a pas de frontières

Tout le monde peut apprendre à peindre ou à écrire à n’importe quel âge. Il faut  juste avoir assez de motivation pour commencer à apprendre. Les connaissances viennent pas toutes seules, il faut toujours du temps et des efforts. Mais au final, vous serez récompensés ! Quel plaisir de comprendre d’un coup, que ce qui était impossible et presque un miracle hier, vous le faites aujourd’hui  facilement !

Notre capacité à apprendre n’a pas de limites. A mes élèves, qui suivent mes cours de peinture, je conseille toujours, en marge de mes cours de pratiquer le dessin ou la peinture au moins 15 minutes par jour. Comme cela le cerveau commence à considérer la peinture comme une tâche quotidienne. En plus vous n’oublierez pas les compétences acquises durant les derniers cours.

Il existe une théorie qui dit que pour devenir professionnel dans tel ou tel métier il nous faut 10 000 heures. Pour moi, comme pour beaucoup de professeurs, elle est assez polémique et litigieuse.

Il existe une autre théorie, selon laquelle chaque personne a besoin de sa propre tranche de temps de pratique pour apprendre quelque chose. Pour une personne, c’est  20 minutes par jour, pour une autre, c’est  4 heurs par jour.

D’après mon expérience, il vaut  mieux de s’exercer 15 – 20 minutes par jour, mais rester pendant ce temps-là très concentré, que de répéter pendant  4 heures le même exercice. Le fait est que notre cerveau n’est capable tenir une concentration extrême que 15-20 minutes. Après, bien sûr, on peut continuer à travailler, mais pas si intensément. Comme cela tout d’abord vous prenez l’habitude de vous exercer tous les jours et il vous reste du temps pour faire une autre occupation.

Suivez la méthode de Léonard de Vinci

Il existe une méthode de concentration, inventée par Léonard de Vinci. Ce qui est intéressant, c’est que cette méthode s’utilise largement  aujourd’hui dans l’art thérapie et par des psychologues.

Dans son ouvrage, Léonard de Vinci a décri un mécanisme simple, comment « soigner l’esprit et l’âme » à l’aide des pinceaux et des couleurs. Sa méthode se décompose en  23 points. Les psychologues modernes constatent que Léonard de Vinci avait tout à fait raison, sa méthode marche pratiquement pour tout les cas.

Voici les 23 propositions de Léonard

1- Si vous êtes fatigués, dessinez des fleurs

Dessin fait par mon élève Hélène Whitman

2 – Vous êtes en colère, dessinez des lignes.

3 – Vous avez mal quelque part, faites une sculpture.

4 – Quand vous vous ennuyez, faites une mosaïque.

Les papillons. Peinture de mon élève Irina Vorobieva

5 – Vous êtes triste, dessinez une arc-en-ciel.

6 – Quand vous avez peur de quelque chose, faites des collages ou tissez un macramé.

7 – Si vous êtes angoissés, faites une poupée de chiffon ou une poupée de fil.

8 – Vous est indignés, faites des puzzles ou déchirez une feuille de papier multicolore en petits morceaux et après faites en un collage.

9 – Si vous vous inquiétez, pliez un origami.

10 – Quand vous êtes tendus, dessinez des ornements et des arabesques.

Une table décorée par mes élèves

11 – Si vous essayez de vous rappeler quelque chose d’important que vous avez oublié, dessinez des labyrinthes

12 – Vous êtes déçus ? Copiez un tableau.

13 – Si vous êtes désespérés, dessinez la route. 

14 – Quand vous cherchez à comprendre vite quelque chose, dessinez des mandalas.

15 – Si vous avez besoin de vite vous rétablir et reprendre vos forces, dessinez un paysage.

16 – Si vous voulez comprendre vos sentiments ou vos sensations, dessinez votre autoportrait

17 – Vous voulez vous souvenir de vos sensations et votre état d’esprit actuel – dessinez des taches de couleurs abstraites

18 – Si vous avez besoin de systématiser vos pensés – dessinez des nids d’abeilles ou des carreaux

19 – Vous voulez comprendre vos désires – faites un collage.

20 – Vous essayez de vous concentrer sur vous pensés – dessinez avec les points (le pointillisme)

21 – Pour trouvez une issue d’une situation difficile – dessinez des ondulations et des cercles

22 – Si vous sentez que vous êtes dans une impasse, mais qu’il vous faut avancer à tout prix – dessinez des spirales

23 – Quand vous voulez vous concentrer sur un but – dessinez des grilles et des cibles.

Autoportrait peint par mon élève Tatiana

Une méthode employée en art-thérapie

Cette méthode se réfère plutôt à la Psychologie et s’utilise beaucoup dans l’art-thérapie. Mais quand vous apprenez la peinture vous pouvez facilement adapter cette méthode à votre état d’esprit et comme cela, la peinture et le dessin vous aideront à trouver les solutions et rendre votre vie quotidienne plus agréable.

Cette méthode, vous pouvez l’utiliser également pour développer n’importe quelle activité. Admettons que vous écriviez un récit et que vous n’arriviez pas à le finaliser, alors, regardons…  point  22 : si vous sentez que vous êtes dans une impasse, mais qu’il vous faut avancer à tout prix, dessinez les spirales…  Ou bien vous êtes très fatigués après une longue journée de travail…. Point 15 – Dessinez un petit paysage.

Faites ce que vous désirez faire !

Et n’oubliez pas, la plus grande loi de tous les génies : Faites ce que vous désirez faire ! Faites ce dont vous avez toujours rêvé, que ce soit la musique, la littérature, la peinture…. Il n’y a pas d’âge pour commencer, il y a juste votre envie d’apprendre ! Soyez un peu comme les enfants : Je veux le faire et je le fais ! Tous les enfants sont un peu des génies et tous les génies sont un peu des enfants.  Faites ce que vous avez toujours voulu à faire !  Et vous n’aurez pas de limites !

«Tout obstacle renforce la détermination. Celui qui s’est fixé un but n’en change pas ! » Leonard de Vinci

Article proposé par Elena Kuznetsova du blog apprendrelapeintureavecelena

Produire plus : les leçons du Docteur Go

Ce matin-là, Alice n’avait pas pu faire ses pensées du matin. Elle avait rendez-vous chez son dentiste. Fière comme un pan, elle lui annonça qu’elle passait au challenge dont il lui serinait les oreilles :

Produire plus pour se connaître soi-même

Ce matin-là, Alice n’avait pas pu faire ses pages du matin. Elle avait rendez-vous chez son dentiste. Fière comme un pan, elle lui annonça qu’elle passait au challenge dont il lui serinait les oreilles : produire plus ! Un article par jour ! Voilà l’objectif qu’elle devait atteindre. « Je tâtonne, mais ça me fait prendre conscience des freins qui m’empêchent d’y parvenir », tempère-t-elle.

Il lui raconta alors sa première vraie urgence : « Un père se présenta à mon cabinet avec son fils, un enfant en souffrance avec une dentition pleine de chicots. Ce père de famille avait été refusé par 16 dentistes avant moi. Pourtant, comme chaque jour, mon agenda était complet. »

« Entrez, je vais trouver une solution, s’entendit-il répondre à l’homme. Je ne serai  pas le dix-septième connard à refuser de soigner votre fils ! » Et le miracle opéra : un trou dans l’emploi du temps s’offrit à eux rapidement.

Se connecter au présent pour faire plier le temps

Le dentiste, appelons-le Docteur Go, tiens. Docteur Go soigna le garçon sans léser aucun de ses patients ! Le rythme de la journée se plia à la situation et tout le monde accompagna le mouvement. « C’est collectivement que les choses se sont arrangées pour faire passer l’urgence, raconta-t-il à Alice. C’est l’histoire de la conscience collective, qui se met en action si on le lui permet. »

Depuis, le Docteur Go prenait toutes les urgences qui frappaient à sa porte. L’idée, expliquait-il, n’est pas tant de s’imposer des objectifs (oui, produire plus) que de s’imposer des contraintes. Un peu dépitée, Alice s’aperçut qu’elle ne savait plus trop ce qu’il avait dit, tout se mélangeait dans sa tête. Elle se souvint qu’il avait évoqué sa journée aux dix-sept urgences, que les rendez-vous s’annulaient, que le temps se pliait aux circonstances…

La surproduction ne peut se passer d’éthique

Ce qu’elle devait retenir de cette histoire ?

Ce n’est pas en voulant gagner de l’argent qu’on parvenait à être bon dans son domaine, mais en adoptant un rythme de travail qui nous pousse au top de notre profession. Un rythme frénétique conviendra très bien, à l’entendre. S’éclater à produire plus, en s’imposant d’audacieuses contraintes, voilà ce que préconisait le Docteur Go.

« Les coups de sonnette retentissent et nous obligent à produire plus. » Ça avait l’air de fonctionner, se dit Alice en elle-même. Tant mieux pour elle. Il ne lui restait que deux leçons. Après, son tour de bouche serait terminé. Pour marcher, les contraintes doivent être sensées, constata Alice. C’est un gage de qualité. On s’adapte à ses propres contraintes en y apposant notre propre éthique. Docteur Go avait bien insisté sur l’importance de l’éthique. Il semblait dire que sans éthique sa méthode serait vouée à l’échec.

Docteur Go, dentiste de province
Chemises à fleurs, couleurs et sourires ! Chez Docteur Go l'éthique rime avec esthétique

« Les résultats ne tardent pas à apparaître, prétendait-t-il. Et l’argent suit forcément, puisqu’on produit plus ! » Reste donc à ne pas se tromper de cible, conclut Alice. Des contraintes dans une démarche éthique, sans tralala ni faux-semblant, était donc l’objectif à se fixer.

Et vous ? Que pensez-vous des conseils du Docteur Go ? Sont-ils judicieux pour Alice ?Parviendra-t-elle ainsi à réaliser ses rêves? Et vous ? Seriez-vous enclin à suivre la voie du “produire plus” en vous imposant les plus téméraires contraintes ?