Théâtralisons notre récit : secrets et accessoires

Pour ce troisième épisode de notre défi « J’écris un roman en 3 mois avec mon fils », j’ai passé deux heures à la recherche de menus détails. Pour théâtraliser notre récit, il faut que nos acteurs trouvent leurs accessoires.

Bonjour tout le monde ! Pour ce troisième épisode de notre défi « J’écris un roman en 3 mois avec mon fils », j’ai passé deux heures à la recherche de menus détails.  Pour théâtraliser notre récit, il faut que nos acteurs trouvent leurs accessoires. D’abord, Sarah devient Cécile. Prénom aristocratique latin, il sera plus approprié que Sarah, prénom d’origine hébraïque. Ensuite, la maison ! Je me suis amusée à la chercher. Et vous savez quoi ? Je l’ai trouvée ! Bon, ce n’est pas une villa à 10 millions de dollars, mais une ancienne demeure familiale typiquement basque où Cécile préférait se retirer pour se remettre de l’accouchement. Très vite, d’ailleurs, elle décide d’y séjourner de façon permanente, le temps de voir venir, que Line grandisse un peu. Antoine se plie de mauvaise grâce à cette lubie, mais y trouve rapidement un intérêt lorsque son usine chimique de Mont — à une heure en voiture — est secouée par de violents mouvements sociaux.

La théâtralisation du lieu permet d’habiter notre récit au-delà du simple décor

Maison StJean La Rêka

Le théâtre de notre histoire est donc cette demeure familiale d’Antoine d’Haranguier, située à l’entrée de Saint Jean de Luz et qu’on appelle familièrement « La Rêka » (ruisseau en basque). C’est une maison à colombage typique du coin et de dimension modeste. Elle compte quand même une superficie de 650 m2, deux étages et quatorze pièces. Datant du tout début 18ème, elle comprend une écurie, une piscine et 2 hectares de forêt que traverse un ruisseau. Le coin idéal pour élever une super-héroïne !

Dans ce décor, les secrets de famille se dessinent

Line était réveillée tous les jours à 7 heures par Winston. Ça évitait à la nourrice d’essuyer les plâtres, et à Line de démarrer sa journée par un drame. Mais, ce qui était sûr, c’est qu’Antoine trouvait ça déplacé. Certes, il avait bénéficié de l’attention de Winston étant enfant, mais pas de cette manière, son père ne l’aurait jamais permis. Et, ce jour-là, il avait bien l’intention de bousculer les habitudes matinales de son majordome. Antoine était arrivé la veille, prétextant des affaires pressantes à LACQEM, son usine de chimie à Mont. Levé à 6 h00, il alla prendre le café dans les quartiers de Winston. La maison n’était pas à son goût. Elle manquait d’intimité. Exigüe, mal éclairée et surchargée de bricoles inutiles, il aimait pourtant parcourir ses espaces confinés imprégnés de souvenirs.

— Puisque vous semblez prendre racine à Saint Jean, j’aimerais que vous m’accompagniez à l’usine, lança-t-il sans s’annoncer. Bertrand Darche a des difficultés avec le maire. La population fait pression sur les autorités pour des raisons environnementales. Jusque-là, le préfet était conciliant, mais il a été récemment remplacé. Et nous n’avons plus de soutien de ce côté-là. J’ai besoin de vous sur place, pour comprendre la situation et entrer en contact avec les nouveaux acteurs locaux.

— L’annonce de Darche de supprimer les postes de nuit des mécaniciens-pompiers a mis le feu au poudre, répondit Winston qui s’était préparé à cette entrevue et servait déjà un café fumant sur le comptoir de sa cuisine.

— Oui, j’ai donné mon accord de principe pour une réorganisation progressive, mais il n’en a fait qu’à sa tête ! Ce Darche manque décidément d’esprit tactique dès qu’il s’agit de politique. Si la famille est ici, je n’aimerais pas que les choses dégénèrent au point que Cécile soit inquiétée, vous comprenez ?

— Fort bien, j’ai entendu des rumeurs… les salariés se sont réunis la semaine dernière avec un groupe d’activistes de Pau pour organiser des actions choc. Ils préparent un coup en marge de la manifestation du 10 novembre à Mourenx.

— Bien, je vois que vous restez vigilant.

— C’est mon rôle, Monsieur. J’ai envoyé quelqu’un à cette réunion. Ils ont parlé de « La Rêka ». Pour l’instant, personne n’a suggéré de s’y rendre, mais il ne faut pas exclure une opération de sabotage sur le site.

— Qui sont-ils ?

— Des anciens de LACQEM, pour la plupart, qui enrôlent les employés les plus jeunes. Il y a aussi des salariés de LUBRIZOL de Mourenx, et pas mal d’habitants de la région : Mont, Orthez, Pau essentiellement. Ils craignent un accident de grande ampleur. Les élus sont sur la brèche, ils seront présents cette fois.

— Oui, depuis l’incendie de Rouen, le monde s’agite dans tous les sens, c’est la débandade ! Qui est votre informateur ?

— Un salarié de LACQEM qui part en pré-retraite. Il est avec nous. Je l’ai convaincu de s’allier à notre cause. Il n’apprécie pas le PDG, personne ne l’apprécie d’ailleurs, mais il restera fidèle à la famille.

— Il peut s’infiltrer parmi les activistes ?

— C’est déjà fait. Il est très estimé. Le noyau dur lui fait confiance.

— Parfait, augmentez ses gages.

— C’est prévu.

Antoine s’attarda sur le visage de Winston. Son expression n’avait pas changé, malgré les rides discrètes au coin de ses yeux, Antoine retrouvait ce regard doux et pénétrant qui avait tant de fois su apaiser ses colères.

— Je suis désolé d’avoir douté de votre jugement, Winston.

— Plaît-il ?

— Je veux dire, à propos de Line. J’ai pensé que vous lâchiez un peu du lest dans nos affaires.

— Vous devriez savoir que la sécurité de la famille d’Haranguier est et restera ma priorité, Monsieur.

— Oui, je devrais pourtant le savoir…

Des cris leurs parvinrent provenant du rez-de-chaussée. On entendait Élise s’exclamer haut et fort, et Line pleurer toutes les larmes de son corps. Winston et Antoine se levèrent dans un même élan et se dirigèrent ensemble vers la cuisine. Élise levait un gros livre relié au-dessus de sa tête tandis que Line trépignait de rage, les bras tendus vers sa nourrice qui, à l’évidence, refusait de lui donner l’objet de sa convoitise. Le plus drôle c’est que ce livres faisait presque la taille de l’enfant.

un grand livre relié
"Le plus drôle c’est que ce livre faisait presque la taille de l’enfant." photo DarkWorkX

— Que se passe-t-il ici, s’écria Antoine. Qu’est-ce que c’est que ces simagrées ?

Elise se retourna le regard furibond.

— Line s’est introduite dans la bibliothèque et avait attrapé ce livre ÉNORME !

— Et, c’est tout ?

— Non, elle était juchée sur une échelle et le poids du livre l’aurait assurément renversée si je n’étais pas intervenue à temps. Et maintenant cette demoiselle ne veut rien savoir. Elle doit pourtant apprendre à obéir.

Winston s’était approché d’Élise et lui pris doucement l’ouvrage des mains.

— Une édition originale de « Alice au pays des merveilles ». C’est un livre que je lui lisais souvent étant bébé.

— Madame d’Haranguier m’a bien spécifié que la bibliothèque était interdite à Line, qu’elle regorgeait de livres précieux.

—C’est vrai, intervint Antoine. Le plus surprenant c’est qu’elle ait pu attraper celui qu’elle voulait. Je crois en effet qu’il se trouve dans les étagères supérieures, non ? Une sacrée montée pour un si petit de chou.

— Absolument, elle aurait pu se rompre le cou. Et, il est important qu’elle comprenne qu’à son âge la bibliothèque lui est interdite.

— Bon, écoutez Élise, le plus simple est de laisser la bibliothèque fermée à clé et…

— Justement, Monsieur ! La pièce est toujours soigneusement fermée et la clé accrochée sur le tableau du vestibule, à une hauteur qui ne lui est pas accessible, Dieu merci !

— Mais alors, comment ?

— C’est un mystère ! Je demanderai qui a pu laisser la clé sur la porte et prierai Madame d’Haranguier de la mettre hors de portée de tous, quitte à y faire moi-même le ménage. Line est obsédée par cette bibliothèque !

Winston sourit. Il avait déjà surpris Line en train d’escalader le guéridon de l’entrée après avoir pris soin de rapprocher l’un des fauteuils placés plus loin dans les niches des fenêtres. Il avait suspecté son intention d’attraper les clés sans se douter qu’elle en cherchait une en particulier. Il se dit qu’il devrait prendre le temps de l’observer sans intervenir trop vite. Line passait du temps à lire, c’est vrai. Et c’était plutôt pittoresque à voir. Elle avait à peine 3 ans mais son désir d’apprendre était insatiable et ses questions incessantes. Elle lisait déjà tout ce qui lui passait sous la main mais il avait remarqué que les questions concernant son héroïne préférée ne tarissaient pas. Elle avait à l’évidence décidé d’y répondre par elle-même. Winston savait très bien qu’elle savait déjà lire à son âge, sans pour autant le claironner sur tous les toits. Ça ne se faisait pas, et il pressentait de que ça pouvait bien devenir dangereux. Alors, quand Lise lui montrait un mot qu’elle ne comprenait pas, il lui en expliquait le sens. Depuis peu, il lui avait fait découvrir le dictionnaire. À la grande surprise d’Élise et de Cécile, Line passait désormais beaucoup plus de temps dans les appartements de Winston. Seulement, comme d’un commun accord, Line n’en parlait à personne. Elle avait d’ailleurs bien vite compris que les adultes ne répondaient généralement pas à ses questions, et détournaient les sujets de conversation qui la préoccupaient. Les « pourquoi » de Line n’étaient pas à prendre à la légère. Seul Winston l’avait apparemment compris.

— N’en faisons pas toute une histoire, Élise. Je suis persuadé que Line prendra soin de cet ouvrage.

Théâtre Alice au pays des merveilles
"il avait remarqué que les questions concernant son héroïne préférée ne tarissaient pas" Photo Brunapazini0

Et, joignant le geste à la parole, Winston tendit le livre à Line qui avait cessé de pleurer depuis qu’il s’en était emparé. Le serrant fermement contre sa poitrine, elle regarda Winston avec reconnaissance avant d’aller le poser sur la table. L’effort qu’elle était censée faire pour cela ne parut pas la détourner de son objectif, trop heureuse d’avoir gagné la bataille, et ne se souciant ni d’Élise ni de son père. Elle se jucha ensuite sur la chaise, s’installa en se tortillant légèrement et respira profondément avant d’ouvrir sa merveille. Élise était bouche bée, n’osant protester. Depuis son arrivée, Monsieur d’Haranguier n’était quasiment jamais là et, quand il daignait passer quelques jour à La Rêka, c’était pour fulminer contre tous, particulièrement contre Winston et Madame d’Haranguier. Ça n’empêche, elle restait persuadée que Winston sapait continuellement ses efforts, gâtant cette enfant au point de la rendre capricieuse et indisciplinée au point où ça devenait intenable. Si le père se rangeait du côté de Winston, elle ne donnait pas cher de sa place.

— C’est pas Dieu possible ça ! Vous allez en faire une enfant gâtée et frondeuse. Ce ne sera pas de ma faute si cette petite n’écoute donc personne ! Monsieur d’Haranguier, vous aurez été témoin de mes efforts.

Voilà un épisode qui donne le ton entre les deux hommes de cette maison, une complicité et une confiance qui ne se compte plus en termes d’années mais en termes de souvenirs d’enfance et de secrets de famille, intimement imbriqués dans les secrets d’affaire. N’oublions pas non plus que Winston a élevé sa propre fille, Olivia, aux côtés des deux enfants d’Haranguier : Antoine et Camille. Cette dernière, très indépendante et impulsive, viendra de temps en temps perturber les arrangements familiaux, tel un cyclone qui repart aussi vite qu’il est venu. Mais elle pourrait bien avoir la fonction du messager. Christopher Vogler dit de ce personnage qu’il intervient dans le récit  comme une force soudaine qui empêche le héros de dériver vers le mauvais chemin. Ces figures archétypales servent à jalonner le chemin de l’écriture de point d’ancrages efficaces pour mener à bien son projet. Ici, l’idée d’attribuer un rôle à la tante Camille, me permet d’anticiper la suite, d’imaginer déjà les difficultés que Line va devoir traverser seule, jusqu’à trouver une aide inattendue.

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Choisir l’enjeu de son héros

Dans un roman, la toute première question, dont découleront les questions de situation, de placement de décor, est bel et bien l’enjeu. Pour rappel, l’enjeu est ce que le héros risque de perdre et, qui plus est, risque d’appartenir au gagnant. La lutte, le combat et le jeu (le « je ») sous-tend n’importe quel récit.

Quel est le plus gros enjeu pour Mia ?

Je sais, les questions de départ seraient : de quoi va parler le roman de Mia, qui est-elle, sous-entendu, d’où vient-elle et avec qui vit-elle ? C’est ça qui forge une identité : où et avec qui on grandit, non ? Peut-être, en apparence, peut-être… Le « où » veut dire sur quel territoire socio-économique, sous-entendu aussi sous quel régime politique.

Là, on pense avoir une petite idée de la personne, en sachant avec quoi elle se débrouille pour vivre ou, pour être plus clair, dans quelle galère elle s’embarque. Et son entourage en dit long aussi : par qui est-elle initiée à survivre dans son milieu ?

La lecture d’un roman est une prise de risque

Mais, dans un roman, la toute première question, dont découleront les questions de situation, de placement de décor, est bel et bien l’enjeu. Pour rappel, l’enjeu est ce que le héros risque de perdre et, qui plus est, ce qu’il risque de laisser au gagnant. La lutte, le combat et le jeu (le « je ») sous-tendent n’importe quel récit. C’est donc la question number one à laquelle je dois répondre et l’essentiel de ce que nous aurons à décortiquer tout au long de l’aventure de Mia, notre héroïne en devenir. C’est la clé de notre quête !

Le lecteur est comme le turfiste, il place sa mise

Pour une héroïne de roman, la question qui prime, la question essentielle, c’est : « le plus gros enjeu ». Qu’est-ce qu’elle met en jeu de plus essentiel et qui mérite d’être suivi par nous, lecteurs ? On est comme des fadas de course hippique et on a misé gros sur ce cheval-là ! Bah oui, on sait des trucs, et on croit dur comme fer à la victoire, mais on a les tripes retournées jusqu’à la ligne d’arrivée.

Voilà pourquoi on aime lire un « putain de bon roman ». J’aime les romans populaires sacrés en tous genres.

Pourquoi on aime lire un « putain de bon roman » ? Photo de Klimkin

L’identité n’est-elle qu’un leurre menant à la médiocrité ?

D’ailleurs, si on se posait la question de ce que nous mettons en jeu dans notre propre vie, on y verrait tout de suite plus clair. Mais bon, ça ne se fait que rarement tellement on a le nez dedans.

La provocation du “Miracle Morning”

Entre parenthèse, j’ai entamé le bouquin d’Hal Elrod « Miracle Morning », il n’a pas peur d’affirmer que 95 % d’entre nous passons royalement à côté, reléguant notre vie à la médiocrité qu’on lui dédie, certainement par mégarde. Il parle du niveau moyen auquel on se croit obligé de se soumettre. Une sorte de loi sociale invisible ? Qui sait. Il parle aussi de cette vie extraordinaire qu’on n’est pas prêt à s’autoriser, à part dans les rêves et les livres.

Ok, passons pour cette fois. Je vais plutôt répondre à la question de départ : quel est le plus gros enjeu pour Mia ?

Mia est une fille qui a une identité à assumer, jusque là rien de très original mais faut bien commencer par le plus fondamental, l’unique et l’indéboulonnable socle de tout bon « putain de roman ». Sa place n’est pas claire, elle débarque dans un monde nouveau. Pour elle, la civilisation est le monde extraordinaire.

Le héros part toujours de son monde ordinaire, généralement décrit au début du roman et se lance ou se voit propulsé dans « le monde extraordinaire », l’inconnu. Quand ce monde inconnu est le monde ordinaire du lecteur, je trouve ça plus drôle. Et c’est ce que je vais faire pour ce roman. En tant que française, l’Europe est censée être mon monde ordinaire, la civilisation connue, mais j’ai tout à découvrir de l’Albanie et des pays limitrophes. 

Le basculement vers l'inconnu - Photo de Lorraine Cormier

Le romancier offre une marche vers l’inconnu

Enfin, je suis française, née au Havre, mais je n’ai jamais posé le pied à Lyon, par exemple. Bien sûr, le concept romanesque du monde ordinaire, opposé au monde extraordinaire, n’a rien à voir avec ces considérations-là… plus ou moins. Le romancier sera cependant amené à découvrir le chemin de toutes les réalités inconnues qui nourrissent son histoire. La quête des réalités multiples nourrit continuellement son travail et il est censé s’en délecter. C’est ce processus-là qui fera de lui un chercheur heureux et accompli, surfant sur l’infinie possibilité de son imagination.

Mia est déracinée, elle se retrouve expatriée et isolée dès son plus jeune âge dans l’hémisphère opposé. De l’Amazonie, elle est propulsée en Europe de l’Est, en plein cœur d’une des dernières forêts primaires de notre territoire, en Bosnie. Ça nous donnera l’occasion de découvrir que les discours de Macron sur l’Amazonie est l’arbre qui cache la forêt.

brume forestière
"Nous fumons à outrance tout prêt de notre cancéreux hexagone"

Au plus près de nous, la négation de notre monde

D’une, le fruit de l’exploitation outre-Atlantique profite aux besoins des européens. De deux, nous détruisons jusqu’aux dernières parcelles de nos forêts primaires européennes. Les informations politiques orientent notre regard et, contrairement à ce qu’elles nous font croire, l’Europe de l’Est, c’est chez nous. Aurons-nous le temps de le comprendre avant la destruction totale de notre patrimoine naturel ? La faune et la flore sauvage est exploitée illégalement et en toute impunité, le saviez-vous ?

L’Europe, notre poumon enfumé

Macron a beau jeu d’accuser le Brésil d’irresponsable. Nous n’avons plus rien a sauver en France, nous n’avons plus de poumons. Ailleurs, en Albanie, au Kosovo, en Serbie, etc. l’exploitation du charbon s’intensifie. Nous n’avons plus de poumon en France, nous fumons à outrance tout prêt de notre cancéreux hexagone mais qui le sait ?

Alors, tenez-le pour dit, nous possédons, nous aussi, des espèces sauvages braconnées à outrance, sans contrôle ni réglementation respectables ! Nous avons, nous aussi, des forêts à défendre, des territoires merveilleux détruits par une politique énergétique absolument scandaleuse, où la Chine et d’autres pays lointains investissent dans le charbon. Ils polluent à des taux qui vous donneraient la nausée si on vous en informait.

Ça fera partie des enjeux secondaires dans les aventures de Mia. Mia a une vie mouvementée, c’est une aventurière.

Mia sera notre humanité oubliée

Bien sûr, Mia a un côté humain, une petite part de victime. L’humain est comme ça, il lui faut sa part de blessures, de fêlures, de fragilité qui accroche le lecteur et qui en fait un être inachevé, contradictoire et donc accessible à tous. C’est la partie atomique, suspendue à un fil ‒ cassera, cassera pas, vous me suivez ? Ses origines ont disparu. Sa mère et ses piliers de naissance sont inconnus, perdus dans la nuit de la petite enfance par des circonstances politiques que personne ne connaît.

Mia trouvera son roc, un homme possédant toute l’infrastructure nécessaire à son épanouissement. C’est Mirko, son sauveur, son mentor, son père adoptif. Mais, on ne grandi pas sous l’aile d’un condor sans devoir composer avec la famille condor. Et quelle famille !

Les conséquences de la relation père/fille

Mirko Petrovitch est un parrain albanais de la pire espèce. Sans scrupules, il est à la tête d’un empire et Mia sera forcément aux prises avec les forces du mal. Dans ces conditions, être l’héritière illégitime n’est pas forcément une sinécure. Comme dans le célèbre roman de Jean Van Hamme où l’aventurier Largo Winch débarque à la mort de son père adoptif aux commandes d’un conglomérat,  Mirko fera tout pour cacher l’adoption de Mia. Tiens ! Largo aussi vient d’Europe de l’Est.

L’héritière illégitime du parrain

Mia aura à se battre pour garder sa place d’héritière mais la similitude s’arrête là pour le premier tome puisque Mirko est loin d’être mort. Le plus gros enjeu pour Mia est bien de s’affirmer mais auprès de son père. Je veux que leur rapport soit l’enjeu de départ. Probablement parce que ma propre relation avec mon père a été l’un des plus gros enjeux de ma vie.

L’enjeu contextuel de la haute illégalité

Mon père était brillant, charismatique, et nous avions une relation privilégiée et imposante qui dirigea la majeure partie de ma vie. Pour revenir au contexte fictionnel du premier tome de mon roman en construction, nous jouons dans la cours des grands.

le parrain albanais
"Mia sera forcément aux prises avec les forces du mal"

Nos forêts sont en morceaux

La scène d’ouverture devrait se situer en Serbie, loin de toute civilisation, en pleine forêt primaire. Il reste aux européens un peu plus d’un million d’hectares de forêts primaires répartis en minuscules morceaux sur 34 pays. Ça ne fait peut-être pas lourd comparé à la forêt amazonienne, mais ce n’est pas une raison pour faire comme si elles n’existaient pas. Une telle position de notre part laisse le champ libre aux pilleurs de tous poils.

Notre héritage naturel est nié, caché, violé dans l’ombre

Mia débarque ensuite dans les montagnes du nord de l’Albanie. Je me régale d’avance à la perspectives des recherches à mener sur ces territoires oubliés, pourtant si proches de nous, et pas seulement géographiquement. Les montagnes albanaises furent le théâtre de bien des combats dont celui de la résistance au fascisme pendant la deuxième guerre mondiale. Le saviez-vous ? Probablement pas. Ça me fait penser que nous avons délibérément coupé nos liens historiques et culturels avec l’Est pour des questions de stratégie politique (et donc énergétique). Économiquement, « l’Europe » peut ainsi se permettre d’exploiter ses bases arrière en endormant notre vigilance. Ces zones de non-droit sont à la merci des trafics en tous genres et nous en profitons avec une innocence angélique et perverse (l’angélisme n’est-il pas autre chose que de la perversité déguisée, et l’ignorance de l’hypocrisie inconsciente ?). J’aimerais déterrer les cadavres.

je ressors les cadavres du placard
Le roman exhume nos secrets. Photo d'Arzao

L’Europe est réelle et je veux la voir

Au fil du récit, j’aimerais imaginer le futur qui nous attend si nous ne prenons pas la responsabilité de notre ignorance programmée. Oui, c’est bon ça, on aura peut-être le temps de se préparer au pire, ce sera au moins ça. Et d’informer les albanais de ce qui les attend s’ils persistent à croire que « l’Europe » va les aider. Peut-être qu’elle les aidera, après tout, si « l’Europe » devient « nous-qui-savons ». Et si on commençait par se détourner du doigt pointé vers l’horizon opposé, à 10.000 kms de chez nous, pendant que nos dernières forêts se font massacrer à quelques 1.000 d’ici ?

Donc, quel est le plus gros enjeu pour Mia ? Sauver nos fesses s’il n’est pas trop tard en mettant aux orties les histoires qu’elle se raconte.

Action !

L’antre secrète

Sophia parcourut la moitié de la ville avant de se retrouver dans le quartier chic de Sainte Adresse, en bord de mer, à la toute extrémité de la plage. Là, un escalier d’une longueur vertigineuse l’attendait. Elle ne monta que quelques marches pour atteindre une villa massive de la fin du XIXème siècle. Elle la contourna discrètement, entra par une petite porte latérale et se retrouva dans un vestibule minuscule où elle actionna une ouverture donnant sur les sous-sols de la demeure.Sophia s’y engouffra sans hésiter, descendit un escalier étroit plongé dans l’obscurité et posa sa main sur un écran tactile.

Le glissement d’une lourde porte en fer émit un gémissement rauque. Une lumière diffuse fit apparaître un vaste espace bétonné d’une nudité frappante. Seuls un guéridon et un canapé en composaient le mobilier, tandis qu’une multitude de pots de peinture jonchaient un sol couvert de tâches colorées ; de gigantesques palettes, des couteaux et des pinceaux de toute sorte s’éparpillaient aux quatre coins de la pièce. Finalement, ce qui faisait le fabuleux de l’endroit était une toile de sept mètres carrés qui trônait sur le mur du fond, un escabeau sur le côté.

d’une collaboration fâcheuse

Sophia aimait travailler la peinture si elle la mélangeait à des matières diverses. Ici, les possibilités étaient restreintes. Les contraintes des lieux lui avaient pourtant permis d’expérimenter de nouvelles techniques. Elle n’avait pour sûr aucune liberté de mouvement ; ramener du matériel ici était un véritable casse-tête. Milo apportait le matériel de peinture mais, même s’il se doutait que les œuvres qu’elle lui confectionnait n’avaient rien de commun avec des compositions classiques, il n’était encore jamais allé jusqu’à les analyser. Du moins pour l’instant. Sophia savait que ça ne tarderait pas. Que se passerait-il alors ? Plus les mois passaient et plus leur petit manège lui faisait peur. Elle savait que ça finirait mal.Plus le temps s’écoulait, plus elle pensait à Samson. Deux ans qu’elle n’avait pas vu son psy. 

Elle devait le contacter. Paris n’était qu’à deux heures du Havre mais l’angoisse de devoir retourner sous sa protection l’étreignait. Pourtant, elle sentait que la menace se rapprochait. Son père devait le tenait au courant mais, que pouvait-il dire des nouvelles édulcorées qu’elle lui transmettait ? Tout ce qu’il pouvait dire est que sa fille était toujours vivante et qu’aucune destruction n’était à déplorer autour d’elle. Elle avait claqué la porte et planté son père et son psy en partant s’inscrire à l’école d’arts du Havre. Son père, inquiet les premiers temps, avait fini par penser qu’elle ne se débrouillait pas si mal sans les deux soutiens indéfectibles de sa vie. Samson la suivait depuis ses cinq ans, depuis la disparition de sa mère dont personne n’avait jamais retrouvé la trace.

Si son père ne savait pas grand-chose sur ses deux ans de beaux-arts, Samson devait être bien plus aux faits des agissements de sa protégée. Il avait toujours su se tenir informé de ses agissements avant tout le monde. Combien de fois était-il intervenu pour la sauver d’un mauvais pas ? Il anticipait ses erreurs avant qu’elle ne les commette. Et c’est pour ça qu’elle avait quitté Paris. Le Havre était un bout du monde sinistré d’où elle pourrait s’enfuir facilement en cas d’incident.