Trois déclics qui changent une vie

Quels sont les trois déclics qui ont changé ma vie ? Changer sa trajectoire pour suivre ma vocation d’écrivaine a nécessité, au préalable, un grand plongeon dans le vide

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs « Les 3 déclics pour changer de vie » du blog
 « Fais briller tes étincelles », pour mieux vivre dans sa maison et se sentir mieux connecté à soi

Un déclic est une décision provoquée par un puissant sentiment d’urgence, une décision qui met en route une machinerie intérieure changeant irrévocablement le cours de notre vie. C’est comme si on lançait un harpon et qu’on se laissait tirer vers sa destination, sans lâcher, avec une détermination animale. Et, lorsqu’on se retourne enfin, on s’aperçoit qu’on a changé de cap. Ces déclics-là, on s’en souvient pour toujours. J’en nommerais trois, puisque c’est la règle du jeu de ce carnaval d’articles, et, aussi, parce qu’en raconter plus diminuerait l’importance de ce qu’on s’apprête à dire.

Pendant le déclic, on répond à l’appel dans un sentiment d’urgence extrême

tomber dans le précipice Heather Plew - photo de
"J’avais déjà tiré le harpon avec un tel sentiment d’urgence, que j’avais l’impression très nette de vaciller au bord du précipice" - Photo de Heather Plew

Avancer jusqu’au bord de notre propre tombe

Le plus mémorable des trois est bien évidemment le moment où j’ai décidé de devenir écrivaine, mais cette décision (dont je me souviens parfaitement) n’est que l’atterrissage ; le vrai déclic s’est produit plus d’un an auparavant. J’avais déjà tiré le harpon avec un tel sentiment d’urgence, que j’avais l’impression très nette de vaciller au bord du précipice. L’impérieuse nécessité de survivre s’imposait de toutes parts. À l’époque, mes enfants étaient si petits, si fragiles… alors que ma vie tournait au cauchemar. Aldo assumait difficilement son statut de père, et encore moins son statut d’animal social. Sa psychose minait notre moral, notre joie de vivre, nos certitudes même d’être en vie. Je m’agrippais à tout ce qui pouvait m’éviter d’être emportée par la tempête. Sa violence allait tous nous tuer. Nous avions enfin décidé de nous séparer, mais la passion qui nous liait avait construit d’invisibles fils qui nous tenaient encore prisonniers, malgré la distance qu’une survie primaire parvenait à nous imposer.

Écouter les fils invisibles qui nous relient à la vie

Je me rappelle exactement le jour où j’ai ressenti une étrange exaltation ; une pensée qui se transforme en appel venu de l’intérieur, connecté quelque part à une force invisible. C’était comme un appel, venu de loin, bien loin du petit appartement où se jouait une vie ordinaire, loin du temps présent, dans un « ici-maintenant » transcendant la réalité immuable du quotidien, suspendu par des fils si fins qu’ils étaient à peine visibles. Pourtant, je ressentais leur dimension démesurée. Étonnamment, c’est sur le web que je cherchais fébrilement l’origine de cet appel. J’étais persuadée que je pouvais… Non ! Je sentais que je « devais » trouver une solution maintenant ! Une aide qui nous sauverait tous. Je ne me souviens plus combien de temps ça m’a prit mais, quand je suis tombée dessus, j’ai su sans l’ombre d’un doute que je l’avais trouvée.

Faire confiance à l’inconnu qui sommeille en nous

À mille kilomètres de chez moi, dans le Var, une inconnue nommée Martina Jade proposait un stage d’une journée pour « parler aux arbres ». D’une éducation universitaire et anticléricale convaincue, je n’étais pas encore bien consciente que mon intérêt pour l’art, la nature et les mystères de la science me portaient inéluctablement vers les secrets de l’anima. Une force inconnue me somma de contacter Martina Jade, ce que je fis sur-le-champ pour réserver une place à son stage. J’étais bien décidée à lui demander de me sauver ! J’avais également réservé cinq jours sur place dans une location de vacances dans la région montagneuse du Castellet. Ceci fait, j’embarquais les enfants, et enjoignais leur père de nous accompagner. Nous nous devions de faire cette traversée. Le trajet fut un enfer ! Et, ce qui devait arriver arriva. Aldo a pété les plombs sur la route. J’arrivais dans le Var avec des contusions au visage, le tube d’argile que j’avais emporté fit son effet et je me présentais au stage à peu près présentable. À l’intérieur, je n’étais plus moi-même. L’avais-je jamais été ? Bien plus tard, Martina m’avoua qu’elle et ses amies m’avaient prise pour une véritable allumée. De la part de nanas rassemblées pour parler aux arbres, c’était fort de café !

savoir écouter les arbre
"Elle m’a déracinée, apporté du terreau, rempotée et enjoint à écrire" - Savoir écouter les arbres de Bela Geletneky

Trouver le messager malgré l’obscurité

Le lendemain du stage, pleine d’espoir, j’appelais Martina pour solliciter un entretien. Elle me rembarra comme il faut, prétextant mille et une choses à faire. J’en déduisis qu’elle n’avait pas le temps de s’occuper de tous les chiens errants qui passaient par là, et je coupais court à son avalanche de justifications. Mais, dix minutes plus tard, c’est elle qui rappelait, me demandant si j’étais libre le lendemain (évidemment, j’étais venue pour ça, patate !) Et voilà comment, ce jour-là, ma vie a basculé. Nous avons parlé deux bonnes heures, je prenais des notes avec frénésie, ça la faisait rire. J’y notais les premiers conseils de survie pour entamer le plus grand et le plus important changement de cap de toute ma vie. Nous avons correspondu pendant plusieurs années. Martina est aujourd’hui une amie chère qui m’a relevée de terre. Elle m’a déracinée, apporté du terreau, rempotée et enjointe à écrire. J’ai donc fini par me relever complètement.

Après le déclic, on ne se retourne pas avant d’avoir atteint le rivage

le grand plongeon
"Lorsque mon père mourut, ce fut le déclic : je sautais sans filet." - Le grand plongeon par free photos

Suivre sa vocation nous oblige à tracer notre chemin

L’erreur serait de croire qu’on s’est miraculeusement sorti d’un cauchemar. En effet, il est précieux de comprendre que ce « cauchemar » vécu n’est autre que notre appel à l’aventure, orchestré par nous-mêmes pour sortir de ce que Steven Pressfield nomme « notre vie fantôme ». Le cauchemar est souvent un passage obligé pour répondre coûte que coûte à notre appel intérieur. En fin de compte, je suis devenue l’écrivaine que j’étais et que j’avais passé ma vie à fuir. Six ans de bonheur solitaire, me délestant de mon passé, de mes amis, de mes élans inopportuns vers l’extérieur. Pendant toutes ces années, j’ai appris à me taire, à laisser parler notre voix intérieure, à travers les fils qui nous relient à l’invisible. Après cela, il était temps de revenir à la réalité sociale et de vendre mes livres. C’est là que le deuxième déclic se produisit. J’avais une pensée, de celles qui montrent le bout de leur nez uniquement lorsque la table est mise et le repas servi.

Le premier vrai déclic en entraîne forcément d’autres

L’envie impérieuse de créer un site internet me relançait, sans discernement, en direction de tous les possibles. Pourtant, j’étais cette fois à l’écoute des autres et de moi-même, et prête à me réinventer sans la nécessité d’être sauvée. Ça, c’était déjà fait. L’écoute est une matière difficile qui ne s’apprend pas à l’école. L’écrivaine doit sortir de sa grotte pour exister. L’envoi aux éditeurs, l’autoédition, la vente-test d’une nouvelle dans les concerts, et même dans la rue, les projets fous avec de grands rêveurs… tout cela n’atteignait pas le stade du système économique viable et indépendant. L’appel de l’aventure se fit donc entendre. À ce moment là, le nombre d’écrivains publiés qui ne vivent pas de leur plume me laissait pantois. Et je suivais les vidéos d’Oliver Roland sur youtube. Ses propos faisaient échos à une idée qui sommeillait en moi : « N’attendez pas l’assentiment d’autrui, prenez votre carrière en main, devenez indépendant ! »

Apprendre à s’écouter est une formation continue

Olivier Roland proposait une formation que je considérais hors de portée de ma bourse mais, lorsque mon père mourut, ce fut le déclic. Je sautais sans filet, je m’inscrivis à « Blogueur Pro », me disant que je trouverais un moyen, mois après mois, de payer mon investissement. Évidemment, c’est ce qui arriva. Je trouvais des ménages à faire dans un hôtel, et je débutais l’aventure du blogging. La route est longue. Je mets une année entière à définir qui je suis, ce que j’ai à dire, à écrire, et même à penser. Sortir l’écriture de sa grotte n’est pas une mince affaire. Toutes sortes de questions existentielles surgissent comme des bêtes sauvages incapables de contrôler leur faim. Je m’enferme de plus en plus dans la vision étriquée de « gagner de l’argent avec son blog » ‒ slogan si cher à mon très estimé formateur. Je perdais donc l’essentiel : apprécier le processus.

Écouter feedback - Gerd Altmann
"L’écrivaine devait sortir de sa grotte pour exister" - Savoir écouter de Gerd Altmann

Comment sait-on qu’on a atteint notre destination ?

À l’heure où je vous parle, je n’ai pas encore terminé ma formation de bloggeuse. Mais, j’ai dépassé toutes mes résistances. L’horizon s’est éclairci. C’est un troisième déclic qui a soulevé le voile de mes incertitudes. Il survint en écoutant une conférence de David Laroche. Lui, il sait parler à notre voix intérieure. C’est sa vocation. C’est peut-être ça une vocation, d’ailleurs. Bref, « tous les champions ont besoin d’un coach ! ». Assénée par quelqu’un d’autre, cette phrase m’aurait parue surfaite, voire absurde. Malgré tout, j’entendis l’appel et y répondis sur le champ. J’en avais terminé avec les rames, un moteur ferait l’affaire. Six mois de formation en ligne, une vidéo par jour, une tonne d’exercices pratiques afin d’être « entraînée pour réussir ». C’était pas toujours fun mais, avec un moteur à propulsion, je me suis acharnée à transformer mes croyances, à déterrer mes plus précieuses valeurs, à exhumer mes rêves les plus profonds.

Qu’est-ce que j’ai trouvé ?

Si je n’ai pas atteint la nouvelle terre, j’ai l’horizon dégagé et de nouveaux instruments de navigation. La tête sortie des nuages, les doigts du cul, soyons clairs ! J’aime mon métier, j’en apprends les règles avec une délectation nouvelle et j’en crée chaque jour de nouvelles. J’assume mes pensées, je n’ai plus peur de qui je suis et de qui je veux être. Non plus de ce qu’il en ressort de l’extérieur. La vérité, c’est que, moi aussi, j’ai trouvé mon propre slogan : « Inspirer pour agir ! »

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