Comment l’artiste copie et pourquoi ?

Je vais aborder ici la question de l’artiste copieur, l’artiste voleur. Pourquoi ? Pour alimenter notre réflexion sur la création, en écho aux polémiques sur les humoristes français qui volent les sketchs des autres. Que peut-il se passer dans leur tête ?

Ces imitateurs n’ont peut-être pas trouvé leur place dans l’univers artistique – Photo de Colin Behrens

L’humour noir du profit

Salut tout le monde ! Je vais aborder ici la question de l’artiste copieur, l’artiste voleur. Pourquoi ? Pour alimenter notre réflexion sur la création, en écho aux polémiques sur les humoristes français qui volent les sketchs des autres. Que peut-il se passer dans leur tête ? Prisonniers d’un système où je refuse de les enfoncer plus encore, je dirais plutôt qu’ils sont pris dans les filets de ceux qui se servent d’eux pour asseoir leurs profits (on en est tous plus ou moins là).

Tout artiste copie. Alors pourquoi ces imitateurs, ces voleurs de sketchs, mériteraient-ils tant de mépris ? Sont-ils des artistes ? Peut-être ne le sauront-ils jamais eux-mêmes. Le milieu socio-économique où ils développent leur « art » ne nourrit peut-être pas leur passion.

CopyComic, le vengeur masqué

Dans le milieu du show business, l’artiste est enrôlé dans la machine. Peut-être qu’il est humainement impossible de produire à tout va, d’être drôle à toute heure et de supporter les impératifs de rendement. Malheureusement, et de tous temps, plus le public se complait dans l’ignorance, plus il est pris pour un boeuf. La création ne se base pas sur une source d’inspiration infinie. Même pour les génies, le labeur est de rigueur.

La passion de l’imitateur

Ah, la passion ! Celle qu’a l’artiste de s’inspirer de tout et de tous, du moindre détail rencontré au détour d’un rayon de soleil qui éclaire une scène ; d’une parole étonnante qui devient fantastique ! Il n’est jamais très facile d’installer dans nos vies cette recherche profonde que la magie dirige vers les rencontres les plus essentielles.

Alors, ces imitateurs ont-ils trouvé leur place dans l’univers artistique ? Qui sait, l’idée de « prendre » les séduit peut-être sous la pression du rendement ? Et il y a ceux qui brandissent leur carte d’interprète ! Ignorer ce qu’il y a dans la soupe permet de la servir avec le sourire. Tout le monde sait ça, non ?

Je défends ici la réalité sociale de l’artiste. Quelle qu’elle soit, sachez que la frénésie de sa quête le pousse vite à chasser, bien plus qu’à voler. Car s’il n’arrive à créer, la passion le dévore. Il en va donc de sa survie de se nourrir de lui-même et bien souvent des autres. Les plus grands artistes, Picasso, Shakespeare, n’ont pas lésiné !

L’artiste est un cannibale qui vous invite à table !

Peut-être que nos humoristes perdus n’ont pas été initiés à ce secret honteux. Oui, l’artiste est un cannibale qui vous invite à table ! Des mets bien choisis, cuisinés d’intentions, pour être enfin servis. 

L’exercice a pour sens de se trouver, de se goûter, et de transférer la saveur humaine au centre de nous-mêmes. L’imitateur imité perd le goût authentique et ne peut s’y retrouver. Puisque tout artiste, au final, puise au centre de son être le goût de son humanité.

J’ai vraiment à cœur de vous faire découvrir comment la lecture et la vie me permettent d’écrire. Vous révéler ainsi mes pratiques cannibales. Et c’est pourquoi je vous dis tout ça. J’ai publié un premier texte qui ouvre l’écriture en ligne de « La Main Invisible », mon roman d’aventure, et futur best-seller (j’y crois plus que tout). Et mon intention est de vous en livrer les secrets !

Grand mangeur, l'artiste se nourrit d'humain - Photo de Shane Foren

Comment je copie et vous le sers en dessert

Ce n’est pas un travail linéaire, l’écriture d’un roman. Je sais, vous vous dites, un écrivain est absorbé par le déchaînement frénétique des chapitres qui se déversent sur la feuille à une allure démente. Absolument, les séances d’écriture dont je parle dans mon bonus présentent de tels ressorts. Certes, un écrivain qui baigne dans l’antre de l’inspiration est une image réelle (bien qu’éphémère). Tout autant que celle où il fume du bulbe.

Car le roman se construit tout de même comme un puzzle. C’est, le plus souvent, un assemblage, une fabrication qui nécessite des matériaux, des matières premières et de l’ingéniosité. Eh oui ! Faut juste bosser proprement et avec force conviction, c’est tout. C’est long, passionnant, et aussi difficile que devenir le meilleur maçon de France. Parce que moi, mon best-seller, je le veux !

Dans mon prochain article, je dévoilerai donc comment je copie. Bien sûr que je copie ! Et je veux vous expliquer comment. Comment je me sers de la lecture d’un livre pour identifier mon propre personnage. Il s’agit du livre d’Anne Sibran, « Enfance d’un chaman ».

L’artiste cherche au-delà des convenances

Mon héroïne s’appelle Mia, et Anne m’offre l’occasion de connaître le grand-père de Mia.

Bah oui, je trouve que le chaman d’Anne est parfait pour ce rôle. Mais, je dois vous dire qu’en réalité je ne me l’approprie absolument pas, je l’intègre par contre entièrement à mon imaginaire.

Il existe bel et bien désormais dans la réalité de Mia. Je dirais que c’est plutôt comme ça qu’un artiste opère, la quête est réelle, la restitution est imaginaire. Mais, sans remord, on en goûte la chair. L’éthique du cannibalisme artistique est ancienne et codifiée. Elle se transmet en silence.

Le lecteur s’y perd avec délectation. Mais, si l’artiste s’y perd, c’est qu’il n’a pas été jusqu’au bout — il n’a pas su trouver qui il était, ni comprendre d’où lui venait son intention.

Et pour ces pauvres humoristes pris la main dans le sac, je dirais qu’ils ont été pressés par la bienséance. Et puis, c’est un peu dégueu de se trouver soi-même. Vous ne pensez pas ?

La poésie se nourrit de tout, rien ne lui est interdit. Voici le livre que j'ai volé

La mise à nu d’une copieuse

Maintenant que j’ai mis tout cela au clair, je vous embarque dans la phase de création. J’ai concocté pour vous un article qui dévoile comment je m’inspire, comment je m’imprègne, comment j’imite et je vole l’écriture d’Anne Sibran — qu’elle a volé elle-même à un chaman, en pleine jungle équatorienne. Alors, vous pourrez ainsi juger si ces termes ont le même sens au cours d’un travail d’inspiration créatrice.

En effet, à la lecture de ce livre, j’ai découvert un matériau d’imprégnation formidable pour intégrer mon personnage, Mia. Enfant, elle vivait elle-même en pleine forêt, hors du monde civilisé. Anne Sibran a rencontré son grand-père. Un truc de dingue ! Jugez de la peine encourue pour avoir volé un grand-père ! Cliquez ici pour recevoir en prime time cette indiscrète confidence* : la pure et dure réalité de l’artiste en émoi. C’est l’âme d’une copieuse mise à nu.

L’enfant des forêts

Chaque matin, la forêt s’éveillait au rythme d’un soleil envahissant, qui pénétrait sous les arbres, aussi agité qu’un singe. Chez elle, jamais la forêt n’aurait accepté ses caprices.

Les guerrières de Timika

Mia était accroupie entre deux buissons de ronces, le regard concentré sur les feuilles mortes grouillant de vie. Elle avait repéré le mouvement d’un campagnol et surpris une colonie de fourmis passant à proximité du trou où l’animal se volatilisa.

La file ininterrompue, bien que microscopique, lui rappelait le jour où sa grand-mère, la mère de sa mère, avait parlé à une colonne de guerrières qui traçaient leur ligne de front sur le sentier dont ils se servaient chaque jour pour sortir du village.

Timika leur parla si doucement, si gentiment, pour les prévenir d’éviter les dangers de ce chemin-là, que Mia était restée les observer, des heures durant, réorganiser leurs mouvements pour changer de trajectoire. Chez elle, les fourmis étaient bien plus impressionnantes.

Celles-ci étaient si petites, presque invisibles, que Mia se demandait comment leur parler. Une fascination mêlée d’une traînante et évasive nostalgie s’empara de son désir de vivre.

Les enfantillages du vent

Dans ce territoire étrange, où la froideur de l’air avait quelque chose de spectral, elle se sentait complètement abandonnée. L’esprit de la forêt qui l’avait vu naître, cet esprit qu’elle avait appris à écouter, à qui elle se fiait en toutes circonstances, et dont dépendait la survie de tous, s’était effacé devant le brouillard des nuits.

Mia se heurtait désormais aux tourments de l’air qui n’en faisait qu’à sa tête. Et cette nouveauté l’effrayait. Chaque matin, la forêt s’éveillait au rythme d’un soleil envahissant, qui pénétrait sous les arbres, aussi agité qu’un singe. Chez elle, jamais la forêt n’aurait accepté ses caprices. Mia soupçonnait la complicité de l’air.

Aussi volage qu’un oiseau, aussi folâtre qu’un papillon, si frêle et léger, il n’obéissait pas à la forêt. Malgré tout, Mia prêtait attention à cet enfant indiscipliné, dont les humeurs changeantes provoquaient les brumes ensorceleuses. Mia s’était mise à épier le vent, différencier chaque son qu’il soulevait de terre.

Et lorsqu’il sautait de branche en branche, elle osait jouer avec lui. Le vent était devenu son ami. Mia sentait à la fois la tristesse de son cœur abandonné dans ses larmes nocturnes, et une pleine envie de vivre, d’explorer ce nouveau monde. Tout y était chétif, nu, pâle même, et plus vide que jamais. La vie naissait plus craintivement ici.

Les puissances évanouies

Chez elle, la forêt commandait. Si puissante, qu’elle pouvait écraser n’importe quel être à tout instant ! Il était obligatoire de lui demander son avis. Sinon, tu te faisais engloutir. Apaiser le vent et soumettre le soleil, voilà de quoi les arbres étaient capables chez elle !

Ici, cette force invincible n’existait plus et Mia se sentait vulnérable. Elle regardait le petit trou, imaginant, enfoncé dans la terre, le nid de l’animal ; reconstituant les galeries qui menaient jusqu’à lui. Qu’avait-il dit aux fourmis pour qu’elles contournent le chemin d’accès à sa maison ? Mia ne connaissait pas le langage de cette forêt-là.

À sept ans, elle devait apprendre de nouveaux langages. Encore. Sa mère avait passé son temps à lui faire apprendre des langues, le brésiliens, le serbe et l’anglais, en amenant au village de jeunes étudiantes qui s’installaient plusieurs mois durant pour lui apprendre la parole des autres peuples.

Aujourd’hui, arrachée à sa vie depuis si peu de temps, Mia insensibilisait sa peine à l’observation des insectes. Baka la laissait ainsi des heures se vider la tête pour l’emplir de questions nouvelles.

Amazônia, um mundo irreal, feito de águas sombrias, de ramagem intricada e selvática, crédito: Viramundo e Mundovirado

— Mia, souffla Linika à quelques pas de la petite occupée à observer le va et vient des fourmis. Veux-tu venir cueillir des myrtilles avec moi ?

— Qu’est-ce que c’est des myrtilles ?

— C’est comme de l’açaï

— On pourrait en faire du jus ?

— Oui, ou une tarte, et c’est ce que nous allons faire.

— Comment sais-tu qu’il y a des…

—Des myrtilles. J’en ai repéré…

— Je n’ai pas envie d’y aller.

— Tu as peur ?

— Oui, tout me fait peur ici. Tout est différent. Ça ne ressemble pas à ma forêt. Je crois qu’il y a beaucoup de fantômes, ici.

— C’est possible. Mais, ensemble, nous apprendrons à les connaître et à nous en faire des amis.

— Comme le faisait mon grand-père ?

— Pas forcément, nous n’avons pas besoin d’aller les voir chez eux. Nous pourrions juste leur faire signe, leur faire comprendre qu’on ne les dérangera pas. Et je te promets qu’ils nous laisseront vivre tranquilles.

— Baka, je ne veux pas vivre ici.

— Mia, ma douce, ce n’est que provisoire. Je te promets que nous ne resterons pas longtemps ici.

— Promis ?

— C’est promis ma douce.

Les myrtilles se cachaient derrière des lierres d’une telle envergure qu’il fallait avoir l’œil aguerri pour les découvrir. Finalement, Mia entra dans sa nouvelle demeure avec moins de tristesse qu’à son arrivée. Les hommes qui les avaient conduites jusqu’ici reviendraient demain avec du matériel, pour réparer cette vieille maison perdue dans cette forêt inconnue, qui ne ressemblait en rien à celle qu’elle avait quittée si précipitamment. Ni singe, ni tapir, ni sumauma gigantesque dont les contreforts protégeaient tout le village. Mia était seule, complètement seule. Elle avait rarement vu sa mère mais, cette fois, elle comprenait qu’elle ne la reverrait peut-être jamais. Le plus dur était d’avoir quitté tout ce à quoi elle se raccrochait depuis sa naissance. À sept ans, Mia n’avait plus aucune attache.

C’est quoi le problème avec votre roman ?

On ne le répétera jamais assez, pour écrire un roman, il faut écrire. Mais, dit comme ça, c’est flou et improductif au regard de tous ceux qui peinent à comprendre pourquoi « ils n’arrivent pas à avancer ». Leur peine est une impression troublante, voire déprimante. Ne cherchez pas plus loin, ils ont le « baby blues ».

L'aveuglement - Photo de Angel Hernandez

On ne le répétera jamais assez, pour écrire un roman, il faut écrire. Mais, dit comme ça, c’est flou et improductif au regard de tous ceux qui peinent à comprendre pourquoi « ils n’arrivent pas à avancer ». Leur peine est une impression troublante, voire déprimante. Ne cherchez pas plus loin, ils ont le « baby blues ». Cherchant désespérément celui ou celle qui les conduira vers une solution, même provisoire, ils oublient d’alimenter le feu de leur passion, et se perdent dans des méthodes de « travail » (ou d’éducation) qui ne les régénèrent pas. À tous ceux-là je dirais deux choses essentielles :

Silence, on tourne !

Pour arriver au bout d’une histoire il n’y a aucune autre solution que d’écrire. Alors, mettez en place un système quotidien de séances alléchantes, vivantes et ultra personnelles. Je les appelle fort simplement des séances d’écriture (je vous donne la recette dans mon bonus cadeau, c’est par ici !) ; un lieu symbolique qui devient avec le temps un univers entier, comme si vous étiez un metteur en scène et que vous placiez là le personnage de l’écrivain. Cette séance deviendra non seulement une bouffée d’oxygène pour l’écrivain que vous désirez devenir, mais aussi la plateforme de production indispensable à l’acheminement de votre œuvre. Il n’y a aucune autre solution que celle-ci, tenez-vous le pour dit !

placez le personnage de l'écrivain
Entrez en scène - Photo de Gerd Altman

Faites de la place !

La deuxième chose essentielle à associer à la première, c’est de constituer autour de cet acte quotidien et salvateur un système. Toute entreprise, quelle qu’elle soit, ne peut aboutir sans que son auteur n’ait une connaissance solide du système dans lequel elle évolue. Si vous vous dites que les choses se compliquent et que vous ne serez pas capable de venir à bout de cette partie du travail, qu’à cela ne tienne ! Mettez en place vos séances sans vous soucier du reste. Et, lorsque votre histoire aura pris la place qu’elle mérite dans votre vie, vous songerez à la nécessité de lui faire une place dans notre société.

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Créez un système à intégrer dans la société -Alexas_Fotos

Fondez une famille

C’est comme lorsqu’on devient parent. Nous sommes confrontés à tant de questions, qu’à chaque jour suffit sa peine. Tant de questions pratiques mettent en lumière notre ignorance, qu’elles nous incitent à la réflexion sur notre rapport aux autres et à nous-mêmes. Seules nos séances d’écriture parviennent à créer ce positionnement de nouveau parent. Nous sommes confrontés de plein fouet à notre propre enfance, à ce vécu enfoui et encore mal intégré.

Apprenez-lui à parler

Si je fais l’analogie entre un enfant et un roman, ce n’est pas pour sortir un bel effet de style. C’est au contraire plus vrai que nature. Pondre une histoire se passe bien souvent dans la plus stricte intimité avec nous-mêmes. Mais, une fois qu’elle est sortie, un travail énorme reste à faire. Si l’enfant, dans notre société, bénéficie de structures éducatives déjà en place, il en va finalement de même pour votre histoire mal dégrossie. Avant qu’elle ne soit en âge d’entrer en rapport avec les autres (le système de diffusion et les lecteurs en bout de chaîne), vous devrez effectuer un long apprentissage, difficile mais passionnant.

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Pondre une histoire se passe bien souvent dans la plus stricte intimité avec nous-mêmes - dessin cdd20

Apprenez-lui la sociabilité

L’éducation est un parcours d’épreuves qui oblige le parent à apprendre à s’apprendre. Vous passerez par la compréhension de ce qui vous anime. Vous chercherez les éléments qui vous manquent encore pour délivrer le message que porte votre histoire. Vous étudierez un système économique qui donnera un sens à ce que l’enfant a à dire. Au final, la création d’un système de diffusion d’une œuvre littéraire est en tout point comparable à la création d’un système de parole chez l’enfant. L’un comme l’autre nécessite un soutien inconditionnel de votre part et une interaction constante avec le reste de la société.

Créez un système de parole - Photo Libellule 789

Acceptez vos responsabilités

La peur d'assumer le devenir de votre oeuvre pourrait bien vous priver de votre rêve

Toutes ces questions pratiques sont bien l’œuvre d’une éducation à part entière. Et vous n’y parviendrez qu’en prenant conscience de votre responsabilité d’auteur (ou de parent). Il s’agit bien d’accompagner le devenir de cette œuvre (ou de cet enfant). Et cela s’apprend. Oui, vous passerez par des étapes encore nombreuses que les méthodes proposées dans les livres et les formations, cette fois, vous aideront à passer. Alors, tenez-le pour acquis, la méthode miracle pour écrire un roman c’est d’écrire, écrire et écrire, écrire et écrire encore. Que vos séances d’écriture soient quotidiennes ou hebdomadaires, je peux vous assurer que vous serez témoin d’un véritable miracle : vous serez devenu l’auteur d’un projet d’écriture !

Persistez dans la compréhension du système

la paternité
Apprenez à assumer votre paternité - Photo de Mila Novikova

Témoin ahuris d’un tel prodige, vous n’aurez d’autre choix que d’éprouver de la fierté. Malgré tous les reproches que vous trouverez à vous faire. Ensuite (ou parallèlement à ce miracle) vous aurez envie de comprendre comment éduquer votre œuvre. Bien-sûr, si vous ne prenez pas conscience de votre nouveau statut d’auteur et des responsabilités qui lui incombent, vous n’aurez aucun compte à rendre à la justice pour avoir enfermé votre manuscrit dans le tiroir, pour l’avoir jeté dans la benne à ordure ou pour l’avoir caché dans le congélateur. Beurk ! Heureusement, si vous lisez cet article, vous comprendrez qu’une telle œuvre a besoin d’être examinée et nourrie de bien des façons pour devenir adulte.

Dépouillez votre esprit des fantasmes sur l’art

Alors, me direz-vous, quelles sont les étapes indispensables pour éduquer cette œuvre ? Eh bien, j’en suis là aujourd’hui et je vous promets de faire tout ce qu’il faut pour vous faire un compte rendu des épreuves qu’il va me falloir traverser pour y arriver. J’ai installé sur mon blog une nouvelle catégorie au menu. Elle s’intitule « La Main Invisible ». C’est bien le nom de mon enfant, qui a une âme (une héroïne) du nom de Mia Petrovitch. Et je souhaite depuis le début de sa vie qu’elle devienne le nouveau Largo Winch au féminin. Mais, j’ai appris qu’un enfant n’a pas à subir les projections fallacieuses de ses parents pour devenir qui il est vraiment.

Accordez à votre enfance la place qu’elle mérite

La toute puissance d’un écrivain n’est peut-être qu’une de ces idées mégalo dont certains se régalent encore avant d’avoir goûté aux joies d’une écriture simple, dépouillée des fantasmes sur l’intelligence artistique et ses dons inexplicables. Cette croyance castratrice s’apparente fort au syndrome de la mère omnisciente.

Mia Petrovitch est née il y a sept ans. Ses défauts de langage me poussèrent à l’enfermer, mère indigne que je suis !

Mais, aujourd’hui, j’ai compris qu’elle attendait en silence que je lui apprenne tout ce que je sais, et bien plus encore. C’est en m’ouvrant à vous que je saurai en faire une femme. Merci à tous de participer à cette aventure extraordinaire. 

Comment développer son talent d’écriture ?

Pour devenir un auteur à succès, il faut comprendre une chose : devenir auteur c’est devenir un héros ! Le voyage de notre héros ou de notre héroïne est un voyage parallèle au nôtre. Un héros passe des épreuves et se relève, il dérouille tellement que le lecteur soutient son ascension avec toute la force de conviction dont il est capable

L'écrivain doit-il se raccrocher à une formation ?

Pourquoi se former en écriture alors qu’on a tous les cours possibles à portée de main sans débourser un rond ? Depuis que j’ai démarré ce blog j’ai bien tâtonné. Et dans mes coups de déprime, j’avais toujours une super nana qui, avec talent, sincérité et conviction, me proposait l’aventure de ma vie dans une super formation en écriture. Bien sûr, on a tous besoin de se former tout au long de notre vie. Mais je pense que me raccrocher à quelqu’un qui me semble plus capable que moi, n’est pas la meilleure façon d’avancer dans mon initiation. Entre soutien et dépendance, la marge est toujours délicate.

l'écriture est une musique
Le talent d'écriture est une musique qui se joue en nous tous

L’auteur a-t-il intérêt à compter sur lui-même ?

Me sentirais-je plus capable en suivant une formation ? Tout dépend du chemin parcouru. Apprendre à puiser « la force qui est en nous » revient à compter sur notre potentiel, et à le développer. Si je prends mon exemple, j’ai mis une éternité à comprendre qu’une formation ne changerait pas mon sentiment d’incapacité trouble et sans fondement que je rumine. C’est rarement son rôle, même si le marketing de cette dite formation nous assure du contraire. Certains formateurs avouent que 90 % de leurs inscrits abandonnent rapidement. Ils ont beau être les plus motivants du monde et nous offrir une super méthode, la plupart d’entre-nous espérons secrètement que leur formation fera le boulot à notre place.

Alors, comment se raccrocher à soi ?

Ceci étant dit, la grande question serait : qu’est-ce qu’on fait pour se raccrocher à soi-même ?  On change radicalement de point de vue. On apprend à se manipuler et on se raccroche aux vertus de l’héroïsme dont nous sommes tous dotés. La capacité à se soutenir soi-même est l’élément incontournable qu’il nous faut développer. Cette capacité à croire en notre héroïsme est la seule véritable clé de notre talent ! Bon, si vous avez lu mon bonus, vous avez déjà une idée et, je l’espère, une pratique de votre talent d’écriture. Maintenant, moi, j’en suis à cette étape redoutable (en apparence) du PLAN.

Comment se raccrocher à un plan avec peps ?

Un bon roman ne peut s’en passer. Alors, si vous rêvez, comme moi, d’écrire un best-seller, y a pas à tortiller, il faut en passer par là. Créer un plan n’est pas une étape sans vie où nos personnages sont épinglés au mur comme des poupées de chiffon. Non, je dis « une étape redoutable en apparence » car j’imaginais cette épreuve comme une mort émotionnelle. Après des années d’écriture fondée sur le plaisir et l’insouciance (la fameuse immersion dont je parle dans mon bonus), je découvre que l’incontournable plan d’un roman est une phase méga excitante ! Si si, je vous assure. Et je vais vous le prouver !

Faire le plan de son histoire est une étape méga-excitante. Mais seulement quand on est prêts !

Comment fonctionne un roman ?

Avant de s’éclater à écrire un plan, il vaut mieux d’abord s’éclater à inventer son histoire. Quelle que soit la forme que nous sommes capables de lui donner, nous aurons matière à remplir les étapes de notre plan. Je rappelle brièvement qu’une histoire met en scène des personnages, et que l’auteur les mène d’un point A vers un point Z en passant par un labyrinthe savamment construit par la suite.  Notre rôle est de les obliger à faire quelque chose. Finalement, cela revient à dire qu’un romancier opère une manipulation mentale sur des personnalités distinctes.

Quelle est la fonction du récit ?

Tout romancier qui se respecte devrait donc manipuler des émotions et des opinions de départ pour les faire évoluer (ou pas, selon le sens de son propos). Mais, attention ! Un écrivain de talent sait une chose que peu d’entre-nous comprennent : si quelqu’un doit grandir, dans son histoire, ce sera son lecteur. Et pour réussir cet exploit, il devra faire appel à des sentiments puissants tels que le rejet ou l’empathie. La fonction du récit consiste à nous faire grandir ou à nous aider dans l’interprétation de notre monde, à apprivoiser nos émotions et à donner du sens aux évènements que nous vivons.

La technique du changement

Une histoire a un point de départ et un point d’arrivée autour d’un pilier central (le protagoniste). Ceci étant dit, prenons le point de vue d’un auteur qui crée un héros changeant de personnalité au cours de son histoire. Il doit alors travailler la trajectoire d’un héros qui évolue. Ce changement opère comme un voyage intérieur. La technique de faire évoluer un autre personnage proche du héros est une variante narrative. Cet « autre » provoque une telle influence sur le héros que le changement tant attendu opère : c’est le moment clé du récit

changement
Le changement trajectoriel du personnage est comme un voyage intérieur (photo Gerd Altmann)

La puissance du héros

Pour en faire un outil puissant, l’auteur doit pousser le lecteur à s’identifier aux personnages en les faisant bien dérouiller avant la ligne d’arrivée, s’ils y arrivent.

En résumé, si un auteur décide de créer un héros qui change de caractère et d’opinion, il doit miser sur la création d’une grande trajectoire interne (psychologique) qui permet au lecteur d’adhérer aux valeurs de ce changement et à l’objectif qui s’y raccroche.

La démonstration de Derren Brown

l'univers mental
Un écrivain est un véritable manipulateur (photo Jonny Lindner)

Maintenant, je vais vous parler du travail de Derren Brown,

le mentaliste et hypnotiseur anglais.

Quel rapport avec l’auteur d’un roman, me direz-vous ?

Je dois déjà vous prévenir que je mélange allègrement écriture de roman et de scénario. La confusion aujourd’hui est d’ailleurs monnaie courante. Nous baignons dans la culture des vases communicants ! Je vais analyser pour vous “Sacrifice”, un reality show où Derren Brown donne carrément un cours sur la création d’une histoire à sensation et joue son meilleur rôle d’auteur : celui du manipulateur d’émotions.

(Voir l’analyse complète dans mon précédent article) 

Dans ce documentaire magistralement scénarisé, Derren Brown sélectionne un candidat américain aux opinions bien arrêtées sur les immigrants mexicains. Par un tour de passe-passe qu’on peut sans hésiter qualifier de manipulation psychologique poussée, l’illusionniste parvient à reprogrammer les opinions de son candidat jusqu’à l’issue annoncée. Dans une mise en scène digne d’une superproduction hollywoodienne, le pauvre cobaye se prend une balle à la place d’un sans-papiers. Les émotions sont bien au cœur de cette démonstration.

Comment créer un héros

Derren Brown fait d’un homme un personnage, rien que ça ! Alors qu’il affiche une parfaite empathie envers sa victime parfaite, il démontre que nos pensées et convictions ne sont qu’un ramassis confus d’opinions infondées. Et qu’une action ciblée sur la conception que nous avons de nous-mêmes, de notre propre image, permet de transformer radicalement le regard que nous portons sur le monde et les autres. En fait, nos opinions sont fondées sur les histoires que nous nous racontons, et nous croyons dur comme fer qu’elles nous définissent. Voilà bien l’erreur commune qui nous emprisonne !

Derren nous fait un cours magistral sur une application pratique de son talent. Il prend un point de départ (un candidat aux forts préjugés d’appartenance), annonce son intention (« Je veux créer un héros ») et démontre les mécanismes de sa fabrication. J’ai trouvé sa démonstration géniale ! C’est comme dans son spectacle « Miracle », il nous démontre que notre méconnaissance des mécanismes du présent — dont nous sommes en réalité les seuls dépositaires — nous empêche d’apprécier toute la puissance de notre mental.

La puissance du présent
Notre dissociation avec le Présent (photo de Gerd Altmann)

À la recherche de notre héroïsme

Comme tout bon auteur, Derren Brown a une intention de départ : nous démontrer que nous vrillons continuellement entre passé et futur sans concevoir notre juste appartenance au seul moment présent. Maîtrisant cette intention forte de nous faire évoluer, il parvient à nous  entraîner avec passion dans le voyage de son héros auquel nous nous identifions. Pour moi, Derren Brown est un grand conteur qui maîtrise la puissance du récit et démontre que la manipulation mentale est la clé du succès de l’auteur.

L’héroïsme est une vertu supérieure incarnée à l’origine par le demi-dieu (définition mythologique du héros), mais l’homme peut lui aussi aspirer à ce statut. Le culte du héros demeure toujours aussi essentiel pour nous aujourd’hui. Et le grand talent de Derren Brown est de nous prouver que nous le sommes tous. Il expose les mécanismes du devenir d’un héros. Concrètement, il plante les graines du changement. Il répond aux aspirations profondes qui nous animent  de devenir notre héros (réfléchissez bien avant de vous dire « non, pas moi »).

Devenez l’auteur-héros auquel vous aspirez

Ce moi-héros n’est autre qu’un soi complet, débarrassé de ces histoires qui nous forcent aux jugements erronés que nous nous racontons sur nous-mêmes et sur les autres.

Pour devenir un auteur à succès, il faut comprendre une chose : devenir auteur c’est devenir un héros ! Le voyage de notre héros ou de notre héroïne est un voyage parallèle au nôtre. Un héros passe des épreuves et se relève, il dérouille tellement que le lecteur soutient son ascension avec toute la force de conviction dont il est capable.

Un auteur parcourt les mêmes chemins, tombe dans les mêmes pièges et dégringole des montagnes entières. S’il a conscience que son intention n’est autre que d’atteindre son statut d’auteur-héros, il gravira chaque parcelle de cette montagne avec toute la puissance nécessaire pour relever le défi. Pour la simple et bonne raison qu’il aura compris l’enjeu du voyage.

C’est seulement à ce moment là qu’il comprendra l’importance de la carte. Ainsi, son excitation d’y voir l’emplacement du trésor chaque fois qu’une épreuve le terrasse, provoquera une telle montée d’adrénaline qu’il remontera en selle et continuera le voyage jusqu’au bout.

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À  tout de suite 🙂

Secrets d’écrivain enseignés par Derren Brown

Dans « Sacrifice », un reality show d’envergure, Derren Brown opère une véritable manipulation mentale sur un individu lambda qui répond à deux critères essentiels : ses préjugés d’appartenance à un groupe et sa capacité d’empathie. On est en plein dans le « récit de caractère »

Nos rêves d'héroïsme

Qu’est-ce que l’héroïsme ? Comment devenir un héros ou, pour être plus précis, comment devenir ce héros dont nous rêvons ? Comment devenir notre propre héros ? Cet être unique à qui nous confierions notre vie en toute confiance. Bref, comment devenir ce soi complet, à défaut d’être parfait, que nous aimerions inconditionnellement ?

Comment devenir un héros ?

Dans la définition de l’héroïsme, converge un lien intrinsèque entre humanité et divinité. La première étape pour devenir un héros passe par la déconstruction de nos convictions nées des histoires qu’on se raconte depuis notre plus tendre enfance et qui n’ont cessé de s’affirmer tout au long de la vie. Elles se basent sur l’amour reçu, l’éducation, les jugements et opinions extérieurs, le regard de l’autre. Elles forgent l’opinion que nous avons de nous-mêmes et s’intègrent si bien à notre système de valeurs qu’elles nous définissent.

Cependant, si nous voulons réaliser nos rêves, il est nécessaire de « lâcher l’histoire » afin de nous permettre de vivre celles que nous désirons. C’est le grand principe d’une histoire et Derren Brown nous en fait la démonstration.

Sacrifice, ce film dont vous êtes le héros

Créer un héros
Documentaire de Derren Brown. Une production Netflix

Dans Sacrifice“, ce reality show d’envergure, Derren Brown opère une véritable manipulation mentale sur un individu lambda qui répond à deux critères essentiels : ses préjugés d’appartenance à un groupe et sa capacité d’empathie.

On est en plein dans le « récit de caractère » où l’auteur choisit un trait de caractère à faire évoluer chez son héros, et une qualité qui lui permettra d’opérer ce changement.

Comme dans tout bon roman de caractère qui se respecte, c’est un homme ordinaire au départ de l’aventure. D’ailleurs, Derren Brown fait de son film un cours magistral sur les mécanismes de base d’un bon scénario.

Comment créer un héros ?

Tout commence par un gros mensonge. Derren organise un casting et trouve son candidat idéal qui pensera être sélectionné avec six autres élus (qu’il ne verra jamais puisqu’il est en réalité le seul cobaye !) pour participer à une expérimentation pilote.

Celle-ci consiste à tester pendant plusieurs semaines une invention biotechnologique permettant  d’améliorer ses capacités psychiques. S’il accepte, sa qualité de vie s’en trouvera grandement améliorée. Pour cela, notre cobaye devra se faire implanter une micro-puce dans la nuque (c’est un leurre, un placebo !), et écouter des méditations guidées avec un stimulus sonore chargé de renforcer son pouvoir de décision. L’homme accepte et l’aventure commence.

Derren Brown annonce la couleur au spectateur : « Je veux créer un héros qui sacrifie sa vie pour sauver un parfait étranger ». Bien sûr, notre cobaye ignorera tout de son intention, rêvant de s’élever au rang de super-héros.

Comment s’enferme-t-on dans les histoires qu’on se raconte ?

L’illusionniste justifie la monstruosité de sa manipulation (« je prends vos pensées, j’en suggère d’autres ») en invoquant la valeur de sa  démonstration : la violence exercée au nom de la défense de notre groupe, de notre identité raciale, peut être déconstruite et reprogrammée en son contraire. Tout dépend des histoires auxquelles on appartient. On s’y accroche si fort qu’elles définissent qui nous croyons être.

Derren Brown nous prouve que nous en avons rarement conscience. À tel point que nous acceptons l’inacceptable avec une désolante inconscience. Il est si facile de nous tromper ! Ce sont ces histoires qui nous enferment dans notre identité factice. À déconstruire absolument pour nous en libérer !

L'application "Turbine" de Derren Brown : méditations guidées et stimuli intégrés pour renforcer la manipulation
Images subliminales
Tout au long de l'expérience, des images suggestives seront placées un peu partout dans l'environnement de Mike. Comme ce ventilateur rappelant l'hélice de l'application "turbine"

Leçon de déconstruction

Après avoir planté le décor, Derren Brown annonce son intention de changer notre homme. Au départ, celui-ci affiche une forte appartenance à la race blanche. À l’arrivée, il devra éprouver une forte empathie pour un émigré illégal en détresse, au point de se sacrifier pour lui.

Derren Brown veut le conditionner à devenir un héros. Il montrera au passage comment se libérer de notre histoire, celle que nous forgeons au cours de notre vie, et qui nous fige littéralement en une image subjective et limitée de soi.

Pendant plusieurs semaines, se déploie sous nos yeux tout l’arsenal du bon hypnotiseur :

suggestions et métaphores se succèdent dans un jeu de « recalibrage » mental dont notre homme s’imbibe avec consternation.

Les arcanes de la manipulation

Petit à petit nous repérons le nœud central dans cet enchevêtrement d’exercices et de rituels. L’expérimentation se cristallise autour de la question des « deux camps » : un jeu se met en place entre deux sentiments contraires, deux pensées contradictoires, deux émotions conflictuelles. Et, comme tout héros qui se respecte, l’homme va être poussé dans ses retranchements, poussé à surmonter ses peurs les plus enfouies, conscient des bénéfices supposés de devenir meilleur en maîtrisant la force qui est en lui. Le fait qu’il pense être une sorte d’homme bionique permet d’accélérer le processus.

Leçon de construction

La dernière étape de ce conditionnement consistera à travailler son empathie envers les « étrangers » (les mexicains en particulier et tous les basanés en général). Un test ADN (vrai et certifié cette fois) détruit ses convictions les plus profondes sur « son véritable moi » à défendre sans ciller contre l’envahisseur. C’est le point de basculement tant attendu. L’adhésion au changement est alors amorcée, et une nouvelle histoire introduite dans l’esprit de notre homme. Pour l’y ancrer, l’homme (il s’appelle Mike) sera soumis à de nouvelles épreuves qui ont toutes pour but de déclencher des émotions fortes allant crescendo. Cette fois, il ne s’agit plus de décupler son courage mais son empathie.

Mike, ce héros qui s'ignore
Point de basculement : Mike a opéré son changement de trajectoire psychologique. Un héros est né

Le point de non-retour

Ce point de basculement est l’élément clé d’un récit de caractère. Vient ensuite pour l’auteur la préparation rigoureuse du dénouement (le nœud dramatique le plus intense). Mais, contre toute attente, Derren Brown remercie Mike. L’expérience est terminée et Mike rentre chez lui en apparence satisfait. Est-il soulagé ou déçu ? Nous ne le saurons pas. Ce qui est sûr c’est que Derren prépare la chute avec la plus grande minutie. Ce nouveau mensonge sert son dessein. Un temps de latence permettra à Mike d’intégrer ses nouvelles croyances et renforce les chances de succès de sa manipulation.

Pourquoi nous libérer de nos croyances identitaires ?

Tout au long de son docu-fiction Derren Brown nous rappelle son intention : mener Mike à se sacrifier pour un étranger, ce moment ultime d’agir. Mais l’incertitude demeure et le spectateur doit, comme il se doit, suivre la fin du récit pour en connaître l’issue.

« Tout cela est à propos de ce que nous sommes capables d’accomplir, conclut-il, lorsqu’on se libère de toutes ces histoires. » 

Toutes les histoires nous racontent la même chose : nous sommes prisonniers de notre histoire si nous croyons l’être ! Avez-vous fait de votre histoire une prison ? (voir mon article “Comment développer son talent d’écriture”) Si oui, comment la déconstruire ? Et, pourquoi ? Pour en faire une nouvelle ? En quoi ça nous libère ?

Se sentir capable de choisir sa propre histoire identitaire semble être un fameux challenge. Les suggestions du mentaliste allant dans le sens du « saut en avant », du « pas vers l’inconnu », poussait Mike au dépassement de ses peurs et de ses limites connues.

Pourtant, Derren avouera finalement à ce pauvre Mike : « C’était juste toi ! » Fin de la leçon.

L’archétype du héros

“Le Guide du scénariste” approfondit l’usage de l’archétype dans la construction du récit. Christopher Vogler pousse l’écrivain à s’attacher à des personnalités symboliques, pour ne pas se perdre.  Mais, s’il identifie parfaitement le héros

ALEXANDER DREYMON
The Last Kingdom, d'après la série de Stephen Butchard, avec ALEXANDER DREYMON

Christopher Vogler dans « Le Guide du scénariste », soutient que « les archétypes appartiennent au langage universel du récit ». Pour lui, ce sont des structures récurrentes que l’écrivain ou le scénariste doit absolument maîtriser pour faire vivre son récit. Si une histoire ne peut se passer de héros, un héros ne peut se passer des archétypes. Ces « symboles personnifiés des différentes qualités et défauts de l’âme humaine », dit C. Vogler.

Semblables aux arcanes du jeu de tarot, ils s’incarnent dans tous les personnages de notre histoire et permettent aux héros d’opérer une sorte de transfert. « Assimilant l’énergie des traits de caractère des autres personnages pour les faire siens et devenir un être humain achevé »(Sic). Pour ce faire, un écrivain doit cerner les jeux de miroirs que sont les jeux d’acteurs.

Comment fonctionne l’archétype dans l’histoire ?

Pour moi, les archétypes sont des organes de l’âme, cet être éthéré directement relié à la conscience collective, cette individualité reliée au Grand Tout, et qui implique de créer des personnages aux fortes symboliques universelles. Le personnage incarne avant tout un ressenti partagé par le lecteur, bien avant d’incarner une fonction du récit.

“Le Guide du scénariste” approfondit l’usage de l’archétype dans la construction du récit. Christopher Vogler pousse l’écrivain à s’attacher à des personnalités symboliques, pour ne pas se perdre.  Mais, s’il identifie parfaitement le héros comme la fenêtre qui ouvre le récit, le lecteur de ce guide risque de confondre caractérisation et identification (voir le glossaire de l’écrivain incollable)

Le héros porte en lui notre désir de reconnaissance

Pour revenir aux enseignements de Vogler (à l’ambition affichée de former des scénaristes au succès hollywoodien), le héros est chargé d’assurer l’adhésion du spectateur.

Comment ? En lui attribuant des traits identifiables par tous. Chacun doit ressentir les aspirations et les motivations qui l’habitent.

Un guide à l'ambition hollywoodienne

Rien à créer ! Rappelle Vogler

Ces motivations universelles sont les piliers incontournables de toute histoire, de tout parcours.

De la capacité à donner un sens à sa vie, à celle de recevoir la grandeur de ce qui nous relie les uns les autres, ces motivations, dit Christopher Vogler, se résument en un désir surpuissant, le seul, peut-être, qui vaille vraiment la peine d’écrire (ça c’est de moi), c’estle désir d’être aimé et compris.

C. Vogler identifie, tout au long de ce guide, huit fonctions archétypales élémentaires incarnées par les personnages d’une histoire :

le héros (le don de soi), le messager (l’appel à l’action), le sage (la marche), le magicien (le passage), le gardien (l’obstacle au passage), etc.

Mais prenez ce tableau comme un de ces pense-bêtes qui permet de faire le point sur l’accroche et l’adhésion du spectateur (ou du lecteur – c’est pareil).

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C'était - Le Héros - /10"

L’écriture d’une histoire ne peut se passer d’un héros. L’importance de l’archétypre est tout aussi essentielle à maîtriser. D’après “Le guide du scénariste de Christopher Vogler.