réfléchir à son roman ou agir maintenant ?

La crise se durcit, elle est partie pour durer. Alors que le confinement se durcit, la question est : comment aider les autres en gardant son équilibre, préparer l’avenir et se réinventer ? Est-ce le moment de réfléchir à l’écriture de son roman ou celui de mettre à exécution son rêve ? L’isolement n’est-il pas, comme le rappelle Bernard Werber, la condition sine  qua non du travail de romancier ?

Mouliner dans le vide

réfléchir dans le vide

Comment s’y prendre au quotidien ? C’est une question qui tourne sans trouver de réponses, elle nous fait généralement perdre du temps et baisse notre productivité. Mais, quand on se lance, on est bien, l’histoire s’écrit coûte que coûte, on est bien. Jusqu’à ce qu’on recommence à penser au résultat. L’incertitude reprend ses droits et les questions reviennent. C’est plutôt positif, non ? Tout dépend de leur nature. Si elles tournent en boucle autour de ce que “ça vaut”, c’est mauvais signe. Le moulinage de neurones n’est qu’un  piètre assistant. Alors, comment s’en sortir ?

Foncer sans freiner

couper le circuit des questions

Les séances d’écritures quotidiennes est un bon moyen de foncer sans réfléchir. C’est même le seul, à mon sens, qui permet d’avancer à l’écriture du roman. Mais écriture et construction de récit n’est pas tout à fait pareil. Si j’avance qu’une séance sans pression finit par former un roman, ça peut durer longtemps avant d’obtenir une histoire avec le nombre adéquate de rebondissements et atteindre une fin digne de vos ambitions. S’il est clair que cette habitude d’écriture est le moyen le plus sûr d’y parvenir, elle peut devenir un piège. Je m’explique : le risque de refuser d’en sortir est réel. Se donner bonne conscience pour éviter de prendre du recul.

Penser en mode pro

penser en pro
s'ouvrir aux possibilités

Examiner avec intelligence le résultat de ses séances demande de la précision et une certaine dose de professionnalisme. Bref, accepter d’être honnête envers soi-même et cesser de jouer les amateurs s’avère indispensable. Super partant mais, comment on s’y prend ? L’état d’esprit pro est une habitude de pensée qui se cultive avec acharnement. Nombre d’outils sont aujourd’hui à notre disposition. De la question centrale du “pourquoi ?” qui touche à la notion de mission de vie, aux actions pas-à-pas qui emploie le désormais célèbre “3-2-1-go !” En cette période de confinement, c’est peut-être le moment d’opérer.

Trouver le chemin de la foi

croire en soi-même
voir plus grand que soi

 Quelle que soit la manière dont on parvient à combiner les méthodes et les outils d’écriture, dont on alterne le temps d’écriture, le temps de réflexion et le temps de recherche, il est essentiel de travailler sur nos croyances. Quelle valeur sommes-nous capables d’apporter aux autres et à nous-même est la question à un million de dollars. Bien sûr, l’auteur rêve d’écrire le chef d’oeuvre qui transformera sa vision du monde et celle du lecteur. Plus vite il comprendra que son véritable moteur est la foi en lui-même et en ce qu’il veut apporter aux autres et à ceux qu’il aime, plus vite il sacrifiera ses croyances qui obstruent sa vue.

Activer de nouvelles croyances

croire en son histoire
au-delà de son histoire

Où on va ? Vers une naissance. Si le roman initiatique est l’histoire d’une transformation, c’est avant tout la nôtre. Une fin classique de roman est un achèvement mais, si on veut vraiment écrire avec tout ce que ça implique de motivation, de foi et d’abnégation, autant se diriger vers une histoire qui commence à la dernière page du roman. C’est, en tout cas, le fruit d’une réflexion qui m’a pris deux mois. Aujourd’hui, je suis prête à relever le défi du best-seller avec cette feuille de route et je compte bien vous rendre compte de cette aventure qui me motive comme jamais. En espérant vous inspirer et vous donner l’envie d’agir.

Cet article vous a plu ? Partagez vos impressions avec la communauté de lecteurs juste en dessous !

Comment écrire un roman sans perdre l’attention du lecteur

Comment écrire un bon, un excellent roman ? C’est la question qui m’obsède et à laquelle je réponds en écrivant « Le Projet Line ». Décortiquer en live ma méthode d’écriture. Voilà ce que je nous offre !

Comment attribuer un sens à son roman et toucher le lecteur

garder un secret est une torture
"La sœur n’a pu échapper à la pression et ne s’en est pas sortie. Dans le roman de Line, le lecteur doit vivre cette pression exercée sur notre héroïne."- La torture du secret : photo de Comfreak

Inventer une super-héroïne qui rivalise avec les géants américains...

Ça vous tente ?
unique !

Comment mon roman vogue entre l’écriture des scènes et la construction d’un suspense

"Je peux me raccrocher à la question centrale : à quoi sont destinés les superpouvoirs de Line ?" - Photo de Comfreak

Rendre l'aventure fantastique...

Tu me suis, là ?
unique !

Après l’article sur le suspense et les textes que nous avons échangés ensemble, j’écrivais une scène, ce matin, où Line se retrouve seule dans le jardin de l’école avec sa professeur de biologie. Line vient d’arriver dans son nouveau pensionnat. Ses parents l’y ont déposée le matin même pour sa toute première semaine. En attendant l’arrivée des autres enfants, elle se trouve avec Estelle Frausier, docteur en biologie cellulaire, passionnée de botanique et reconvertie en institutrice dans une école privée de Bordeaux. Bien évidemment, cette école n’est pas commune. Rien de spécial pour des enfants spéciaux, non. C’est une école que seuls les plus riches peuvent se payer avec les meilleurs professeurs. Quand l’argent est disponible, tout est possible, non ? Alors voilà, Line devine la pensée d’Estelle frausier et, naturellement, y répond. Estelle est surprise de la coïncidence, mais elle ne se dit pas, au premier abord, que Line lit dans les pensées. Non, bien sûr que non. D’ailleurs, si vous y pensez, il en faudrait beaucoup pour que quelqu’un se dise qu’untel sait lire dans les pensées ou a des superpouvoirs. Je me demande soudain s’il est judicieux de commencer ce roman en révélant au lecteur que Line a des pouvoirs extrasensoriels. Cependant,  remettre en question tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent serait bien embêtant, vous en conviendrez.  Yves Lavandier dit qu’un bon écrivain en est capable. Il appelle ça « l’épreuve de la poubelle ». Je préfère me dire que je divague. De plus, je peux me raccrocher à la question centrale que j’ai identifiée précédemment dans mon article sur le suspense : à quoi sont destinés les superpouvoirs de Line ?

Comment j’explore les questions qui se rattacheront au point de vue défendu dans mon roman

mécanismes mentaux
"La sœur de Joe devint mentalement déséquilibrée" - Mécanismes mentaux Photo de Comfreak

C'est quoi son nom, déjà ?

LINE D'HARANGUIER
unique !

Je me suis abonnée à INRESS TV. Des tas de vidéos sous forme d’entretiens et d’émissions y sont accessibles sur les sujets qui nous intéressent pour le roman. Joe Mc Moneagle, médium ayant travaillé pour les services secrets américains, parle de son parcours. Lui et sa sœur jumelle avaient des dons de voyance et, rapidement, leurs parents ont exigé d’eux qu’ils n’en parlent surtout à personne. Joe raconte que sa sœur n’était malheureusement pas à l’aise avec ça. Elle était apparemment incapable de garder « ça » pour elle. Probablement obsédée par l’obligation de cacher sa clairvoyance, elle éprouvait le besoin de confier ses visions et, face à la question du tabou et à l’incompréhension de la société, voire à l’hostilité de son entourage qui aurait préféré ne rien savoir, sa frustration a dû se retourner contre elle. Obligée de consulter un psychiatre, elle fut rapidement mise sous prescription médicale. Joe croit qu’elle fut victime de déséquilibres mentaux à la suite de cette prise en charge

Dans l’émission, il ne donne pas plus de détails sur son enfance. C’est dommage, mais ça me donne matière à réflexion. J’ai déjà envisagé l’enfance de ma super-héroïne sous la pression de cette réalité. Dans une société rationaliste, je pense qu’une tendance à la schizophrénie menace toute personne sensible ayant un don développé de clairvoyance (vision à distance et médiumnité). 

La sœur de Joe devint mentalement déséquilibrée. Lui s’en est plutôt bien sorti. L’armée a fait appel à un gaillard solide. L’idée que, dans cette situation, la femme ne se retrouve pas sur un pied d’égalité avec l’homme me traverse l’esprit.

Comment je mesure ces questions selon la tension émotionnelle qu’elles génèrent

Les parents auraient-ils évalué le problème différemment pour le fils et la fille ? Différencié leur éducation chez l’un et l’autre, même inconsciemment ? Le garçon bénéficie souvent de plus de latitude, l’inquiétude parentale étant souvent moins exacerbée que pour une fille. Il est donc possible que la pression fut plus forte sur la sœur. Plus sensible à cette position, manifestant peut-être aussi plus d’empathie, la sœur se retrouve dans un cercle vicieux, exacerbant l’anxiété de ses parents. L’empathie n’est pas forcément une attitude positive envers l’autre, genre bisounours. Je pense au contraire que quelqu’un capable de s’identifier aux souffrances d’autrui se trouve dans une situation délicate à gérer. Certes, la relation parent-enfant est très particulière. Mais, généralement, la plupart d’entre-nous cherchons à éviter de s’approprier les problèmes des autres, de les faire nôtres, n’est-ce pas ? S’en détacher permet de mieux les canaliser. Dans une attitude excessive, l’empathique peut non seulement souffrir face à la souffrance d’autrui mais, de surcroît, penser que le problème de l’autre est le sien. La confusion mentale n’est pas loin. 

Donc, voilà où se loge ma question n°1 pour le scénario du roman : Line va-t-elle en parler ? Depuis qu’elle est petite, Winston, le majordome, lui a appris à mesurer l’étendue de son secret. Line est sensée être plus intelligente que la moyenne de ses contemporains parce qu’elle intègre les informations avec un feedback de son mentor qui, naturellement, lui apprend à utiliser ses connaissances acquises grâce à ses dons. Entendre son père et Winston penser à la gestion des usines doit bien lui être utile. Elle apprend plus vite et plus en profondeur. Le soutien de Winston lui a donc donné une grande longueur d’avance.

Comment se poser les bonnes questions pour maintenir le lecteur en éveil

Maintenez votre lecteur en éveil par la magie de l'écriture
"Va-t-elle se trahir ? Si oui, va-t-elle se sortir du piège qu’elle aura tissé ?" La sorcière, photo de Comfreak


Line n'est pas seule...

Suis-nous !
unique !

Les questions qui tiennent le lecteur en haleine doivent être reliées au sens profond de l’histoire

"Peut-être ne savons-nous pas tisser les fils correctement." La Toile de Ilona

Malgré tout, en débarquant à l’école, la multiplicité des interactions va forcément compliquer ce travail d’intégration et peut-être même la déséquilibrer. Va-t-elle savoir gérer ? La question n°2 suit la première : le lecteur doit-il savoir que Line a des pouvoirs ? Je ne peux pas faire autrement. L’intérêt du travail effectué n’aurait plus du tout le même sens. J’imaginais le lecteur aussi ignorant qu’Estelle, surpris par cette petite qui semble lire dans les pensées… Mais, le lecteur ne peut ignorer que Line a des pouvoirs. Je devrais réécrire tout le scénario. Vous me direz : ton scénario n’est pas encore écrit. Bah, si, quand même un peu. Il y a la scène du bac à sable qui réactive les cellules dormantes de l’ennemi. Il surveille  Cécile, la mère de Line, depuis son adoption il y a trente ans. Non, même si le lecteur connaît l’existence des pouvoirs de Line, il ne sait pas à quoi ils sont destinés. Moi non plus, d’ailleurs, pas encore. Et, la question est : va-t-elle se trahir ? Si oui, va-t-elle se sortir du piège qu’elle aura tissé ?

"J’imagine la sœur de Joe, prisonnière d’une toile d’araignée qu’elle a elle-même tissée" - photo de Cari R.

C’est un peu comme ça que j’imagine la sœur de Joe, prisonnière d’une toile d’araignée qu’elle a elle-même tissée. C’est peut-être les autres qui l’emprisonnent en l’encourageant, par ignorance, à s’entortiller dans ses fils. Il est possible que nous soyons tous des tisseurs sans le savoir, que l’existence de la toile nous échappe, et que l’ignorance nous aveugle et nous emprisonne. Ou peut-être ne savons-nous pas tisser les fils correctement. Joe et sa sœur les voient, eux. Mais, tandis que l’un apprend à les tisser, l’autre n’en a pas eu le temps.

Comme les fils invisibles de la toile, les questions de l’auteur tissent la trame de son roman

le centre de la toile
"Nous sommes, en quelque sorte, le centre d’une toile d’araignée qui nous relie aux autres" Photo de Johannes Plenio

Tiens, ça me fait penser au personnage de la tisseuse écrit par Déborah Harkness dans « Le Nœud de la sorcière » (voir mon article à ce sujet). Ce livre parle aussi du besoin vital de maîtriser l’art de tisser. Chez les sorcières, le tissage énergétique est un don. Il y a aussi l’histoire des fils invisibles de Castaneda, qui partent du nombril et nous relient au monde. Nous sommes, en quelque sorte, le centre d’une toile d’araignée qui nous relie aux autres. Lorsqu’ils bougent sur nos fils, nous sentons les vibrations émises, comme celles que provoque la mouche piégée dans la toile. Une toile multifonctionnelle : moyen de communication, organe de défense et arme d’attaque se confondent. 

histoire de super-héros
"Les questions sont invisibles mais bien présentes" Spiderman, par Dušan Naumovski

Dans une histoire de super-héros comme celle de Line ou de Spiderman, les questions sont invisibles mais bien présentes. Alors, Line va-t-elle s’engluer dans son propre piège ? Ses parents vont-ils pouvoir l’aider ? Quel plan Andy Shartz (le méchant) va-t-il fomenter ? Il pourrait l’aider à tisser la toile pour mieux la maintenir sous son emprise. Une grande bataille s’engage alors. Antoine, le père de Line, a les moyens de protéger sa fille. La mère, Cécile, est reliée aux pouvoirs de sa fille. Aidée de Thomas, le psychiatre, parviendra-t-elle à la sortir de là ? Et si le roman était un labyrinthe de souterrains, des souterrains temporels ? Lorsqu’un héros s’engage dans l’initiation, tout le monde doit suivre dans l’obscurité de ces souterrains, à tâtons.

Un super-héros est un leader. Non seulement il voit les fils briller dans l’obscurité des souterrains mais, il sait également comment les tisser pour remonter à la surface. Oui, Line devra apprendre à voir les fils (ses pouvoirs) et à comprendre leur triple fonction : moyen de défense et d’attaque, moyen de communication.

Trouver la question qui maintient le lecteur en éveil, c’est trouver le centre de ses préoccupations

l'araignée tisseuse
"Line est face à un adversaire redoutable, mais le lecteur ne devra le découvrir qu’à la fin." Photo de SplitShire

Je suis sûre que les parents de Line sauraient sortir leur fille de là ! Mais Line acceptera-t-elle leur aide ? Déjà, elle aura subit les séquelles de son inexpérience de tisseuse (confrontation avec le corps médical). Ensuite, notre méchant de l’histoire, Andy Shartz, pourra très bien opter pour une autre tactique. Bien que responsable des déboires de Line dans le monde cruel de la psychiatrie, il finira par l’attirer dans un piège bien ficelé. Pendant un temps, Line lui sera redevable. Secouée, ne sachant plus à qui faire confiance, elle finira par lui manger dans la main. C’est ce qu’il pense en tout cas, et le lecteur aussi. Ce que j’aime le plus dans les romans, c’est quand le héros semble se rallier à l’ennemi, avec un plan que le lecteur ignore. Line a trop souffert pour faire entièrement confiance à qui que ce soit. Si elle sait lire dans les pensées, elle doit pouvoir s’en sortir, non ? Mais, Andy Shartz est expérimenté. Bien que Line ait grandi, Shartz a un avantage sur elle : il connaît les mécanismes de ses pouvoirs et leurs origines. Et il a une armée de « sujets psi » à son service.

Alors, encore une fois, comment notre héroïne va-t-elle s’en sortir ? Line est face à un adversaire redoutable, à sa mesure (et le lecteur s’en doute mais ne devra le découvrir qu’à la fin). Pour l’instant, Shartz est le gros méchant. Il lui proposera une porte de sortie, alors qu’il est le vrai responsable des problèmes psychologiques de Line. Le lecteur fulminera, sachant qui il est vraiment, ou pas…

comment notre héroïne va-t-elle sortir ?
Qu’est-ce que le lecteur ignore ? Surréalisme, par Gerd Altmann

Pour résumer, deux questions importantes : qu’est-ce que le lecteur ignore ? Est-ce que Line va pouvoir tenir sa langue et éviter de gros ennuis en gardant l’étendue de ses pouvoirs secrète ? En clair, quelle est sa force de stratégie et son talon d’Achille ?

Tension, pression, injustice : l’émotion est le matériau nécessaire à l’orchestration suspense

le lecteur doit vivre cette pression exercée sur notre héroïne
"Épouvantés de traiter leur fille de névrotique ou plus certainement de schizophrène" Photo de Szilárd Szabó

J’imagine le sort de la sœur de Joe. L’angoisse de ses parents. En plus, ils avaient deux exemples opposés : la maîtrise du secret par leur fils et l’incapacité de leur fille à tenir sa langue. Ils devaient vraiment être malheureux de savoir la vérité sans trouver personne à qui en parler. Épouvantés de devoir se plier aux exigences du corps médical et enseignant, et traiter leur fille de névrotique ou plus certainement de schizophrène.

 Leur fille devait être perturbée, forcément, mais ils n’ont trouvé aucune aide appropriée. Il a dû y avoir beaucoup de discussions entre eux et leurs enfants, parfois dramatiques. La sœur n’a pu échapper à la pression et ne s’en est pas sortie. Dans le roman de Line, le lecteur doit vivre cette pression exercée sur notre héroïne, comme sur son entourage. Personne n’est insensible à l’injustice, selon son degré d’implication…

 Nous devrons vivre cette tension crescendo, qu’elle devienne insupportable, comme si nous vivions nous-mêmes ce drame au sein de notre propre famille. Mais, l’intérêt dans tout cela est de comprendre comment la toile est créée, comment il est possible d’en connaître les points d’amarrage, et les mécanismes de fabrication. Je cherche ce qui nous rassemble dans notre quête de l’équilibre : découvrir comment se servir de nos fils pour être capables de tisser notre propre toile.

La quête de l'équilibre
On en revient toujours à cette question d'équilibre - Le Yin Yang de Cari R.

C’est ça, au fond, que le lecteur cherche à apprendre : comment être au centre de la toile sans se faire piéger ? L’auteur a exactement le même espoir. Il y a un nœud, au cœur de notre humanité, constitué de deux fils, celui de la science et celui de la spiritualité. Notre seul espoir est peut-être d’apprendre à le dénouer. Affaire à suivre…

Le suspense, l’ingrédient magique du récit, selon Bernard Werber

Pour notre roman, nous avons beaucoup de jeux à mettre en place avec le lecteur, beaucoup de possibilités à ne pas laisser passer. Bernard Werber suggère de noter en marge les moments de l’histoire où le lecteur croira avoir découvert le mystère…

Comment structurer son roman autour d’un mystère central ?

En quête de suspense Photo de Dariusz Sankowski
En quête de suspense Photo de Dariusz Sankowski

Inventer une super-héroïne qui rivalise avec les géants américains...

Ça vous tente ?
unique !

Comment Bernard Werber découvre l’ingrédient secret

Le cours n°4 de la masterclass en ligne de Bernard Werber traite du suspense (voir son cours n°3 sur l’utilisation du tarot). Oh, pas de grandes théories dans ce petit cours, mais une histoire. Déjà, si ça peut rassurer les écrivains débutants, le premier jet de son célèbre roman « Les Fourmis » n’était pas très digeste. Il manquait de ce qu’il appelle « la balle de tennis jaune ». Pour faire court, Bernard Werber comprit ce qu’il manquait à son roman le jour d’une randonnée en groupe qui tourna au fiasco. En effet, le soir venu, son petit groupe de randonneurs se perdit dans la montagne. Trouvant finalement le refuge à une heure avancée de la nuit, affamés et transis, les membres du groupe étaient extrêmement tendus. L’un d’eux proposa alors de raconter une blague.

À la racine du jeu se trouve le suspense

Elle consistait à maintenir l’auditoire en haleine par l’histoire d’un fils qui, à chaque grand événement de sa vie, refusait le merveilleux cadeau de son père en demandant une simple « balle de tennis jaune », promettant de lui dire un jour pourquoi. Après un accident, sur son lit de mort, le fils dit au père qu’il devait absolument lui révéler la raison secrète de ses demandes répétées. Mais, il mourut avant d’avouer le mystère. Ce jour-là, Bernard Werber découvrit le pouvoir du suspense. Alors que les randonneurs s’étaient disputés et même battus au cours de leur errance, ils se laissèrent embarquer dans l’histoire, oubliant la faim, le froid et l’animosité, se réconciliant et riant du mauvais tour que leur avait joué le conteur.

Le roman n’est-il qu’un jeu de pistes ?

Pour notre roman, nous avons beaucoup de jeux à mettre en place avec le lecteur, c’est vrai, beaucoup de possibilités à ne pas laisser passer. Bernard Werber suggère de noter en marge les moments de l’histoire où le lecteur croira avoir découvert le mystère. Il devra tomber dans nos pièges, en quelque sorte, l’orientant sur une fausse piste. Encore une fois, il nous incite à penser l’écriture comme un jeu. Cette fois, c’est entre nous et notre lecteur. Pour « Le Projet Line », le mystère réside évidemment dans l’origine des pouvoirs de Line, notre héroïne. Mais le suspense, bien qu’il se définisse clairement dans les questions dramatiques du genre « Line va-telle parvenir à maîtriser ses pouvoirs ? », se retrouve partout dans un roman, comme les battements d’un cœur qu’on ne cesse d’entendre, où que l’on aille.

Quelle technique narrative utiliser pour inventer son propre jeu ?

exploration-Selvazzano Dentro
Exploration-Photo de Selvazzano Dentro

Rendre l'aventure fantastique...

Tu me suis, là ?
unique !

Trouver la meilleure question à poser au lecteur

Line va-t-elle découvrir l’origine de ses pouvoirs ? C’est bien probable. Comment fonctionnent-ils ? L’intérêt est de suivre Line dans cet apprentissage. Gagnera-t-elle en humanité ? Ah, ça, on ne sait jamais. Comment l’auteur va-t-il évoluer, c’est bien la question ? Va-t-il se laisser envahir par ses propres démons et faire basculer son personnage à travers les plus sombres recoins de sa psyché ? Mystère ! Line déjouera-t-elle les plans machiavéliques de l’ennemi ? Tout dépend de qui est l’ennemi véritable. Comprendra-t-elle à temps qu’il veut l’exploiter ? Qui profite de qui dans cette histoire ? Encore un mystère, évidemment ! D’accord, ces questions forment le socle d’une bonne histoire mais, Bernard Werber souligne qu’il faut faire preuve de subtilité, en usant de techniques narratives éprouvées.

Structurer son récit comme une chasse au trésor

« Dès qu’un organisme vivant entreprend quelque chose et que le résultat est incertain, on a de la dramaturgie », rappelle Yves Lavandier pour expliquer le principe du récit. Dans «  Construire un récit », Yves Lavandier commence par la base : « le principe objectif-obstacle ». On va quelque part mais, va-t-on y arriver ? Suspense… Provoquer ce suspense, c’est amener le lecteur à se poser une question, jusqu’à la rendre si pressente qu’il tourne les pages avec fébrilité. Pour se faire, jalonner le récit d’indices et de fausses pistes, comme dans une chasse au trésor, est in-dis-pen-sable ! Oui, il y a bien des mystères à servir au lecteur. Pourtant, nous devons trouver le plus essentiel, celui qui fera vibrer l’édifice jusqu’à la fin. Qui est Line ? Que va-t-elle devenir ? Ces questions dramatiques sont naturelles mais, la question mystère, quelle est-elle ? Qu’est-elle vraiment capable de faire avec ses pouvoirs ? Voilà sa quête personnelle déterminée ! Et, combinée à la chasse, le jeu devient exaltant.

Construire le mécanisme du suspense autour de la répétition

Bernard Werber souligne d’ailleurs que le principe de « la balle de tennis jaune » ne peut fonctionner qu’avec le principe de la répétition. Le désir de savoir est ainsi alimenté et la frustration enclenchée (ce qu’on appelle aussi « la tension dramatique »). Ce désir est nourri au fil du récit pour pousser le lecteur à tourner les pages, encore et encore, jusqu’à la fin. Si le lecteur est amené à se poser des questions, l’auteur doit lui procurer des indices qui, naturellement, lui donneront le pouvoir d’émettre des hypothèses. Reste que le lecteur doit ressentir le pouvoir d’une seule question essentielle. Deviner ce qu’il est vital de savoir. Alors, vous en ferez un lecteur investi, actif, invité à répondre. Comme s’il était entouré d’amis, au coin du feu, marqué par l’ambiance et buvant les paroles du conteur. Dans ces conditions, si la question se répète et que l’hypothèse est systématiquement invalidée (« subtilement ! » précise Bernard Werber), la tension monte et le lecteur attend le dénouement. L’auteur est donc responsable de l’ambiance par la mécanique du suspense.

À l’apparente complexité du roman, se substitue le jeu de la question et des sous-questions

chasse au trésor photo de Tumisu
chasse au trésor - photo de Tumisu

C'est quoi son nom, déjà ?

LINE D'HARANGUIER
unique !

Dans une chasse au trésor, les indices sont nos sous-questions

Qui est l’ennemi infiltré chez les d’Haranguier ? À cette question, il devra se trouver une scène où les ennemis de la famille d’Haranguier parlent de cet espion mystère, sans que le lecteur ne puisse l’identifier. Qui est infiltré dans l’entourage de Line depuis tant d’années ? Plus tard, un nouvel indice relancera la question, puis un autre. Et, tandis que le lecteur se perd en conjectures, le danger se précise et les personnages soupçonnent, eux aussi, un ennemi dans leurs rangs. La seconde condition pour que le jeu fonctionne, c’est donc que la question se répète. Il faut la mettre en scène. Dans le camp ennemi, le lecteur apprendra qu’un renseignement essentiel vient d’être fourni par notre espion mystère. La nature de ce renseignement donne un indice au lecteur. Il ne tient qu’à l’auteur de l’amener à croire qu’il a trouvé le traître, par de faux indices : l’espion était dans les parages, par exemple, ou venait de recueillir une confidence dont il pouvait en déduire la vérité. Chaque sous-question doit donc rapprocher du but : répondre à la question principale.

Trouver la question qui fait vivre l’histoire et donne un sens à notre quête

Vu comme ça, c’est vrai qu’on a de quoi s’amuser. Néanmoins, l’existence de cet espion doit donc apporter un sens à notre quête. Chaque élément, chaque scène, chaque personnage est là pour répondre au questionnement principal induit par l’histoire : qu’est-ce que Line est vraiment capable de faire avec ses pouvoirs ? À quoi sont-ils destinés ? C’est en écrivant cet article que j’ai fini par comprendre que la vraie question se trouve là ! Il me semble qu’Hitchcock voyait les choses comme ça : rien ne fait office de décor ou de bouche-trou, le moindre détail a un sens pour diriger le lecteur. Et c’est bien pour comprendre tout cela que je décortique l’écriture de mon roman en cours : « Le Projet Line ». Notre espion — il s’appelle Henry, s’est inscrit à la fac dans les mêmes cours que Cécile, bien avant la naissance de Line — ne doit pas être là pour amuser la galerie où faire frissonner le lecteur. Mais, avant de pouvoir comprendre le sens de mon propre récit, j’ai fouillé la personnalité, le rôle et les enjeux qui animent mes personnages.

 Nos sous-questions (ou sous-objectifs) sont tous reliés à notre quête

Prenez le père de Line, par exemple. Antoine est un homme autoritaire et puissant qui a une position ambigüe dans l’histoire. Grand stratège, Antoine doit faire penser au lecteur qu’il a probablement un plan afin d’aider sa fille à s’en sortir. Mais, rien n’est moins sûr. S’il fomente vraiment une stratégie contre l’ennemi, un homme tel que lui n’a-t-il pas l’intention d’en tirer profit ? Capable de se mesurer à l’ennemi, Antoine serait pourtant le plus à même d’aider Line. Nous devons absolument nous demander s’il est pour ou contre sa fille, pour ou contre les résistants qui s’allient à sa femme (les résistants ont des pouvoirs et se cachent de l’ennemi), pour ou contre l’ennemi ? Sa personnalité secrète, ses actes de tyrannie, nous obligent à nous poser systématiquement la question. Mais, finalement, maintenant que j’ai trouvé ma quête (À quoi sont destinés les pouvoirs de Line ?), mes sous-questions (ce qu’Yves Lavandier appelle les sous-objectifs) sont guidées, portées par le sens de cette quête.

Et si nous faisions ensemble l’exercice de la balle de tennis jaune ?

La balle de tennis jaune de Bernard Werber - Photo de Felix Heidelberger
La balle de tennis jaune de Bernard Werber - Photo de Felix Heidelberger


Line n'est pas seule...

Suis-nous !
unique !

Le roman est donc un jeu de cohérence. Désormais, en me demandant quelles sont les réelles motivations d’Antoine et les conséquences de ses décisions, je vais pouvoir y répondre systématiquement en cohérence avec la question centrale qui sous-tend désormais l’existence de tous mes personnages. Cette question secrète les relie tous. D’une façon ou d’une autre, tous mes personnages doivent constituer une partie de la réponse. Je vous propose de faire l’exercice de la balle de tennis jaune. Je l’ai fait ce matin, en une demi-heure, avant la publication de cet article. En apparence, l’exercice n’apporte rien mais, dans les faits, il provoque un mécanisme de réflexion qui permet de connecter à la question. Je vous propose de rassembler nos textes dans le prochain article, ça nous permettra de revenir sur ce thème essentiel qu’est le suspense. Lancez-vous !

Pour m’envoyer votre texte, et le voir publié dans notre journal d’auteurs rien de plus simple, je suis derrière tous les points de contact de ce blog. Les abonnés le savent bien, je réponds toujours à vos mails ! Alors, à vos claviers les amis ! Une demi heure à une heure d’écriture pour trouver votre balle jaune. Bernard s’est inspiré de la porte de Barbe bleue. Moi, de Line qui ne peut avoir d’amis. Allez, top chrono !  L’exercice est de jouer avec notre cerveau  ! S‘amuser, sans jugement ni prétention. Laisser son imagination agir selon une intention, une consigne, et rien de plus. L’en-jeu est enfantin.

Le tarot de Bernard Werber : misez l’avenir de votre héros en cinq arcanes majeurs

Dans sa masterclass en ligne, Bernard Werber nous invite à tirer les cartes pour écrire votre roman et sceller le sort de votre héros. Ce tirage du tarot trace le voyage initiatique du héros et invite l’écrivain à suivre.

Le temps est une simple unité de mesure. Donc, il y a des chances qu’à la seconde où nous avons décidé de changer d’année, nous ayons propagé une onde spéciale, qui attire une vague d’énergie nouvelle sur laquelle nous surfons à l’instant même. Comment accueillir cet avenir avec la plus grande sagesse ? D’abord, pour fêter l’événement, je me suis offert la masterclass en ligne de Bernard Werber (oui oui encore des cours ! Mais ceux-ci tombent à pic pour notre projet 2020 : la naissance de Line d’Haranguier, notre super-héroïne française !). Et je mets en pratique l’exercice. Bernard Werber nous invite à faire un tirage de cartes pour prédire la destinée de notre héros. Génial pour commencer l’année ! Ne riez pas, l’issue de mon tirage est tout à fait satisfaisante. « Ne trichez pas ! » prévient Bernard. Promis ! Seulement, une sixième carte s’est imposée…

Le tarot de Bernard Werber vous ouvre les portes de votre roman

"Un chemin initiatique s’ouvre : comment vivre avec ses personnages ?" - Photo de Lisa Che

Explorez les mécanismes du roman initiatique à l’aide du tarot

Bernard Werber nous révèle qu’il utilise l’art divinatoire du tarot pour savoir comment ses personnages vont évoluer.

Il est l’auteur de nombreux romans initiatiques (à différencier du roman d’intrigue comme les romans policiers) où le héros change et se transforme par étapes au cours d’une série d’épreuves (L’Odyssée — Le voyage d’Ulysse — est l’expression même du roman initiatique). « Les Fourmis », écrit il y a 20 ans, est le plus célèbre des romans de Bernard Werber.

Je me suis inscrite à sa masterclass en ligne, qui se décline en quatorze chapitres. Des petits cours aussi ludiques qu’efficaces pour nourrir notre pratique de l’écriture. Je suis contente de mon cadeau ; il célèbre bien notre passage en 2020.

Passons aujourd’hui au chapitre 3 sur les mécanismes du roman initiatique. Ici, Bernard Werber nous présente les vingt et un arcanes majeurs du Tarot, comme les fondements immémoriaux du récit : 

« La plupart des malheurs qui nous arrivent dans la vie semblent obéir à l’évolution du tarot où s’enchaînent les épreuves pour maintenir le héros éveillé. »

Bernard Werber utilise l'art divinatoire du tarot pour décider du sort de son héros
« Tirez vraiment les chiffres au hasard », prévient Bernard Werber

Ouvrez les portes de la réalité non ordinaire en un seul tirage

Prenez un jeu de tarot, tirez cinq cartes et décidez de l’avenir du héros de votre histoire — si vous n’avez pas de jeu sous la main, faites comme moi : tirez-les sur un site de voyance, ça fera parfaitement l’affaire. C’est drôle, vous savez, mais j’appréhendais d’entrer dans une année 2020 empreinte de mysticisme. Finalement, après le « passage », je trouve ça exaltant !

passage en 2020
2020 unwritten... pas encore écrite

Dans le jeu de tarot, les arcanes majeurs sont des personnages symboliques (interprétables). « Le Mat » n’a pas de numéro ; il ouvre et ferme le jeu ; il est « le fou », le passage entre la matière et l’esprit, le « pas » « sage ». Moi aussi je cherche les passages invisibles, pour m’introduire dans l’univers de notre super-héroïne aux pouvoirs incompris. Si vous obéissez au tirage du tarot de Bernard Werber, vous jouerez le jeu ! Vous entrerez dans le roman que vous écrivez. Parce que, justement, vous entrez dans la partie ! Vous serez peut-être surpris d’accéder à la réalité de vos personnages, surpris d’être enfin à leur côté.

Obéissez au tirage du tarot pour embarquer au côté de vos personnages

Un simple exercice, un simple jeu, et votre perception se transforme : vous éprouvez désormais ce même sentiment d’impuissance face aux forces du destin. Une certaine humilité pourrait vous toucher. Un chemin initiatique s’ouvre : comment vivre avec ses personnages ? Au cours de cette initiation, les réalités se côtoient, un dialogue démarre, un équilibre s’établit.

Ce matin, par exemple, je faisais un plan de l’école que Line va intégrer. Dessinant un schéma du bâtiment, imaginant des ateliers par ci et des jardins par là, je vois Line en cours de sculpture ou de jardinage. J’imagine même des séances de lecture, clamée sous les arbres par un petit groupe d’élèves. Inventer une école wahou c’est top !

Face au sort prononcé par le tirage du tarot, je vois bien, désormais, ce qui va se passer. Et le sentiment d’obéir à une force extérieure nourrit mon approche. Je veux en savoir plus, connaître mes personnages pour pouvoir les aider. Je me sens soudain embarquée sur le même bateau, aux prises avec le destin !

Inventer une super-héroïne qui rivalise avec les géants américains...

Ça vous tente ?
unique !

Tirez cinq arcanes majeurs pour sceller le destin de votre héros.

Le destin voulu par le tarot
"Je me sens soudain embarquée sur le même bateau que mes personnages, aux prises avec le destin !" - Photo de Rirriz

Apprenez à respecter l’évolution initiatique du tarot en suivant l’ordre des cartes

Le moment du tirage a peut-être son importance. Interpréter le sort de vos principaux personnages alors qu’ils sont déjà nés (l’héroïne, son entourage et la figure de l’ennemi), c’est exaltant ! J’avais déjà une idée de ce qui se préparait : le point névralgique de l’aventure était identifié, là où tout commence et où tout finit. Une île des Philippines d’où proviennent les pouvoirs de Line… D’un coup, ma position a changé, mon point de vue a basculé ! Pas de doute, observer les instructions de l’oracle nous interroge sur la face cachée de notre histoire. Allez, c’est parti ! Parmi les 21 arcanes majeurs, tirez cinq cartes au hasard. Placez-les ensuite de manière à marquer les quatre points cardinaux, la cinquième carte au centre. Ces cinq emplacements représentent chacun un élément du récit. Afin de vous éclaircir, je livre ici les résultats de mon propre tirage sur le premier roman de Line d’Haranguier. Embrasser ce tirage d’un coup d’œil, c’est comme, en effet, contempler la destinée de notre héroïne. Le sort en est jeté !

En quelques clics, scellez le sort de votre héros et accordez-lui une destination

Mais, je vous préviens, j’ai pris l’exercice au sérieux. Vu que j’ai le scénario du Projet Line à finir avant la fin du mois, jouer l’humilité et laisser la prophétie s’accomplir me va parfaitement ! Le tirage du tarot de Bernard Werber me permet d’entrer dans mon roman. Il trace le voyage initiatique du héros et invite l’écrivain à suivre. Je n’entre pas encore dans la peau du personnage mais je suis juste derrière lui. Ambiance… À gauche, une première carte définit notre héros au début de l’histoire. À droite, la deuxième carte interprète l’aventure qu’il s’apprête à vivre.  En haut, une troisième carte annonce ce qui va l’aider. Et, en bas, une quatrième décrit ce qui ne l’aide pas, ce qui va lui compliquer la vie. Enfin, la cinquième carte, au milieu, explique comment tout ça va aboutir.

« Tirez vraiment les chiffres au hasard, prévient Bernard Werber. Regardez les détails de la carte, les personnages présents, leur fonction et leurs attributs, regardez les couleurs, laissez parler votre créativité et votre imagination. »

Rendre l'aventure fantastique...

Tu me suis, là ?
unique !

Face aux coups du sort l’auteur se fait tout petit et entre dans l’univers du héros

Grâce au tirage du tarot de Bernard Werber, l’auteur lâche son besoin de contrôle et défend le monde de son roman comme le sien ! Il ne le contrôle plus, il en fait partie. Il faudrait donc faire confiance aux cartes. Pourquoi ? Pour que les choses ne se passent pas comme prévu. Un écrivain qui obéit à un tirage est confronté aux limites de sa propre logique. Ainsi amené à composer avec des croyances et des évidences étrangères, ses intentions primaires se rebellent et sortent de leur tanière. C’est là que cette initiation devient intéressante : elle déjoue les risques du métier.

En effet, l’auteur risque de prendre le contrôle du récit puisque ses désirs, ses préjugés et ses peurs fuitent insidieusement dans l’écriture de son histoire. Dans ce cas, le lecteur est lésé et l’auteur se lèse lui-même. Par contre, s’il joue le jeu, le tirage du tarot le force à abandonner sa toute puissance. S’il accepte son sort, qu’il s’y plie, il entrera alors dans l’univers de son héros.

Mon premier tirage avec le tarot de Bernard Werber 

Notre héroïne, au départ, tombe sur L’Hermite.
Elle est seule, n’a plus d’amis, c’est la traversée du désert. L’Hermite parle d’intériorisation, de solitude, mais aussi de travail de recherche et de sagesse. Si Line se retrouve confrontée dès le début aux difficultés, à l’incompréhension, elle doit ressentir une certaine angoisse qui la mure dans le silence. Line semble mal.
L'allié est déterminé par la lune
Troisième carte : Ce qui l'aide (l'allié)
L’Aventure qu’elle doit vivre tombe sur L’Empereur.
Il est dans l’action ! Apprend à Line à se construire et à agir. Archétype du père, solide, expérimenté et responsable, il correspond tout à fait au portrait d’Antoine. Mais ce n’est pas lui qui guidera sa fille dans l’aventure. Car, si l’Empereur incarne l’Autorité, la puissance et la stabilité, Line suivra les conseils d’un autre Empereur.
Le Héros sera déterminé par l'Hermite
Première carte : Le Héros
L'aventure aboutit à la carte du changement, aussi appelée la mort
Dernière carte : Comment ça aboutit
Deuxième carte : L'Aventure
Ce qui va aider le Héros, l’élément allié, tombe sur La Lune.
Pour ne pas se faire dévorer par les loups, Line doit apprendre à apprivoiser son côté sombre. À comprendre et contrôler ses pouvoirs en soignant ses blessures. Elle s’aventure au cœur de ses racines, l’Empereur à ses côtés. Mais, son contact de plus en plus profond avec La Lune lui ouvre de nouveaux horizons.
L'obstacle déterminé par le jugement
Quatrième carte : Ce qui ne l'aide pas
L’obstacle, pour l’héroïne, tombe sur
Le Jugement.
Line est incitée au changement. Elle reçoit un coup de semonce. Le jugement est un message, parfois même un miracle ! Mais, en tout état de cause, elle doit payer de ses erreurs. Le jugement peut prendre l’apparence d’un piège, d’un abus de pouvoir. Cependant, quand le couperet tombe, c’est que le Héros est prêt à l’endurer.

L’Hermite sous la coupe de l’Empereur, ça donne quoi ?

Carte n°1 Le Héros Le début du roman est marqué par “L’Hermite”, ce qui veut dire que Line n’est pas très sociable. Elle est effectivement isolée des autres et va devoir sortir rapidement de sa retraite. Ou bien son isolement deviendra un véritable handicap. Justement, elle intègre en ce moment même une école privée à Bordeaux ! D’accord, j’écris l’enfance de Line d’Haranguier mais, qui va-t-elle devenir ? Une jeune personne qui trouve dans la solitude un monde supérieur ? Elle expérimente d’autres réalités. Ainsi, les difficultés de la vie sont mises en parallèle avec les réponses d’un autre monde. Elle acquière une certaine sagesse qui la met en porte-à-faux avec sa génération. Classique !

Carte n°2 L’Aventure Ensuite, sa rencontre avec l’Empereur marque une période d’installation. Il y a deux empereurs dans mon roman (le père et le méchant). Line fera donc le choix de quitter la protection de son père pour accepter l’aide d’un homme qui le vaut en tous points (puissance et position élevée, rigueur et sagesse), mais qui est dans le camp ennemi. Line entre dans la tanière du loup.

Line va faire le choix de suivre le damné à l'esprit libre, ce poète de l'enfer... Photo de Stefan Keller

Envoûtée par La Lune et rattrapée par Le Jugement, ça donne quoi ? Une fin annoncée

Carte n°3 L’allié La Lune désigne les rêves, l’imagination, la féminité, la curiosité et la fuite. Line sera poussée à fuir le cadre rigoureux proposé par l’ennemi protecteur. Qui est la lune ? Elle n’est pas encore inventée. Je dois créer un groupe de résistants dont elle fera (logiquement) partie.

Carte n°4 L’Obstacle ou Le Gardien du Seuil  Le jugement annonce la fin de l’initiation. Le héros est prêt à entendre la vérité. C’est à la fois un éveil, une invention et le retour des morts. Qui rattrape notre héroïne ? Je ne sais pas encore… Voyez, l’intérêt de poser les jalons de l’histoire, c’est d’aller chercher les questions. J’ai la sensation d’être au même niveau que mes personnages : soumise à la question !

Carte n°5 L’Aboutissement L’issue de cette histoire tombe sur la lame 13 : la carte sans nom. Cette carte, illustre La Mort autant que le bourgeonnement de la vie. Elle désigne un véritable changement : faire table rase pour un nouveau départ. Je vous promets que je n’ai pas triché !

le pouvoir magique de l'écrivain

À la fin, Line prend conscience de la complexité des relations qu’elle entretient avec les résistants d’un côté et l’ennemi de l’autre. Elle connaît les secrets des deux camps et ne sait pas choisir. La lame 13 est sans appel : Line doit prendre une décision irrévocable. Couper les relations avec sa famille. Parmi les résistants, il y a un jeune homme qui ne sait pas non plus quel camp choisir : le sien ou celui de Line…

J’ai pris la décision de tirer une sixième carte pour ouvrir une nouvelle voie

 Line est encore très jeune à la fin de l’aventure, seize ans peut-être. À la fin de l’aventure elle sera à la croisée des chemins et devra se dessiner une troisième voie : la sienne. Une super-héroïne qui entre à l’âge adulte décide de son avenir. Elle a aiguisé les armes qui lui permettront d’être ce qu’elle désire vraiment. Une nouvelle aventure naît. C’est la lame19 : Le Soleil.  C’est la réalisation de son destin (je n’ai vraiment pas triché !). C’est aussi la carte de la fraternité et de l’Amour ! Line devient le trait d’Union entre les deux camps et crée une troisième voie !

la carte annonçant la suite du roman
Le Soleil annonce déjà la suite du roman. Mais l'âme soeur n'est-elle pas une illusion de la passion aventureuse ?

Le Tarot de Bernard Werber éclaire le sens véritable de l’histoire

l'univers dans une goutte d'eau
L'univers se reflète dans ses plus infimes éléments... Photo de Mystic Art Design

Le Tarot questionne la vie des hommes, ces infatigables marcheurs, tandis qu’il révèle à l’écrivain le sens véritable de l’histoire qui sommeille en lui. Les hommes agissent d’abord en fonction de leur intérêt, puis de leur rêve et, enfin, de leurs valeurs profondes. Ces valeurs se cachent au fond du coeur par une sorte de magie protectrice et l’homme oublie parfois qu’elles sont là. Entre ceux qui cherchent à renverser le pouvoir et ceux qui cherchent à le garder, il y a Line d’Haranguier, capable de détecter les valeurs cachées et oubliées . Une super-héroïne qui se donne pour mission de les éclairer. Mais, avant d’en arriver à cette étonnante capacité, avant d’arriver à aimer, une longue initiation l’attend.

Le Mat

Seul « Le Mat » n’a pas de numéro. Cette lame précède la première (Lame 1 : Le Bateleur) et revient après la dernière (Lame 21 : Le Monde) « Elle est avant et après l’initiation », traduit Bernard Werber.

Le Mat désigne le mouvement permanent. Il est aussi appelé le fou. Ce dernier sait se détourner de ses origines, briser ses liens pour accéder à un autre monde. « C’est la seule carte où le personnage avance, explique encore l’auteur, avec comme seul bagage la connaissance acquise dans son baluchon. Une fois que le personnage a tout compris, il doit reprendre la route. »

L’histoire a-t-elle une fin ? La mort est-elle une fin ? Voilà la question qui obsède l’homme et l’écrivain. Le personnage joker incarne la question de l’Évolution. Et, le fou, à mon sens, est un personnage indispensable  (voir “mon personnage joker”) pour montrer la voie.

Cet article vous a plu ? Partagez vos impressions avec la communauté de lecteurs juste en dessous !

Super-héros et contre pouvoirs : la face cachée de l’écriture de fictions

L’auteur de fictions doit prendre le taureau par les cornes et se plonger sérieusement dans un travail de recherche. L’invention d’un super-héros nécessite autant de précautions que n’importe quelle innovation sérieuse.

Bonjour à tous ! J’aimerais aujourd’hui vous faire un point sur ma méthode d’écriture, puisque deux mois se sont écoulés depuis le démarrage de notre roman. D’abord, les séances du matin ont bien l’immense avantage d’imposer un rythme d’écriture et d’apporter une motivation constante. Car, jour après jour, on voit l’histoire avancer et les personnages vivre, même timidement. Pourquoi « timidement » ? En fait ce ne sont pas les personnages qui vivent timidement. C’est plutôt l’auteur qui, au commencement, partage timidement le vécu de ses personnages. Oui, il se peut qu’il tâtonne dans un univers qui ne lui est pas familier.

L’écriture de notre récit entre dans une phase d’exploration de la réalité de nos superpouvoirs

exploration de nos superpouvoirs - magie
"On trouve un nombre grandissant de scientifiques prêts à témoigner de la réalité des phénomènes paranormaux" - Magie de Yabadene Belkacem

L’invention des personnages pousse à chercher des témoignages

Depuis le début de ce défi (voir « Le Projet Line » : tous les épisodes), je vous ai partagé le résultat brut de mes séances d’écriture. Dans cet épisode 7, notre héroïne rencontre un nouveau personnage : le docteur Thomas Jay. Psychiatre un peu spécial, le docteur Jay mesure déjà les dimensions invisibles auxquelles Line est capable de se connecter. Pour écrire la scène qui va suivre, je me suis inspirée d’un livre de William Buhlman. Dans « Voyage au-delà du corps : l’exploration de nos univers intérieurs », William Buhlman décrit ses expériences de sorties de corps. Comment, de sceptique, il est venu à s’intéresser aux voyages astraux et à expérimenter le passage de sa conscience hors du monde physique.

L’écriture lance des pistes vers le vrai travail de recherche

Après deux mois d’écriture, il est temps pour moi d’aller plus loin et plus méthodiquement dans mes investigations. À un moment donné, l’auteur de fictions doit prendre le taureau par les cornes et se plonger sérieusement dans un travail de recherche. L’invention d’un super-héros nécessite autant de précautions que n’importe quelle innovation sérieuse. Cette semaine, j’ai listé un certain nombre de bouquins à lire pour me plonger dans la littérature scientifique qui associe le paranormal et le quantique. Aujourd’hui, on trouve un nombre grandissant de scientifiques prêts à témoigner de la réalité des phénomènes paranormaux, pourquoi m’en priverai-je ? J’ai terminé le premier : « Les Preuves scientifiques d’une vie après la vie – Communiquer avec l’invisible » du Docteur Jean-Jacques Charbonier.

Le témoin scientifique se transforme en personnage inspirant

Heureusement, mon rôle n’est pas de tenter de confirmer ou d’infirmer ses propos mais d’entrer dans la tête d’un personnage inspirant, et les anecdotes qu’il raconte dans son livre, comme ses démonstrations et ses idées, apportent de l’eau à mon moulin. Il y aura dans le roman des scientifiques de tous bords, et il est essentiel pour nous de pouvoir nous appuyer sur du concret et sur le vécu de personnes réelles. Nous sommes tous plus ou moins conscients de vivre cette « dissonance cognitive » dont parle Charbonier. Il nous arrive de vivre des phénomènes inexplicables, aussi insignifiants soient-ils, qui s’opposent à nos connaissances, à notre raisonnement ou à nos croyances, et provoquent inconsciemment un repli défensif. Ce qui revient à minimiser, voire à nier, le phénomène au niveau cognitif (de la pensée).

Inventer une super-héroïne qui rivalise avec les géants américains...

Ça vous tente ?
unique !

Rendre l'aventure fantastique...

Tu me suis, là ?
unique !

La création d’un super-héros est une invention sérieuse

super-héros- ninja lune
"L’invention d’un super-héros nécessite autant de précautions que n’importe quelle innovation sérieuse."

Les blocages propres à la culture française briment la création des super-héros

La création d’une super-héroïne est une démarche ludique, mais elle n’a rien d’anodin. Le super-héros incarne un personnage spirituel fortement symbolique. Sa création implique forcément des intentions cachées. Je pense sincèrement que les français méritent qu’on ouvre enfin les vannes et qu’on détruise les barrages. Jean-Jacques Charbonier rapporte une anecdote intéressante après Les Premières rencontres internationales consacrées à l’expérience de mort imminente à Martigues en 2006. Une équipe de France 2 vient l’interviewer pour le journal de 20 heures mais, au lieu de diffuser son entretien, la chaîne fait passer un « expert » qui n’y connait rien au sujet. « Eh oui, souligne-t-il, les scientifiques ne sont pas les seules personnes atteintes de dissonance cognitive, les journalistes sont aussi grandement touchés par cette pathologie du raisonnement ! » Habitué à la censure, le Dr Charbonier évoque aussi l’enseignement fermé des écoles françaises de médecine, qui s’explique notamment par l’influence honteuse des lobbies pharmaceutiques. C’est un problème dont je suis tout à fait consciente, et qui me scandalise depuis bien trop longtemps.

Le super-héros est un trait d’union entre les mondes

« La plupart de nos contemporains, explique-t-il encore, pensent que tous ceux qui s’intéressent au paranormal sont des allumés ou des farfelus, et ils rangent volontiers dans le même tiroir, avec un incroyable mépris, médiumnité, spiritisme, télépathie et autres phénomènes inexplicables comme les NDE (Near Death Experience : expérience de mort imminente ou EMI) » Pourquoi est-ce que je vous relate les propos de Charbonnier ? Parce qu’un auteur doit décortiquer l’intention qui se cache derrière l’écriture de son roman. Et notre super-héroïne, au-delà de sa vocation à nous faire vivre des émotions fortes, a le rôle d’incarner une ouverture vers les questions fondamentales autour du lien existant entre la science et le divin, entre la raison et l’irrationnel, entre la pensée matérialiste et notre spiritualité.

La recherche et la connaissance alimentent, façonnent et dirigent notre récit de fiction

Là, les séances d’écriture révèlent enfin leurs limites. Voilà qu’à présent de nouvelles idées vont s’ajouter et imposent d’emblée un changement notable dans la forme du récit. Si j’ai commencé l’histoire de Line à trois ans, lui faisant vivre prématurément l’élément déclencheur (voir la scène clé du bac à sable de l’épisode 6) et la rencontre avec son psychiatre (relatée ici dans cet épisode), il s’avère inutile de persister à considérer Line comme une enfant de 3 ans, même surdouée. D’ailleurs, mon fils Anton me l’a plusieurs fois fait remarquer. Maintenant, à la lumière de ma dernière lecture, j’ai déjà en tête que Line va d’abord se voir imposer une batterie de tests auprès de scientifiques raisonnables qui ne prennent pas en compte l’aspect paranormal de ses capacités. Le docteur Jay sera une bouée de sauvetage pour elle. Line sera d’abord traitée comme une enfant à problèmes, avec des symptômes à traiter. Le conflit avec sa mère sera d’autant plus fort que cette dernière se sentira coupable de ne pas oser s’y opposer.

La réalité dépasse souvent la fiction. Mettez le doigt dessus et vous ne manquerez pas d’idées

superman

Les éléments de recherche alimentent la structuration du récit

Les idées avancées par certains d’entre vous, chers co-écriteurs, auront bel et bien leur place dans ce premier roman qui relate les origines de Line d’Haranguier. Point de vue méthode d’écriture, les nouveaux éléments de recherche obligeront à des ajustements : les scènes déjà écrites seront intégrées à un nouveau contexte. Line aura environ six ans lorsqu’elle rencontre le docteur Jay, et non pas trois. Ça me donnera le temps de positionner les ennemis dont j’ai esquissé les traits. Certes, je n’ai pas encore publié les séances qui les mettent en scène, mais je peux néanmoins vous dire que l’idée d’une île isolée, habitée par une tribu n’ayant aucun contact avec l’extérieur, a fait son chemin (voir l’épisode 1). Repérée il y a 30 ans par la fondation Prôteús, dirigée par un magna de la finance, les enfants de ce peuple primitif furent enlevés et étudiés en secret pour en faire des « sujets psi ». J’ai découvert ce terme sur le site de Jean-Pierre Girard.

Les révélations des uns alimentent la fiction des autres 

Jean-Pierre Girard raconte son parcours hors norme en tant que « sujet psi » auprès de la CIA et ce qu’il sait de l’utilisation de la pensée sur la matière dans le monde de l’espionnage. Et j’ai bien l’intention, à l’issue de ces trois mois de recherche et d’écriture, d’aller l’interviewer. En attendant, nos ennemis se précisent et l’origine des pouvoirs de Line également. La scène du bac à sable va faire réagir toute la famille, mais pas seulement. La mère de Line, originaire des Philippines, a été adoptée dès ses premiers mois. Personne ne sait qu’elle vient de l’île, sauf nos fameux ennemis qui l’ont perdue par un malheureux concours de circonstances. Après avoir tenté de la récupérer, ils décidèrent de la surveiller de loin et d’infiltrer l’un de leurs agents dans son entourage. En conséquence, ils repérèrent aussitôt la grande démonstration de pouvoir opérée par Line dans le bac à sable. C’est là qu’ils vont entrer en action et entrer avec fracas dans la vie des d’Haranguier.

C'est quoi son nom, déjà ?

LINE D'HARANGUIER
unique !


Line n'est pas seule...

Suis-nous !
unique !

Malgré les apparences, un auteur n’écrit jamais seul

réseau de relations
"Aller aussi loin que notre inconscient nous le permettra..." - Photo de Gred Altmann

Son intention s’ajuste et se précise par le dialogue

J’aimerais vous faire remarquer que, ces dernières semaines, je n’ai pas beaucoup sollicité Anton, mon jeune co-auteur. Mais, l’aventure n’en est qu’à ses débuts. J’ai beaucoup à lire et à écrire. Les 3 mois impartis sont surtout là pour nous booster et pour m’obliger à faire le maximum jusqu’à la fin janvier. À cette date, nous devrons parvenir à une vue d’ensemble structurée : établir l’enfance de Line, une super-héroïne qui pourra démarrer son adolescence sur de bonnes bases ! Ainsi pourra-t-elle devenir le fer de lance d’une aventure où elle deviendra adulte et indépendante, détentrice de valeurs qu’elle pourra revendiquer haut et fort, s’appuyant sur une intention claire et un message explicite.

Ses préoccupations seront partagées avec le plus grand nombre

Vous l’aurez compris, derrière un roman de science fiction ou d’anticipation, nombre de questions existentielles peuvent être soulevées. D’ailleurs, « Les 7 lois spirituelles des super-héros » de Deepak Chopra en atteste. Chaque personnage nous interrogera sur les questions qui préoccupent l’auteur. Par exemple, Élise, la nourrice, prend pour moi une importance de plus en plus évidente. Je l’interroge, et elle m’interroge en retour. C’est un dialogue jusqu’à ce qu’on parvienne à comprendre de quoi on parle. À la lecture de « Secrets de l’art perdu de la prière » de Gregg Braden, je me dis qu’Élise va évoluer. Son rapport à Dieu, à la prière, et son regard empli de craintes face à Line, vont se transformer au cours de notre aventure, même si je ne suis pas encore certaine de la voie qu’elle va suivre.

Son implication sera totale et entière

L’avantage de faire des recherches pour approfondir l’intention réelle de l’auteur (moi, en l’occurrence) n’est pas à prendre à la légère. C’est même, à mon sens, l’essentiel du travail d’écriture d’un livre de fiction. Là est le support d’une réflexion qui ira aussi loin que l’inconscient nous le permettra. Tiens, en parlant de ça, je viens justement de m’inscrire sur une plateforme de formation en autohypnose appelée « Psychonaute » pour explorer cette dimension en expérimentant — si j’y parviens — certains états modifiés de conscience. En attendant, voici l’épisode 7 de notre aventure.. 

Épisode 7 – Après le choc, Line rencontre son plus grand atout : le docteur Jay

La vision de Line sur ce qui lui arrive

La voiture s’engagea sur la route de Ciboure vers le fort de Socoa et bifurqua à droite, rue du Phare. Elles arrivèrent dans une propriété située en bord de mer, une de ces demeures immenses et cossues possédant une vue imprenable sur les falaises de la corniche basque. Line était affreusement secouée par les événements. À trois ans, elle était capable de déceler les intentions des adultes et comprenait déjà qu’ils n’agissaient pas toujours comme ils le désiraient au fond d’eux. La plupart du temps, ce qu’ils pensaient au moment « T » changeait continuellement pour accueillir des idées nouvelles qui les empêchaient de voir clairement. Elle se trouvait alors à plusieurs endroits en même temps. De petites vagues d’air, comme des couches de brouillard, lui permettaient d’être à la fois elle-même, dans son corps, à entendre et à voir, et tout autour, dans la brume, pouf ! Elle était partout à la fois, captant toutes les subtiles raisons qu’avaient les autres d’agir et de parler. C’était fatigant. Souvent, elle décrochait, et refusait d’entendre le sens qu’ils donnaient à leur pensée. Progressivement, elle avait su coder les sonorités à sa façon, et les transformait en une voluptueuse musique qui la berçait calmement.

Line arrivait ainsi à s’extraire de la réalité. Peut-être en partie seulement. Il lui était même arrivé de traverser une ou deux couches supplémentaires pour se retrouver loin d’elle-même. À ces moments-là, elle perdait le contact avec ce qu’elle était l’instant d’avant, et atterrissait dans un lieu différent. Un jour, Line avait atterri dans l’enfance de sa propre mère, comme avec le chat. Winston lui avait expliqué qu’à ces moments-là, elle devait fermer tout doucement les yeux, amener lentement les mains vers son visage ou sa poitrine et mesurer où elle se trouvait réellement. Toucher de ses mains sa vie à elle, ce qu’elle voulait, ce qu’elle aimait vraiment. Il lui répétait que rien d’autre ne comptait. Oui, lui répondait Line, mais quand je suis avec maman, je pense si fort à elle que j’arrive pas à le faire. En fait, lorsqu’elle se sentait si loin, mettre ses mains sur ses joues la rappelait à elle-même, toujours. Grâce à ça, Line avait appris à voyager sans avoir peur de se perdre. Elle était seule au monde à pouvoir faire ça, lui avait dit Winston. Et il avait ajouté : “Je suis le seul à connaître ton secret”. Mais, Line savait qu’il en parlait à Camille. Winston faisait semblant que c’était leur secret à tous les deux, alors Line faisait semblant aussi. Le monde de Line était comme celui d’Alice : un pays des merveilles qui n’existait que dans le livre ; pas dans sa famille. Maintenant, Line n’en était plus si sûre. Est-ce que sa mère savait ? C’était bien la première fois qu’elle l’entendait y penser, comme si elle y était allée, et n’y était jamais retournée. A-t-elle pu se cacher dans la brume, devenir toute petite ou très grande ? Line se sentait complètement perdue.  Winston s’était bien trompé. Line fixait l’étrange maison aussi grande qu’un château. Elle était habitée par un homme qui connaissait son secret. De cela au moins, elle en était certaine.

Line reçoit une écoute inattendue

Lorsque Cécile ouvrit la portière, la mère et la fille se regardèrent intensément. Cécile avait une expression inhabituelle et Line l’interrogea du regard. Cécile en fut bouleversée. Il lui semblait que, pour la première fois, elle acceptait le lien qui les unissait, plus fort que tout ce qu’elle avait pu imaginer. Le moment était peut-être venu de faire semblant. De quoi exactement, Cécile n’aurait pu le dire en cet instant. Line tourna la tête vers la demeure tandis que Cécile détachait la ceinture de son siège. Le docteur Jay se tenait sur le perron.

— C’est qui ?

— C’est un médecin. Il ne t’examinera pas comme le docteur Deuvinet. Non, avec ce docteur-là, on parle.

— On parle, c’est tout ?

— Oui, c’est tout.

Cécile prit Line dans ses bras et parcourut la distance les séparant du docteur Jay qui n’avait pas bougé un cil. Elle le salua d’un « docteur » très solennel, ce qui impressionna Line, habituée aux grandes salutations affables de sa mère. Cécile était trop tendue pour jouer les débonnaires.

— Bonjour Line, j’avais hâte de te rencontrer. Cécile m’a beaucoup parlé de toi, tu sais. Elle m’a raconté tout ce que tu sais faire et je suis fasciné par ton intelligence.

Line n’était pas certaine de savoir ce que « fasciné » signifiait, mais elle était captivée. L’homme avait un visage avenant, des yeux vifs et rieurs, un corps plein de force, calme et, surtout, il n’avait pas un cheveu sur la tête. Pourtant, il n’avait rien d’un grand-père. Non, il était aussi vieux que papa.

— Bienvenue chez moi, Line. Mais entrez donc !

La maison était vaste et lumineuse. Rien de comparable à la sienne, bariolée de partout et encombrée d’objets accrochés dans tous les recoins. Ici, les espaces vides étaient rois et les peintures n’étaient que formes brouillonnes qui ne voulaient rien dire. C’était un mélange de formes et de couleurs qui accrochaient le regard pour le perdre dans des questions sans fin. Quelques motifs peints à même les murs servaient peut-être de réponse, ou de code secret. Ils étaient peints en gros traits noirs et formaient pour la plupart des personnages naïfs. Line en avait découvert dans les livres sur l’art primitif africain. Elle adorait les livres sur l’Afrique que Winston lui ramenait de la bibliothèque.

Ils s’installèrent enfin dans le salon. Il était inondé de lumière avec ses canapés de cuir blanc et sa grande table basse en verre épais. Cécile commença à raconter les événements de l’après-midi : l’histoire du tourbillon de sable. Alors, Line revit sa colère se répandre sur l’aire de jeux et lui revenir en plein visage, envahissant de flopées de sable sa bouche et son nez. Elle eut l’impression de suffoquer. Sa respiration devint saccadée, elle toussa comme pour recracher les derniers grains de sable restés coincés dans sa gorge. Cécile s’interrompit et caressa le dos de Line tandis que l’homme s’était levé et revenait déjà avec un verre d’eau. Il repartit aussitôt. Line but avidement, toussant encore et recrachant sur le sol ce qu’elle venait d’avaler. Le docteur revint avec une petite serviette blanche et lui caressa le visage avec, puis la bouche. Le linge était chaud et humide, il avait une odeur d’orange et Line se sentit mieux, instantanément. Il se servit de cette même serviette pour essuyer le sol et posa le linge souillé sur le bord de la table. Ce dernier geste étonna Line. Il avait agit avec calme et simplicité, et semblait avoir anticipé ce qui allait arriver. Line le regarda plus attentivement. Elle décela chez lui une envie véritable de lui venir en aide, de lui offrir une attention précise et spéciale dont elle avait immensément besoin. Ce besoin d’être comprise qu’elle n’avait jamais ressenti jusque-là. Bien sûr, Winston avait toujours été là, Line pouvait compter sur lui mais, cet homme-là ! Line avait l’impression qu’il parlait une langue invisible dont elle entendait l’appel derrière sa façon insistante de la regarder. Il disait : « je t’écoute, Line ». C’était tout, comme le murmure de la rivière, aussi réconfortant que ça. Un immense soulagement l’envahit. Quelque chose l’inondait de l’intérieur. C’était de la confiance.

Cécile cesse de se mentir à elle-même

Cécile vit sa fille se détendre. Depuis sa première rencontre avec Thomas, il y a quelques mois, elle appréhendait le moment où elle devrait lui présenter Line. Même si, au fil de leurs séances, Cécile s’était convaincu que s’il existait une personne capable de les aider, ce serait lui. Chaudement recommandé par Camille, la fille de Winston, Cécile était d’abord allée le voir pour parler de sa fille. Au départ, elle ne pensait pas en venir à parler d’elle-même, de ses troubles de l’enfance, de traumatismes dont elle n’avait jamais pris conscience. Mais, peu à peu, l’évidence s’était imposée : les types de symptômes concordaient. Et, le seul moyen de comprendre ce qui arrivait à sa fille était de livrer ses plus anciens secrets. Cécile s’était tellement battue pour cacher ses horribles obsessions, ses stigmates aussi, aux yeux de tous, qu’il fut très difficile de s’ouvrir à lui. Mais plus ils avançaient, plus ils se rendaient compte qu’elle avait vécu ces engourdissements à la frontière des rêves, ces flottements qui annonçaient la transformation de la réalité. Il était maintenant si simple d’en tirer les conclusions qui s’imposaient : Line lui parlait de ce qu’elle-même avait vécu à son âge. Certes, avec ses mots d’enfant, mais Cécile ne pouvait plus fermer les yeux et avait même une soif de comprendre qu’elle avait toujours refoulée.

« Le besoin de se protéger de notre puissance vous a aidé à survivre. C’était nécessaire. Vous n’avez rien à vous reprocher, Cécile. » Voilà comment Thomas la rassurait. Enfant, elle était persuadée de la réalité de ses songes. Cécile sentait la matière se fondre avec son corps. Elle voyait le dédoublement s’opérer : son petit corps parfaitement immobile, endormi dans son lit, tandis qu’elle-même se déplaçait sans effort en traversant les murs. Très vite, elle rencontra d’autres personnes sous cette forme évanescente. Des personnes qui lui parlaient et la guidaient dans un monde aussi réel que le sien, si sensible aux pensées qu’il se transformait selon sa volonté. Elle se souvenait avoir appris à parler aux choses, aux espaces, à la matière, au point qu’ils pouvaient se modifier selon son bon vouloir. Elle avait aussi visité d’autres pays, appris tant de choses… Avait-elle su faire ça en vrai ? La question était restée en suspens dans sa tête, sans chercher à y répondre vraiment, jusqu’à aujourd’hui. C’est que la peur était restée intacte, depuis le jour où, à son réveil, la réalité l’avait rattrapée. Elle n’avait alors que cinq ans.

Cécile se réveilla dans un lit d’hôpital, une aiguille plantée dans le bras, reliée à des machines, un masque sur le visage. Sa mère, à ses côtés, était en pleur. Elle comprit que ses voyages avaient des conséquences sur sa vie, et que ce n’était pas normal. Depuis ce jour, elle combattit de tout son être le monde des sons et des vibrations qui l’entraînait de l’autre côté du miroir. Quand Line commença à lui parler d’Alice au pays des merveilles, une peur viscérale l’avait envahie. Petite, Cécile s’était, elle aussi, identifiée au personnage de Lewis Carol. Depuis, elle savait que ce récit relatait en partie les hallucinations vécues par l’auteur lors de ses crises. Lewis Carol souffrait d’épilepsie du lobe temporal. Ce ne pouvait pas être un hasard si Line manifestait une véritable obsession pour l’héroïne de ce conte. Elle s’était alors confiée à Camille, la fille de Winston, qui était neurologue. Ensemble, elles avaient débattu de longues heures sur des questions de psychologie et de neurosciences.

La toute première séance à l’air libre

Cécile s’aperçut soudain que Line et Thomas avaient quitté la pièce. Elle les entendait discuter sur la terrasse par la porte vitrée laissée ouverte. Elle se leva. Prise d’étourdissements, elle dû s’appuyer contre le mur avant de les rejoindre. Assis côte à côte sur une des marches du perron, ils étaient face à la mer, lui tournant le dos. La propriété avait un jardin arrière qui s’arrêtait au bord de la falaise et ne possédait nulle barrière. Mais Thomas n’avait pas entraîné Line plus loin que la terrasse. L’étendue d’herbe rase et quelques arbustes épars, permettaient d’admirer l’horizon à perte de vue. C’était d’une beauté à couper le souffle, si calme, si reposant. Au cours de ses visites, jamais elle n’avait soupçonné l’existence de ce havre de paix. Elle se sentait tellement déconnectée, soudain. Décidément, sa fille était au bon endroit.

— Et, tu vois les gens de plusieurs côtés à la fois ?

— Oui, confirma Line, mais je peux aussi les voir à plusieurs endroits en même temps. Quand ils étaient petits, par exemple.

— Ça te fait peur ?

— Non, mais eux ça leur fait peur quand je leur dis. Élise est très fâchée si je lui raconte ce que je vois. Alors, moi aussi je me fâche.

— Toi aussi tu es très fâchée ?

— Bah oui, parce que je vois la colère chez tout le monde. Je déteste ça. La colère, elle rend tout noir et ça j’aime pas du tout. Je veux m’en aller si vite que tout bouge très fort autour de moi. Tout le monde a peur.

— Comme tout à l’heure ?

— D’habitude, ça bouge, mais personne ne voit. Au parc, c’est le sable qui s’est fâché. Il bougeait dans tous les sens, il a attaqué de partout, ça faisait très mal. Je n’ai pas bougé le sable, moi.

— Il t’a attaqué aussi ? Tu as des marques rouge sur le visage, ça fait encore mal ?

— Oh oui, dit-elle en effleurant son visage encore marqué, comme s’il avait reçu de minuscules coups de fouet. C’est pour ça que je n’aime pas le noir, j’avais peur qu’il m’attaque. Aujourd’hui, c’est ce qu’il a fait.

— Tu aimerais apprendre à te protéger, ou à empêcher que ça bouge ?

— Oh oui, j’aimerais beaucoup beaucoup !

J’arrête là cet épisode, bien que j’aurais aimé vous raconter comment le Docteur Jay propose à Line un exercice qui lui permettra de s’ancrer dans la réalité en jouant avec son inconscient. Elle devra s’entraîner chaque soir à se déplacer consciemment en manipulant ses souvenirs à l’aide de son imaginaire. Ensuite, une réunion de famille s’impose. Le groupe se constitue autour du père, Antoine, qui fera office de cerveau, en référence au « groupe », véritable organisme vivant, magistralement orchestré par Álex Pina, le réalisateur de « La Casa de papel ». La suite au prochain numéro…

Cet article vous a plu ? Partagez vos impressions avec la communauté de lecteurs juste en dessous !

Quand le héros bascule, tout le monde bascule

Cet épisode n°6 met en scène l’événement déclencheur, le vrai, l’unique ! La première image qui m’est apparue et qui m’a fait penser : « je tiens un truc ».

Bonjour à tous. J’ai fait l’erreur de laisser passer du temps entre cet épisode et le précédent. Pourquoi ? Parce que je me demandais comment écrire l’histoire de Line en un temps aussi court. Je rappelle aux nouveaux venus (bienvenue à vous !) que « Le projet Line » est un défi : écrire un roman en trois mois. Reste un mois et demi pour la première phase qui consiste à créer l’enfance d’une super-héroïne à la française. Depuis le début de cette aventure, je vous livre un à un des épisodes tirés de mes séances d’écriture (voir ma méthode en 3 clés) et, après mûre réflexion, ça va continuer comme ça, sinon je vais vous perdre. De mon côté, j’accélère le mouvement en anticipant l’histoire et je n’omettrai rien du travail effectué en amont.  L’invention de nos futurs ennemis est en bonne voie, et j’ai hâte de vous les présenter. En attendant, cet épisode n°6 met en scène l’événement déclencheur, le vrai, l’unique ! La première image qui m’est apparue et qui m’a fait penser : « je tiens un truc ».

Dans un roman, le rôle de chaque personnage se transforme au cours de l’histoire

le rôle des personnages
Rappelons que, dans un roman, le superflu n’a pas sa place - photo de Jeff Jacobs

Comme je vous disais, je travaille en amont. L’avantage du travail d’écrivain c’est que, à mes yeux, c’est le plus agréable du monde. Preuve en est, j’ai avancé la structuration de notre histoire et le placement des personnages en regardant la série télé espagnole « La Casa de papel », un exploit en terme de travail scénaristique et de création de personnages. L’épisode d’aujourd’hui met en scène un personnage secondaire qui aura son importance, comme ils le doivent tous. Rappelons que, dans un roman, le superflu n’a pas sa place. Et, pour cela « La Casa de papel » est une bonne leçon d’écriture, j’y reviendrai par la suite. Ici, Élise, la nourrice, a un regard négatif sur ce qui se joue au sein de la famille d’Haranguier. Elle me fait penser à Arturo, un personnage de la série. Arturo, c’est celui qui fout sa merde et passe à travers les mailles du filet. Personne ne voit que c’est lui qui incite les autres à prendre des risques. Sa lâcheté est viscérale, elle le conduit à trahir malgré lui. C’est pour ça qu’il fait pitié. Il prend des responsabilités par moralité. Élise serait apte à jouer un tel rôle, tandis que Victoire, la cuisinière, ressent de nouvelles responsabilités à assumer face aux défaillances évidentes d’Élise.

Inventer une super-héroïne qui rivalise avec les géants américains...

Ça vous tente ?
unique !

Victoire prend conscience qu’Élise est une menace pour Line et, pour une fois, fait preuve de tactique

Élise, l'incarnation du trouble
Le rôle de la nourrice, personnage trouble et inquiétant

Rendre l'aventure fantastique...

Tu me suis, là ?
unique !

Élise avait l’air dubitatif. Victoire n’avait jamais fait montre de sympathie envers elle et c’était bien la dernière personne qu’Élise aurait sollicitée pour lui venir en aide. Mais, si Victoire intercédait en sa faveur, ce n’était pas pour l’aider elle, mais pour protéger Line. Élise se sentait prise au piège dans une toile d’araignée. Tout le monde ici voudra étouffer l’affaire. Elle se ferait sucer jusqu’à la moelle comme la pauvre mouche qu’elle était. Non ! Elle devait trouver de l’aide à l’extérieur mais, Winston avait été très clair : sa carrière serait brisée et elle avec. Ils avaient le bras long ces gens-là. Elle travaillait dans la haute depuis suffisamment longtemps pour savoir que rien ne transpirait hors des murs de leur logis.

— J’imagine, reprit Victoire, que vous trouvez la force de tenir auprès de Dieu.

— Oh, oui, Victoire, si vous saviez !

— Le curé de Saint Jean vous a-t-il donné des conseils éclairés ?

— Oh, oui, enfin, je veux dire… je n’ai… je n’en ai parlé à personne, non.

Victoire, sous ses airs compatissants, guettait la mine défaite de la nourrice dont les joues rosissaient derrière le mensonge qu’elle tentait de défendre. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, comme ceux d’un veau qu’on mène à l’abattoir.

— C’est bien, l’encouragea Victoire. Le curé de Saint Jean est un homme avisé.

— Non, ce n’est pas lui…

— Qui donc, alors ?

— C’est-à-dire… je n’en ai parlé à personne.

— Quel que soit la personne à qui vous vous confiez, il est important d’avoir une oreille bienveillante à vos côtés.

Élise se leva avec difficulté, s’accrochant au dossier de sa chaise, elle sentait le sol se dérober sous ses pieds. Elle s’était trahie ! Accablée par les visions cauchemardesques de son propre destin, elle avait envie de vomir.

— Excusez-moi, balbutia-t-elle, je ne me sens pas bien. Elle se traîna vers les escaliers pour rejoindre sa chambre.

— Laure, cria Victoire.

Une jeune fille accourut aussitôt dans la cuisine.

Allez trouver Élise, j’ai peur qu’elle ne fasse un malaise.

— J’y vais !

Victoire réfléchissait au nombre de paroisses potentielles où Élise était susceptible de se rendre pour sa prière dominicale et s’étonna de ne jamais s’être posée la question. Line se réveilla alors que la maison était plongée dans un profond silence. Les yeux gonflés d’avoir tant pleuré, elle fixait Victoire avec intensité.

— Comment te sens-tu ma douce ?

— Est-ce qu’il a pris le chat ?

— Non, ma douce, le pauvre petit bonhomme est parti en courant complètement dévasté.

— C’est quoi, dévasté ?

— Il était effrayé, Line. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je voulais aider la chat, je voulais qu’il ait un lion qui défend le chat. Un gros papa qui défend le chat.

— Un lion ?

— Oui, un lion qui défend ses petits. Il n’a pas le droit de faire du mal à Monsieur chat.

— Oui, je comprends, Line, mais comment ?

J’étais le lion, c’était moi le lion.

Victoire ne sut que répondre. Elle n’osa pas prendre les paroles de Line au sérieux, de peur d’avoir l’air contrarié.

— Tu as fait peur au garçon, très peur même.

— C’est pas ma faute, c’est le chat qui m’a montré et je voulais l’aider, j’ai…

— Oui, ma douce, je t’écoute.

— J’ai voulu que le lion vienne.

— Tu peux faire le lion pour me montrer ?

Line regarda Victoire d’un air surpris.

— Mais, je ne fais rien, moi. C’est le lion qui vient. Moi, je ne suis plus là, je le laisse être… moi.

Cette fois, Victoire ne pu cacher son inquiétude. Elle sentit les traits de son visage se crisper. Et Line s’en aperçut, bien sûr.

— C’est pas ma faute ! Répéta-t-elle au bord des larmes.

— Non, évidemment, Line. Je te crois, je comprends…

— Non, tu comprends pas ! cria-t-elle en se tortillant pour se dégager au plus vite des bras de la cuisinière. Tu comprends pas ! hurla-t-elle en sortant dans le jardin.

Victoire regarda Line rejoindre le chat dans le jardin. Il fallait prendre les choses en main, trouver de l’aide. Une vague d’angoisse lui serra la poitrine. Qui peut bien comprendre ce genre de phénomène ? Elle pensa à Camille, la fille de Winston et Victoire comprit soudain qu’elle était peut-être la seule à ignorer  ce qui arrivait réellement à cette chère petite. Finalement, l’idée que Line était déjà bien entourée lui redonna de la vigueur. Elle alla s’enquérir de l’état d’Élise et croisa Cécile qui revenait de son rendez-vous du vendredi. Depuis quelques semaines, elle allait à un rendez-vous mystère. Ce n’était pas dans ses habitudes. Depuis la naissance de Line, elle mettait un point d’honneur à être joignable à chaque instant, annonçant ses déplacements à tous les gens de la maison, son planning bien en évidence sur le tableau de l’entrée. Mais, depuis environ un mois, son escapade du vendredi matin restait case blanche.

— Bonjour Victoire, tout va bien ?

— Élise a fait un malaise, j’allais justement voir comment elle allait.

— Oh, c’est ennuyeux ça ! Où est Line ?

— Dans le jardin avec un chat.

— Quelle horreur ! Comment pouvez-vous la laisser seule avec un animal aussi dangereux et plein de parasites ! Elle risque d’attraper une maladie. C’est tout à fait inconscient.

— Monsieur d’Haranguier n’a pas semblé le lui interdire. J’ai pensé que c’était une bonne chose.

— Vous plaisantez ?

— Madame, savez-vous où Élise se rend à l’église ? demanda Victoire sans relever sa remarque.

— Oui, je crois bien que oui, vous pourriez l’interroger vous-même. Je crois qu’elle se rend à Guétary, l’église Saint Nicolas si ma mémoire est bonne. Pourquoi cette question ?

— Pour rien, madame.

— Allez voir Élise, je m’occupe de Line.

Victoire croisa Clara, la jeune femme de chambre, entre deux étages.

— Alors, comment va-t-elle ?

— Ma fois, je ne sais pas trop, ça a l’air d’aller puisqu’elle m’a intimée l’ordre de sortir de sa chambre. Elle était dans son cabinet de toilettes. Je ne l’ai pas vue.

Victoire frappa plusieurs fois à la porte d’Élise avant d’obtenir une réponse. Lorsqu’elle s’annonça, Élise ouvrit enfin. Pâle comme un linge, elle dévisagea Victoire, puis retourna s’asseoir sur le bord de son lit.

— Cécile m’a dit que vous allez à l’église Saint Nicolas, à Guétary. Vous avez discuté de Line avec le curé ?

Victoire avait décidé de ne pas y aller par quatre chemins. L’état d’Élise serait peut-être la seule ouverture pour parler franchement. La nourrice acquiesça, comme vaincue.

— Vous a-t-il donné des conseils judicieux ?

— Je crois que oui. Il pense que je dois accepter la mission que Dieu m’a confiée.

Ça m’aurait étonnée, pensa Victoire.

— Vous a-t-il proposé son aide ?

— Il me soutient dans cette épreuve et me demande d’être patiente, que le jour viendra où je serai récompensée de mon sacrifice…

— Mais, au sujet de Line, l’interrompit Victoire d’un ton agacé. Je veux dire, se reprit-elle, que pense-t-il de Line ? Que lui avez-vous dit ?

— Eh bien, je lui raconte comment Line entre dans mon esprit… il y a certaines pensée, parfois, je me demande si ce sont vraiment les miennes ou si c’est Line qui les induit en moi. Je lui explique qu’elle devine des choses qu’un être humain ne peut deviner qu’en sondant notre esprit.

— Et qu’en pense-t-il ?

— Il refuse de tirer des conclusions hâtives…

Victoire retint son souffle.

Il pense possible qu’elle soit possédée.

— Qu’est-ce qu’il préconise ? demanda Victoire en contenant difficilement sa colère.

— D’être patient. J’ai peur, Victoire, avoua Élise d’une voix faible. Je prie chaque jour pour que Dieu me donne la force de continuer.

— Nom d’une pipe ! ne pu s’empêcher de s’exclamer Victoire. Nous devons en parler à Winston.

— Oh, il ne fera rien. Il me tient, Victoire ! Tout ce qui l’intéresse, c’est de me faire taire.

Victoire réfléchit une minute. Soudain, elle comprit que Winston devait déjà être au courant de tout. Le connaissant, il avait peut-être même prit contact avec le curé de Guétary. Il n’était pas homme à laisser place au hasard. Cécile passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte tout en frappant avec discrètement.

— Je ne dérange pas ?

— Non, madame, absolument pas. Entrez, répondit la nourrice en faisant mine de se lever.

— Avez-vous besoin que j’appelle le médecin, Élise ?

— Non, madame, ça ne sera pas nécessaire. Encore quelques minutes et tout ira bien.

— Reposez-vous donc. Je m’occuperai de Line cet après-midi.

— Oh, certainement pas ! Je vais bien, je vous assure.

— En ce cas, allons faire un tour au parc ensemble. Prendre l’air vous ferait-il du bien ? Nous prendrons ma voiture, qu’en dites-vous ?

— Je vous remercie, oui, c’est une bonne idée, mentit Élise.

— Ne bougez pas. Je prépare les affaires avec Victoire et reviens vous chercher.

Cécile et Victoire quittèrent la pièce et descendirent au rez-de-chaussée.

— Pensez-vous qu’Élise a besoin de congés, Victoire ?

— Je ne sais pas, madame d’Haranguier. C’est bien possible mais, elle ne l’admettra peut-être pas.

— Vous avez raison, je vais devoir en discuter avec elle. Il faudrait chercher quelqu’un pour la remplacer, ce qui n’est pas chose facile. De plus, Élise habite Perpignan. Il lui faudrait un congé d’au moins deux semaines, peut-être plus. Nous devrons prendre des mesures. Et puis, ce ne serait pas un mal de trouver quelqu’un de remplacement pour les coups durs. Je vais appeler l’agence demain.

Cécile se révèle sous nos yeux, bien plus secrète qu’il n’y paraissait

Quand un événement déclencheur scelle le destin d’un héros, prenez bien conscience qu’il n’est pas seul à être entraîné dans la tourmente, à transformer son état d’esprit et à endosser un nouveau rôle. C’est souvent tout un groupe qui voit sa vie basculer. Et n’oublions pas que, en face, le groupe adverse réagit. Pour la deuxième partie de l’épisode 6, c’est la mère de l’enfant qui va endosser le costume. On la pensait effacée, loin des préoccupations quotidiennes d’une mère pour sa fille mais, finalement, nous la voyons se transformer d’un coup sous nos yeux.

naissance d'une mère
Naissance d'une mère - Photo de piepie

C'est quoi son nom, déjà ?

LINE D'HARANGUIER
unique !

Cécile avait laissé Line en compagnie de Guilhem. Guilhem est jardinier de métier. Chargé de garder la maison familiale en leur absence, il s’occupe des travaux nécessaires à son entretien. C’est lui le gardien de l’antre, depuis très longtemps. Cécile ne savait pas exactement depuis combien de temps il était au service des d’Harranguier, mais elle savait qu’il avait toute la confiance d’Antoine. Il s’était installé dans le pigeonnier qu’il avait complètement rénové pour faire de cet endroit un petit paradis où Line adorait passer du temps. Guilhem réalisait des maquettes de bateaux et d’avirons, et confectionnait des miniatures de toute sorte, allant de la chaise en bois, des chaussures et des instruments de musique, jusqu’aux horloges anciennes. Un véritable artiste ce Guilhem. Il se tenait à l’entrée de son logis, fabriquant une cabane pour le chat. Cécile s’était laissée convaincre par sa fille qu’un chat pouvait bien vivre dehors sans déranger personne et Guilhem s’était engagé à le conduire chez le vétérinaire pour en faire le nécessaire ; il s’occuperait personnellement de l’intrus et de ses parasites. Rassurée, Cécile avait accepté le marché. Guilhem avait dégoté des planches qu’il sciait déjà à la bonne mesure. La minuscule maison prenait forme au grand plaisir de Line.

— Nous allons partir au parc, Line.

— Mais, la cabane…

— À la vitesse où ça va, elle sera prête quand nous partirons. Je reviens te chercher quand nous serons prêtes.

Quelques heures plus tard, Élise avait retrouvé des forces et profitait du soleil de mars, assise sur une couverture qu’elles avaient étalée sur l’herbe de façon à admirer la mer. L’aire de jeux n’était pas très grande mais présentait l’immense avantage d’être située sur la colline Sainte Barbe, promontoire rocheux où s’étalait devant leurs yeux toute la beauté de la baie de Saint Jean de Luz. Line avait insisté pour prendre son attirail de « prospecteur », mot qu’elle avait récemment appris et qui faisait galoper son imagination vers des contrées froides et obscures où les plus grands trésors étaient à sa portée.

Maman, je peux aller jouer au sable ?

— Ne bougez pas Élise, je l’accompagne.

Élise allait protester mais Cécile s’était levée et partait déjà avec sa fille armée de son équipement de fouille. Le bac à sable se trouvait à moins de cinq mètre de leur installation ; Élise pouvait les surveiller à loisir sans pour être responsable des agissements de la fillette. Elle éprouvait pourtant une certaine angoisse dans son rôle d’observatrice. D’autres enfants jouaient dans le sable et, dès que Line était à proximité de ses congénères, il se passait toujours quelque chose.

Élise se remémorait le pire moment vécu dans ce même parc. Un ballon arrivait droit sur Line. Il fonçait comme un bolide ; il allait forcément heurter son dos ou son crâne. Mais, il stoppa net alors qu’Élise était sur le point de réagir avant le point d’impact. Il rebondit plusieurs fois à quelques centimètres de la gamine qui ne semblait s’être aperçue de rien. Élise vit pourtant que Line avait cessé d’effeuiller les pétales de sa fleur (activité que Lise affectionnait par-dessus), son regard perdu dans le vide et ses mains en suspens. Le ballon rebondit une fois, deux fois, trois fois et, tout à coup, se propulsa dans la direction inverse, avec l’élan d’un tir au pied. Il frappa de plein fouet le garçon qui, visiblement, l’avait lancé et courait vers elles pour le récupérer. L’enfant se le prit en plein visage et s’étala par terre en hurlant. Élise était médusée mais se dit aussi qu’il valait mieux ne pas traîner dans le coin. Line reprenait déjà son effeuillage sans s’être retournée une seule fois. Les adultes affairés autour de la victime jetaient des regards inquisiteurs dans leur direction. Ils pensaient forcément qu’elle était coupable. Comme s’il lui était un jour arrivé de relancer un ballon ! Elles s’éclipsèrent sans faire d’histoire et, depuis ce jour, Élise évitait les parcs préférant se promener avec Line au bord de la rivière que la petite adorait, dans des lieux isolés ou au contraire très peuplés, évitant au maximum tous les espaces dédiés aux enfants.

La scène qui te fait penser que “tu tiens quelque chose” avant même d’écrire le roman

l'élément déclencheur du roman


Line n'est pas seule...

Suis-nous !
unique !

Elle voyait Cécile sur l’un des rares bancs placés à bonne distance de l’espace de jeux, comprenant des balançoires et un grand bac à sable. Elle savait que Cécile n’aimait pas ce genre d’endroits remplis de saletés et de microbes, et qu’elle devait faire un effort pour supporter voir sa fille s’y vautrer. Elle tapotait furieusement sur son téléphone, évitant à dessein de regarder Line qui entamait méthodiquement l’excavation d’un cratère. Élise s’en inquiéta mais n’osa les rejoindre de peur de paraître impolie. Comme la majeure partie des enfants présents jouaient près des balançoires, le bac à sable était quasiment désert. Seules deux autres fillettes se trouvaient près de Line. Élise vit l’une d’elles se rapprocher pour lui dire quelque chose. Elle avait un petit râteau à la main qu’elle commença à gratter sur les bords du trou, qui était suffisamment grand pour que Line ait pu s’installer dedans.

Le cœur d’Élise cessa de battre. Line s’était levée et arrachait le râteau des mains de la gamine qui cherchait déjà à lui reprendre. Élise jeta un œil à Cécile toujours absorbée par son écran. Elle se leva immédiatement, sentant la catastrophe arriver, et se précipitait vers l’espace de jeux. À peine s’était-elle mise en mouvement qu’un tourbillon de sable se souleva autour des deux fillettes. Cécile leva enfin les yeux vers sa fille et se rua sur elle. Élise courait aussi vite qu’elle pouvait mais, lorsqu’elle arriva à leur hauteur, le soulèvement de sable avait pris des proportions irréelles. Elles étaient littéralement soumises à un champ de force, comme prises dans une tempête de sable. D’autres parents s’étaient lancés dans le tourbillon aveuglant, fouettant la peau avec une violence inouïe. Des cris affolés parvenaient maintenant aux oreilles d’Élise, malgré le sable qui s’infiltrait partout ; il s’introduisait dans le nez et dans la bouche. On pouvait à peine ouvrir les yeux !

Cécile s’était déjà échappée du terrain. Élise les rejoignit aussitôt et comprit que Cécile avait instinctivement cherché à calmer la colère de sa fille, avant même, peut-être, d’en comprendre les corrélations avec le phénomène dont ils étaient victimes. Cécile avait-elle saisi que sa fille en était responsable ? Le tourbillon se calma d’un coup, faisant retomber le sable dans toutes les directions. Le bac était pour ainsi dire vidé de son contenu, touchant le reste du parc. On aurait dit un champ de bataille. Cécile ne fit aucun cas d’Élise. Elle serrait sa fille dans ses bras et courut jusqu’à leurs affaires. Là, elle chercha Élise du regard et, quand elle la vit, elle attrapa son sac et lui ordonna de s’occuper de ramener le reste. Cécile disparut sans autre explication, laissant la nourrice en plan.

La transformation d’un personnage clé commence

Cécile avançait d’un pas sûr, tenant fermement sa fille dans les bras, le sac en bandoullière. Elle avait une expression déterminée, son doux visage durci par la colère, les sourcils  froncés et les lèvres pincées. Elle marchait vite et sentait les soubresauts de Line qui pleurnichait. Cécile ne disait rien, regardant droit devant, s’agrippant à la gamine comme si elle pouvait lui échapper. Arrivée à la voiture, elle installa Line sur le siège enfant, l’harnachant avec une dextérité inhabituelle, et, refusant de jouer le sempiternel conflit d’égo au moment de l’attacher à l’arrière, elle la regarda droit dans les yeux.

— Line, je suis là, je sais ce qui t’arrive, n’aie pas peur, je suis là, dit-elle d’un ton assuré. D’accord ?

La petite resta muette, dévisageant sa mère les yeux ronds, emplis d’émotion, que ses mots semblaient pénétrer d’une lueur d’espoir.  Cécile referma doucement la portière, prit une grande inspiration, s’installa au volant et posa son sac sur le siège passager avant d’en sortir son portable.

— Docteur Jay ? J’ai besoin de vous voir immédiatement. Bien sûr que non, sinon je ne vous appellerais pas ! Je suis avec ma fille, c’est maintenant… D’accord, je suis chez vous dans un quart d’heure.

 Le docteur Jay est un personnage dont les contours restent flous. Dans les prochains épisodes la notion de groupe se précise. J’y travaille suite à mon analyse de la série « La Casa de papel », dont je vous ferai un compte rendu prochainement. Le rôle des personnages et l’évolution de leurs interactions est passionnante. Le positionnement d’un groupe d’appartenance s’opère face à un ennemi dont je dessine les contours en m’inspirant d’un de mes romans favoris : « Malhorne », de Jérôme Camus.

Cet article vous a plu ? Partagez vos impressions avec la communauté de lecteurs juste en dessous !