Le retour en terrasse de nos identités meurtries

Je reviens pour la première fois depuis des mois, à la terrasse de mon bureau du matin, ce bar de quartier dont j’ai fait mon QG depuis tant d’années.

Je reviens pour la première fois depuis des mois, à la terrasse de mon bureau du matin, ce bar de quartier dont j’ai fait mon QG depuis tant d’années. J’y ressens l’incrédulité ambiante, l’identité meurtrie de ses habitués absents. J’y retournerai chaque jour pour vous écrire, jusqu’au prochain coup d’État.

Le retour incrédule en terrasse

Je suis assise à la terrasse de mon café. Le soleil brille et les oiseaux chantent, je les entends. J’entends le vent dans les arbres et, pourtant, le boucan des voitures le couvre sans relâche et sans honte, cette honte qui a percé dans l’esprit de nos contemporains lorsque tout s’est arrêté l’année dernière. Elle a fait un petit trou quelque part. La terrasse est déserte, mais la chaussée ne cesse d’être le théâtre de l’absurde ruissellement de notre douleur. Le grondement agressif des moteurs me crève le cerveau, et je ne pense même plus à ce que la vie urbaine peut être sans lui. Bref ! Que me réserve d’extraordinaire cette nouvelle journée ? Pour être heureux, dit Tara Swart dans « La Source », la nouveauté et les relations affectives doivent nourrir quotidiennement notre vie.

L’expression forcée du confinement

J’ai un travail en cours. En fait, ce travail est fait. Mais, je traîne des pieds pour le retranscrire. J’écris tout sur des cahiers. Rares sont les fois où j’écris directement sur l’ordinateur. Ce double travail est rarement fait avec plaisir, je dois l’avouer. Lâchant mon quotidien recadré par la dictature du confinement, j’ai eu soudain la furieuse envie de revenir écrire à mon bar du matin. C’était comme une démangeaison intellectuelle, une envie folle de vous écrire. Est-ce que je vais écrire chaque jour, comme sur un blog où l’auteur se raconte, sans chercher à se faire connaître ou à vendre sa soupe ? Je reprendrai l’écriture de mon roman une fois mon travail en cours entièrement retranscrit. C’est un travail important traitant de l’affaire Séralini. Je triture l’esprit des chimistes industriels, ces héritiers de notre perversion.

La violence larvée de la dictature en marche

Que vous est-il arrivé cette année où la dictature tente d’achever son instauration ? J’imagine que, comme moi, vous avez combattu la descente aux enfers. Je ne saurais vous dire à quel point je le sais, alors que des pédopsychiatres expliquent avec effarement se trouver face à des cas d’enfants qu’ils n’ont, jusqu’à présent, rencontré uniquement dans les livres. Cette littérature scientifique relatant les cas de traumatisés de guerre, sont aujourd’hui traités dans les cabinets médicaux français. Ce confinement justifié par la seule volonté politique a fait des dégâts insoupçonnés. C’est un crime d’État dont la plupart d’entre-nous perçoivent la réalité au tréfonds de leur âme. Notre colère est sourde, mais bien ancrée désormais, dans l’esprit de chaque français, qu’elle soit consciente ou refoulée. La violence qui finira par éclater sera lourde de conséquences pour l’Europe.

Comment sortir de la théorie de l’effondrement sans changer notre vision du temps ?

J’en veux à la science-fiction, largement diffusée, qui appuyait une vision de l’effondrement en nous plongeant dans un avenir inévitable, qu’on ne verrait pas venir, faute de solutions.

Notre vision erronée du temps a-t-elle fabriqué la théorie de l’effondrement ?

abeille bionique
Notre vision de l’effondrement a attribué au futur son caractère inévitable. Photo de Marian Anbu Juwan

« La France est en ruine », s’exclame Gilles Raveaud lorsqu’il dépeint la situation économique et politique de notre pays. « La croissance économique est létale », soutient Aurélien Barrau pour expliquer la cause de l’effondrement écologique. Quant à Juan Branco, il rapporte minutieusement que « la pratique de l’information s’est effondrée ». Voilà pourquoi j’en veux à la science-fiction ! Largement diffusée, elle appuyait une vision de l’effondrement en nous plongeant dans un avenir inévitable, qu’on ne verrait pas venir, faute de solutions. Où sont les solutions apportées par les auteurs de frissons high-tech ? Pourquoi nous abreuver d’histoires futuristes tirées trop logiquement du présent ? Pour enfermer notre vision du temps dans un présent logique et sublimé, fonctionnant simplement, selon les lois d’une causalité à sens unique. Dans cette orgie de prophéties, notre esprit a acquis la certitude qu’elles allaient se réaliser.

 Cette nouvelle conception du temps transformera-t-elle notre vision du monde ?

La vison collective
La fabrique de l'effondrement. Photo The Digital Artist

Nous pensons le monde avec une conception temporelle qui ne coïncide plus avec nos connaissances actuelles en physique. Notre niveau de compréhension du monde est dépassé par la Science. En conséquence, notre vision du temps est proprement obsolète. Mais nous gardons le voile, en maintenant nos habitudes de penser, d’enseigner et de prophétiser. Trajectoire figée. Nous avons tous en nous ces croyances profondes d’un avenir tout tracé, figeant tout espoir de transformer notre destinée. Dans une société qui clame sa rationalité, cette vision archaïque en fait sourire plus d’un, ne serait-ce que pour éviter de pleurer sur le gâchis planétaire auquel nous participons tous. Quelle est donc cette conception nouvelle qui ouvre une vision différente du temps et offre matière à solutions pour agir sur l’avenir ? Et, si le futur nous influence, même quand on ne s’en souvient pas, en quoi ça peut nous aider à le transformer ?

Notre perception de la réalité peut-elle dépasser les lois de la causalité ?

La physique quantique peut-elle nous sauver du temps ? Photo de John Hain

Les découvertes récentes de la physique quantique font échos à une vision du temps dont les lois de causalité semblent s’appliquer en sens inverse, du futur vers le présent. Parfois, cette vision nous apparaît, étrangement familière, ce qui généralement nous inquiète. Seuls les plus acharnés persistent à découvrir l’invérifiable. C’est là toute la beauté de la Science. Alors, à ses manifestations furtives, au détour d’une vision signifiante, certains chercheurs chassent sans relâche le filon de la réalité. C’est ainsi qu’une nouvelle « vision spatiale du temps », comme l’affirme Philippe Guillemant, se heurte à l’inertie de nos croyances, de notre foi en la loi de causalité du temps, ordonnée et linéaire, invoquant le présent comme le grand créateur du futur. Une nouvelle vision émerge, qui nous permet peut-être de sortir du scandale de l’effondrement immédiat qui, décennie après décennie, nous enlise toujours plus, sans la moindre perche à l’horizon.

Un changement de croyances nous permettra-t-il de changer l’avenir ?

évolue ou crève
peur, trahison, culpabilité, tout aide à croire que l'avenir est foutu. Photo de John Hain

Pour créer la perche, devons-nous apprendre le chant d’appel au futur ? Comme les oiseaux appellent le soleil aux premières heures de l’aube ? Et, cesser de rendre hommage au présent comme s’il était maître du temps ? Mais, pourquoi pas, les amis ! Est-ce qu’un changement de croyance détruirait le voile qui cache les barreaux de notre vision actuelle ? La vision d’une destruction des espèces nous est désormais familière. Si bien qu’un avenir différent n’est pas vraiment pensé, tout juste suggéré, discuté, tempêté, et finalement soumis au vote… Pourquoi s’est-elle imposée, cette vision d’effondrement ? Car, elle est vécue comme la conséquence d’un progrès dont nous nous sentons redevables. La culpabilité d’être en vie est un sentiment originel dont parlent les mythes. Manipulée par le pouvoir politique, cette culpabilité est dangereuse. La force d’inertie que nous vivons actuellement face aux ordres en est une incroyable illustration.

Soutenir la résistance scientifique pour sortir d’une conception dualiste

Le monde des possibles de la science moderne perce difficilement ce voile culturel et idéologique du progrès fantastique de l’intelligence artificielle, comme si notre avenir était déterminé par notre présent. Rien n’est plus faux d’un point de vue de la conscience, de la transpiration quantique qui explique aujourd’hui une toute autre lecture de l’évolution des espèces. Nulle école, aussi prestigieuse soit-elle, n’oserait remettre en cause ses manuels. Mais, avant même de regarder notre façon d’accueillir des découvertes scientifiques dérangeantes (à priori elles le sont toutes), pourquoi ne pas interroger d’abord notre vision binaire du changement ? Cette vision du changement de paradigme s’oppose à celle d’un renforcement des acquis. Préservation urgente des espèces naturelles contre adaptation urgente du vivant avant effondrement. Pour la première solution, il est trop tard. Pour la deuxième, « on est tous cobayes ». Pour la troisième, nous devons soutenir la résistance scientifique.

La différence entre chercheur et intellectuel a-t-elle une importance pour Emmanuel Macron ?

Quelle différence entre Michel Onfray et Emmanuel todd ? Aux yeux de Macron, aucune. Ces intellectuels gratuitement contestataires n’ont ni intérêt, ni légitimité politique.

Quelle différence y a-t-il entre un intellectuel et un chercheur ? Je reviens sur une question posée à Emmanuel Todd sur un tacle de Macron contre « les intellectuels comme Michel Onfray ou Emmanuel todd ». Aux yeux du président, ces intellectuels gratuitement contestataires n’ont ni intérêt, ni légitimité politique.

Quelle est la différence entre un chercheur et un intellectuel ?

Par médias interposés, Emmanuel Todd répond à Emanuel Macron qu’il n’est pas un intellectuel, mais un chercheur. Bon sujet de philo. Je pense voir la différence. Et, il est bienvenu d’en souligner l’importance. Le protocole de recherche est une arme tranchante, trop souvent bafouée, minimisée, manipulée aussi, pour faire passer des vessies pour des lanternes. L’expression est vieillotte mais cadre bien avec mon propos. Car, je pense au siècle dernier, où la « recherche et développement » a fait ses preuves. À tel point que le protocole devient garant de la vérité. En même temps, toute vérité n’est pas bonne à dire… Alors, petit à petit, le prestige du protocole s’est retourné contre nous. Une multitude de superstructures se sont mises en place afin d’être les garants du garant, les gardiens du sésame de la vérité. Logiquement, ce jeu ne devrait pas avoir de limites, les garants des garants, trouvant à leur tour des garants…

Les amis de Macron ne font plus de sentiments, ils ont leurs amis pour ça.

Que voulait dire Macron en affirmant à un journaliste qu’il n’avait pas d’estime pour les intellectuels comme Todd ? Que notre intelligence (ou du moins la sienne) dépasse de simples spéculations intellectuelles ? Qu’il prend en compte, lui, une réalité plus vaste ? Qu’une recherche présidentielle appliquée calcule, de facto, les conséquences de ses expérimentations ? Une telle expérience grandeur nature, dans les domaines croisés de l’économie, de la politique et des technologies, n’est pas du domaine des théoriciens. Cette intelligence particulière fait fi des préjugés et des sentiments. Cette intelligence-là sait accepter les conséquences néfastes du progrès. C’est une logique tenace qui pousse à maintenir le cap des amis de Macron. Le meilleur ami de Macron, c’est Xavier Niel. Le président aime quelques puissants amis. Tous les autres n’ont pas l’honneur d’en être. Macron et les siens s’accordent avec les conglomérats de la chimie, de l’énergie et de la technologie.

La recherche de la vérité est filtrée par nos superstructures institutionnelles

Au final, l’intellectuel et le chercheur ont un point commun : la quête de vérité. Tous deux éclairent notre compréhension. L’intello pousse à réfléchir, le chercheur donne matière à réfléchir. La différence est subtile. Par contre, du côté de Macron et ses amis, c’est leur haute conscience de la réalité qui les autorise à expérimenter sur le vivant, directement. Ce sont eux qui s’approprient la recherche appliquée avec la logique suivante : puisque la nature est déjà modifiée par la chimie, lutter contre l’inexorable progrès est une perte de temps. Dans cette logique, le temps nous est compté, effectivement. Modifié aujourd’hui par la génétique et les ondes électromagnétiques, notre avenir est tout tracé si l’on se contente de le calculer en fonction du présent, peu réjouissant, comptabilisant une pollution exponentielle en route pour notre extermination. Dans un tel schéma, je suis persuadée que Macron et ses amis ont une vision du sauvetage.

La vérité disparue du monde macroniste par manque de conscience politique

L’argent est le moyen, pas la fin. Et c’est là qu’on ne doit pas se tromper. L’argent garantit la valeur de leur mission. Sa perte est toujours synonyme de dépréciation (de soi) pour les tenants d’un capital (symbolique et matériel). Pas seulement une dépréciation de capital, mais aussi de leur intelligence, des solutions qu’ils imposent. Le gain assure la valeur de leurs fondements d’appartenance à une conscience supérieure. L’avenir qu’ils défendent ne peut être contesté. Quel est cet avenir ? Maîtriser la transformation accélérée du vivant pour s’y adapter. Pour cela, l’expérimentation est indispensable, tout autant que le pouvoir et l’argent nécessaires pour mener leurs expérimentations. Le chercheur ou l’intellectuel n’a pas plus de vertu. La différence est seulement individuelle, selon la conscience de sa responsabilité. Et aussi pratique, en fonction des moyens d’expérimenter sur le terrain macroéconomique. Là encore, on pourrait y opposer l’approche individuelle du sentiment de responsabilité.

La responsabilité dont je parle n’est pas un sentiment mais la véritable quête de l’homme. Un état d’être conscient à la vie. Un état inconnu dans le monde de Macron où la vérité ne compte pas.

L’écriture d’un roman est un merveilleux travail de compréhension du monde

J’ai une nouvelle publiée et assez de matériel de recherche pour vous offrir un compte-rendu d’écriture. En attendant, continuons l’exploration du monde des chimistes

Bonjour tout le monde. Le mois de mars a été dense : une nouvelle publiée et du matériel de recherche pour écrire un compte rendu d’écriture de « So French Resistance », en guise de témoignage d’écriture. Je veux juste offrir un témoignage sur ce travail d’écriture. Comme je continuerai à le faire pour « Le Projet Line ». Ce travail sur les chimistes répond à un vaste questionnement sur les personnages de mon roman en cours, sur leur état d’esprit et leur réalité.

L’écriture d’un roman sur notre monde de chimistes

Le père de Line d’Haranguier, mon héroïne, est un grand patron de la pétrochimie française. Line est issue de l’élite économique de notre pays. Antoine d’Haranguier, c’est son nom, est né sous ma plume avant la crise, en octobre 2019. Il n’était qu’un vague portrait de famille à restaurer. Les retouches ont dénaturé les traits d’origine, mais l’ensemble reste flou, insaisissable. Bref, j’ai une réalité à décortiquer pour créer leur monde, le monde des chimistes, des collectionneurs d’art, des trafiquants et des scientifiques. Ils ont tous des liens entre eux. D’ailleurs, si vous y pensez bien, nous sommes tous reliés les uns aux autres. Ça va de l’employé halluciné de devoir déverser des produits chimiques en pleine campagne, parce qu’on n’a aucun autre moyen de s’en débarrasser à moindre coût, au toxicologue de Monsanto (Parry) dont l’analyse toxique n’a pas plut à Monsanto.

L’analyse d’un contrat social autour du seuil de toxicité ou de « pollution » acceptable

Ça va donc d’un maillon à l’autre de la chaîne. Et, d’une chaîne à l’autre, ainsi disposées en toile d’araignée. J’ai aussi entendu un scientifique louer les « militants » pour leur rôle de contrepoids. Ils freinent l’inexorable transformation du vivant qui ne peut pas faire de feu sans fumée, sans pollution, sans souffre. Qui frotterait deux bouts de bois pour allumer une centrale à charbon ? Ces « militants », comme disent les chimistes pour désigner ceux qui discutent d’un seuil de toxicité acceptable, ces pauvres opprimés, donc, sont évidemment révoltés par leur sacrifice. Et, ça, les chimistes le comprennent, ce ne sont pas des bêtes. Quand même, pensent-ils, du temps des Mayas, les sacrifiés étaient éduqués pour accepter leur sort.

L’histoire qu’on se raconte permet de dissocier la raison du cœur

C’est marrant, quand on y pense, toutes ces réglementations pour équilibrer la balance entre chimistes et militants anti OGM, anti vaccins, anti nucléaire, etc. On marche sur deux camps, et on ne change rien. La marche vers l’absurde est notre statut quo, en somme. Si d’un côté il y a les adeptes du progrès, qui savent qu’on ne fait pas de fission sans casser d’atomes, et de l’autre côté, ceux qui qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, ça donne le compromis suivant : la réglementation en matière de dose acceptable prévaut. Notre survie a-t-elle toujours consisté à détruire pour s’imposer, pour coloniser avant d’être colonisé ? On peut toujours le croire. L’histoire qu’on se raconte l’affirme. La dose fait le poison, donc. C’est exact. Mais, les chimistes ont transformé cette vérité médicale à leur profit.

Les termes de « produits phytosanitaires » ou « phytopharmaceutiques » aiguillent sur ce point : on peut charger la dose en poison dès lors que l’éradication des nuisibles devient la protection de la santé des plantes. Voilà, en quelques mots, un aperçu des explorations en cours pour évoluer virtuellement dans la réalité économique, sociale, émotionnelle, psychologique et culturelle de mes personnages.

De la pollution chimique à la pollution génétique, où va notre responsabilité ?

Le mode d’emploi et le dosage ont longtemps fait office d’écran de fumée. Qu’est-ce qui se passe dans la tête des chimistes ? C’est une question insondable. Pourtant, je vais m’y coller jusqu’à comprendre leur logique, leur mode opératoire et leur vision de l’avenir.

Comprendre l’état d’esprit des génies scientifiques qui nous veulent du bien 

La science-fiction a sa part de responsabilité dans la vision anxiogène de notre avenir. Photo de S Greendragon

Qu’est-ce qui se passe dans la tête des chimistes ?

Le mode d’emploi et le dosage ont longtemps fait office d’écran de fumée. Qu’est-ce qui se passe dans la tête des chimistes ? C’est une question insondable. Pourtant, je vais m’y coller jusqu’à comprendre leur logique, leur mode opératoire et leur vision de l’avenir. Je vous vois venir. Vous objectez bien sûr que la caste des chimistes n’est pas un bloc unifié et homogène. Entre les chercheurs, les inventeurs, les ingénieurs, les biochimistes, les toxicologistes, les généticiens, et le reste de la tribu, ça fait un paquet de monde. Je sais. Je ferai de mon mieux pour en cerner quelques-uns et entrer dans le milieu scientifique à travers mon roman. Ma série d’articles « J’écris une nouvelle en 21 jours » a initié cette recherche. Je vais la continuer pour les besoins de mon roman en cours « Le Projet Line ».

Guider l’inexorable  processus de transformation de notre nature imparfaite

Quoi de mieux pour sortir d’un débat d’opinions stérile que la fiction ? Pourquoi cette question ? Parce que la science-fiction a sa part de responsabilité dans la vision anxiogène de notre avenir. Et, surtout, parce que je crois que le pouvoir de la fiction peut contribuer à changer cette vision. Comment ? En entrant dans la tête des chimistes. Hier, j’écoutais une conférence du généticien Philippe Marlière. Il démarre en rappelant que “les chimistes d’industrie (ils s’appellent donc comme ça entre eux) se préoccupent de la santé des hommes”. De même, sa vision de la nature « imparfaite » est sans détour. Il pense que nous avons le devoir d’en améliorer l’efficacité en matière de sélection naturelle. Je commence a entrer dans leur logique. Celle de l’inéluctable réparation des dommages de la chimie de synthèse (et non de la « science »).

Reculer les conséquences du progrès technique est une tentative absurde et condamnable 

Depuis la découverte des premières molécules de synthèse, il y a 150 ans, la toxicité de nos produits, des colorants aux pesticides en passant par nos désinfectants, est reconnue et réglementée, dans le but de satisfaire les travailleurs et « militants » pour baisser la factures en termes de dédommagement. Mais la logique reste : la Nature se transforme au contact de la pollution, tout le monde en profite, et personne ne peut arrêter le progrès. Vu comme ça, c’est clair, on ne change rien, parce qu’on ne peut rien y changer. Aujourd’hui, les choses ont encore évolué et les découvertes sont de plus en plus complexes. Après la pollution électromagnétique, on passe à la pollution génétique. C’est pour ça que le cas de Monsanto pourrait faire jurisprudence. Car, si personne n’avait rien fait, il n’y aurait plus rien à dire à l’heure qu’il est.

Comprendre les raisons de leur inexorable quête pour mesurer leur sentiment de responsabilité

La quête d'une science dépassée par la course inexorable à la réparation de ses actes. Photo de S Greendragon

Nous créons une nature plus adaptée à l’Homme

Certes, les perturbations des organismes vivants (nous y compris) sont devenues une réalité abjecte. Nos organismes sont endommagés au point de craindre une extinction. Mais les chimistes n’ont pas « peur ». Ils ont la capacité de répondre aux défis de demain ! Voilà, je pense l’une des clés de cette vision qui m’est encore étrangère : la pollution génétique due aux expérimentations actuelles est bien sûr prise en compte, nous trouverons une solution pour nous adapter. Oui, nous transformons la Nature… nous la tuons ? La Nature n’est pas une entité, nous ne sommes pas des animistes primaires comme les « militants » pleurant dans les chaumières que les abeilles disparaissent, que les oiseaux disparaissent… Oui, nous créons une nature différente, mais nous saurons en faire une plus robuste, plus efficiente, plus adaptée à l’Homme. Le sacrifice des espèces naturelles a sa raison d’être. Oui, la leur.

Nous adaptons l’Homme pour qu’il réponde aux exigences de la science

Ce qui rend ce discours crédible (à peine retouché pour les besoins de la littérature), c’est que des voix s’élèvent. Séralini, bien sûr. Et, bien d’autres que j’irai dénicher un par un. Aujourd’hui, les français se retrouvent confrontés aux « nouveaux OGM » (encore plus contestables que les premiers en matière de risques sanitaires). La fondation Bill et Melinda Gates finance leur entrée en Europe par le biais des lobbys. Ils veulent pousser la diffusion des nouvelles techniques d’édition du génome. Pour les chimistes, et les chercheurs en général, leur travail est essentiel. Plus ils font de découvertes, plus la science et la médecine pourra améliorer notre santé et notre environnement. Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie 2020, appelle à une revalorisation de leurs métiers. Mais, que pense-t-elle de sa responsabilité envers ses découvertes sur la manipulation du gène et de ses expressions ?

La responsabilité n’est pas toujours vécue par les expérimentateurs zélés

Je pense que nombre de chercheurs s’en inquiètent, en fait. Ce n’est peut-être pas le cas d’Emmanuelle Charpentier, qui aimerait  que « les systèmes de régulation puissent mettre plus rapidement sur le marché des traitements pour le cancer ». Mais, l’image salvatrice de la science laisse sceptique une partie de ses collègues. Séralini aussi était étouffé par la réglementation… pas pour les même raisons. La première veut mettre sur le marché le plus vite possible pour sauver des vies, alors que Séralini veut étudier les conséquences d’une mise sur le marché pas si réglementée que ça. Il y a Geert Vanden Bossche, le virologue, immédiatement discrédité à coups de bombes incendiaires, mais il y a aussi Michael Yeadon qui pointe du doigt son propre milieu professionnel : « les biologistes, ingénieurs et analystes sont aveuglés ». Par quoi ? Le sentiment que d’autres se chargent de gérer les conséquences ?

La vision d’un chimiste d’industrie sous l’œil de la fiction

Une plongée dans l’esprit des chimistes grâce à la fiction ? Ne pas juger ses personnages, éprouver de l’empathie pour eux, se mettre dans leur peau. Une façon de comprendre le monde.

L’Histoire de la chimie d’industrie rend compte de l’héritage d’une vision

D'intimes croyances parsèment les visions de notre avenir

Le progrès de la chimie est une expérience collective

La dose fait le poison. Voilà comment les chimistes de l’industrie justifient leur vision du commerce des produits de synthèse. Notre rapport aux poisons est vieux comme le monde, et touche notre rapport à la nature : le poison guérit… selon la dose prescrite. On peut remonter l’Histoire en 1856, avec la découverte du premier colorant de synthèse. Ce miracle de la science permit d’industrialiser un commerce auparavant tributaire de la nature pour ses matières premières telles que la cochenille. Depuis, la chimie de synthèse a continué ses découvertes révolutionnaires et brevetées pour le plus grand bonheur de tous. . Telle est la vision optimiste, tandis qu’on reconnait et réglemente les risques de cancers chez les travailleurs du textile. C’est un compromis adopté de longue date.  Qui ne porte pas de vêtements colorés avec ces produits aujourd’hui ?

La fiction y intègre une vision intime, personnelle et familiale

Je me souviens, enfant, que mon frère passait des heures à fabriquer sa planche à voile à base de truc blanc plastique et modelable à souhait. Je me souviens aussi des plaques d’isolant dont l’odeur pétrolifère me plaisait. Et, si je vous dis ça, c’est que je pense entrer dans la tête des chimistes pour écrire ma fiction. Pour ceux qui ont suivi mon défi du mois dernier « j’écris une nouvelle en 21 jours », vous savez que j’ai écrit une nouvelle noire sur le thème « Nature et environnement : nouveaux terrains de jeux du crime ? » Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que je suis aussi sur l’écriture d’un roman : Le Projet Line. Dans ce roman, le père de mon héroïne est un grand patron de l’industrie pétrochimique. La nouvelle tombait à pic, car je dois explorer le cerveau de ce personnage (mécanismes de pensée, vision, éducation, morale et croyances).

L’écriture d’une histoire peut nous permettre d’éprouver cette vision

Notre inconscient collectif porte le sceau du sacrifice - Photo de Ajay kumar Singh

La fiction, vecteur de compréhension d’une vision différente du monde

Ce mois-ci, le travail sur cette fiction, « So French Resistance », m’a permise de faire une première plongée dans l’esprit des chimistes. La fiction oblige à ne pas juger ses personnages, à éprouver de l’empathie pour eux, à se mettre dans leur peau. C’est une démarche avantageuse pour notre compréhension du monde. Ma compréhension est certes embryonnaire, car le travail ne fait que commencer. En un mois, j’ai tenté d’imaginer leur vision du monde, leurs pensées inconscientes, fruit de leur éducation, de leur apprentissage, de leur rapport à la nature. Qui sont les farouches défenseurs des produits toxiques, indiscutablement précieux pour notre survie ? Quels désirs profonds modèlent leur logique de pensée ? Le mois passé, je me suis attachée à imaginer les cadres de la firme Monsanto, puisque l’écriture de ma nouvelle s’inspirait du livre de Séralini. Au bout du compte, « So French Resistance », parle de génétique et de vaccins, marrant, non ?

L’imagination, outil d’analyse d’une logique de pensée

Je tentais d’imaginer la logique interne des chimistes et cadres de Monsanto, derrière la justification de leurs actes de manipulation, de fraude, de menace et de corruption. Quelle est donc leur vision ? Comme la plupart des défenseurs du Roundup, l’épandage des poisons cancérigènes n’est pas un problème dès lors que l’épandeur suit les précautions d’emploi. Il faut avoir conscience des risques réels set ne pas déroger aux règles d’emploi. Bref, c’est un poison, c’est marqué dessus. Point barre. Si tu ne fais pas gaffe, tant pis pour toi. C’est vrai, la responsabilité est partagée. Qu’on se batte pour avantager cette répartition, c’est de bonne guerre !  Que le poison s’infiltre dans la terre et s’écoule dans les ’eaux ? Même principe : responsabilité partagée… avec des avantages, comme la propriété intellectuelle, le secret de fabrication qui va avec, et le brevet qui boucle le débat.