Composition des personnages

Salut tout les monde ! Je suis bien contente de vous retrouver pour ce deuxième épisode de notre défi !  La composition des personnages est le terreau de notre roman. S’attacher à eux dès le départ et les relier les uns aux autres est un exercice qui nous fera gagner un temps précieux. Car, découvrir les rouages relationnels qui se mettent en branle autour de notre héroïne éclaire notre chemin. De plus, la composition dramatique nous permet de comprendre les relations qui se trament, et les intentions cachées derrière l’écriture de notre futur récit.

La composition du personnage central

personnage central
"Elle perçoit l’environnement comme un support matériel, comme si elle était reliée à lui", photo de DarkWorkX

Les particularités propres au héros

Line a un besoin vital d’équilibrer son corps dans l’espace qui l’entoure. Durant les premières années de sa vie, l’équilibre est pour elle un enjeu fondamental, comme tous les enfants de son âge. Mais, les humains qui l’entourent détruisent systématiquement ses tentatives. Ça la rend irritable et instable. Comment ça se passe ? Elle perçoit l’environnement comme un support matériel, comme si elle était reliée à lui. Tout objet qui s’y trouve participe à son équilibre corporel, elle calcule son emplacement, son volume et sa masse et positionne son corps en fonction. De sorte que l’espace vide qui la sépare des autres est palpable pour elle.

Elle capte ce qui l’entoure au-delà de ses cinq sens. La protection de notre espace vital, cette zone élastique qui maintient notre sentiment de bien-être, fonctionne bien différemment chez nous, du moins en apparence. Nous sommes conditionnés pour nous appuyer principalement sur la vue, l’ouïe et le toucher. L’odorat et le goût sont minorés et les autres sens que nous possédons sont peu développés consciemment comme l’équilibrioception, ou sens vestibulaire, qui détermine notre sens de l’équilibre. La création de notre super héroïne nous permettra d’explorer ces capacités dont nous percevons inconsciemment le potentiel inexploité. Son comportement n’en est que plus étrange aux yeux des autres. Ça me rappelle « Les enseignements d’un sorcier yaqui », de Carlos Castaneda. L’auteur explique que des fils invisibles relient l’intérieur de notre corps au monde environnant.

Les intentions cachées de l’auteur

intentions cachées de l'auteur
"Pour être libre nous avons besoin d’apprendre à prendre des risques calculés"

Le héros véhicule nos croyances

Line ne supporte pas son lit à barreaux. Elle a le sentiment que son énergie est bloquée. Ça lui donne carrément des convulsions. Elle a peur, ses poumons se compriment, elle a la sensation que tout son corps est entravé. Tiens ! Ça me rappelle la lecture d’un texte que j’avais beaucoup aimé. Celui d’une anthropologue en immersion chez des indiens de la forêt amazonienne. Un père avait construit une sorte de parc pour son bébé avec des branches, mais le bambin avait carrément pété une durite.

Cette chercheuse expliquait que les adultes laissaient les enfants libres de bouger sans surveillance exagérée. Elle avait été témoin d’une scène qui l’avait scotchée : un enfant qui tenait à peine debout jouait près d’un puits qui n’était autre qu’un trou à même le sol. Elle garda son sang froid d’observatrice et nul drame ne se produisit ce jour-là. Ses recherches l’amenèrent à comprendre que laisser l’enfant gérer sa propre sécurité le maintient plus sûrement en vie que s’il est continuellement apostrophé par des « Fait attention ! Tu vas tomber ! ».

Le héros est porteur d’un message

J’avais été marquée par ce texte qui fait écho à ce que je crois profondément. Dans une société où la liberté est une valeur haute, nous nous éduquons à la sécurité avant tout, oubliant que pour être libres nous avons besoin d’apprendre à prendre des risques calculés. Je pense sincèrement que cet apprentissage mérite de commencer aux premiers temps de la vie, accompagné d’une présence affective forte et à d’un maternage poussé.  Mais les exigences de la vie ne nous laissent pas toujours l’occasion d’expérimenter cette approche. Je l’ai pourtant testé au maximum de mes possibilités avec mon fils. D’ailleurs, ça déclenchait des scènes assez drôles dans les aires de jeux où j’entendais les exclamations choquées ou angoissées des parents. J’ai ainsi constaté qu’Anton prenait des risques à la mesure de ses capacités. Mais je m’éloigne de notre sujet.

Le couple central, pilier indispensable de la composition des personnages

le couple central
"Elle ne peut s’endormir si quelqu’un reste à ses côtés, à part Winston, le majordome", photo de Geralt

L’auteur identifie rapidement sur qui le héros va s’appuyer

Line ne supporte donc pas les barreaux de son lit. Elle a la sensation d’être immobilisée, comprimée par un champ magnétique hostile. Elle hurle, étouffe et, rapidement, on installe un matelas à même le sol et on fait disparaître le lit, objet de sa frayeur. Elle ne peut s’endormir si quelqu’un reste à ses côtés, à part Winston, le majordome. Il l’observe à loisir et comprend vite que ce n’est pas un bébé normal. Winston a élevé le père de Line, Antoine.  Il l’a protégé des griffes du grand-père (le père d’Antoine) dont il était l’homme à tout faire. Le job de Winston était principalement de seconder le père d’Antoine dans la gestion des affaires de la famille, il était en charge de ne rien laisser passer qui puisse faire du tord à sa réputation. La mère d’Antoine était une femme absente, organisant des galas et autres soirées mondaines. Si bien que Winston la remplaça dans la gestion familiale. Winston a donc joué un rôle important dans la vie du père de Line. Il a lui-même une fille, aujourd’hui neurologue réputée et chef de clinique. Il y a des chances que Winston puisse discuter du cas de Line avec elle. Ce sera un personnage qui nous donnera des interprétations scientifiques précieuses

 

Le personnage retord qui met l’équilibre en péril

Passons un peu au cas de la nourrice et des autres employés de maison. Winston et la nourrice se répartiront les rôles. Cette dernière s’appelle Élise. Elle est expérimentée et s’aperçoit vite que quelque chose ne va pas, mais elle tiendra le coup pas mal de temps. La famille est influente et Winston fera pression sur Élise pour qu’elle la boucle. Mais Élise a une sainte horreur de la situation, qui va basculer quand le père entrevoit la vérité et que la scène du bac à sable survient (encore que je ne suis pas sûre que les bacs à sable soient un lieu de prédilection pour les enfants de la haute bourgeoisie). J’ai très envie de lire les écrits du couple de sociologues Pinçon-Charlot, qui ont passé leur vie à étudier la haute société française. Ce jour-là, Sarah, la mère de Line, avait choisi d’accompagner la nourrice au parc. L’enfant est encore considérée comme « normale » mais il y a des signes. Sarah écoute les inquiétudes d’Élise, la nourrice, et les prend très au sérieux.

Les personnages de confiance révélateurs de caractères

la famille
"Comment une femme qui se sent prisonnière de son mari ou d’elle-même aurait-elle le courage de tout quitter ? , Travel - Monsterkoi

Un personnage puissant mis en réserve : débriefing avec Anton

On parle de Sarah, la mère de Line. Anton la voit peureuse, introvertie. Moi, j’avais pensé qu’après l’accouchement, le fait d’être une enfant adoptée aux origines inconnues ferait remonter ses angoisses. Certes, Sarah n’est pas sûre d’elle, elle doute de ses capacités en tant que mère, d’autant plus que Line pleure souvent quand elle est dans ses bras. Mais, j’avais imaginé Sarah comme quelqu’un qui lance facilement des pics, des vannes bien senties, qu’elle avait un caractère trempé et que les disputes au sein du couple prendraient des proportions épiques. Anton n’est pas d’accord. Sarah est tout l’opposé de son mari. C’est une femme polie et respectueuse. Il se demande pourtant comment les disputes conjugales se passent si elle est d’accord pour tout. Anton reste néanmoins sur ses positions : Sarah est une femme soumise qui ne fait pas de vagues. Moi, je pense qu’on peut s’arranger avec ça. Lorsqu’on devient mère, on révèle de nouvelles facettes de sa personnalité.

Sarah est peut-être le personnage protéiforme de notre récit

Comment une femme qui se sent prisonnière de son mari ou d’elle-même aurait-elle le courage de tout quitter ? Son foyer, et surtout son enfant ? C’est une question que pourrait se poser le lecteur si Sarah est une personne effacée et angoissée. Bien souvent, une femme qui se sent prise dans la toile d’araignée tissée par son mari et son milieu social rencontre une opportunité, une chance unique qui lui permet de fuir. Pour abandonner son enfant, il lui faut une sacrée bonne raison, même si elle ne se sent pas à la hauteur. Malgré tout, certains troubles ou dispositions psychologiques particulières expliquent une telle décision. Bien sûr, pour Sarah, ce n’est pas le propos. Elle ira trouver ses parents, exigeant qu’ils racontent tous les détails de son adoption. On comprend que Sarah va passer à l’action d’une manière ou d’une autre. Dans le roman, elle disparaît sans que ni le lecteur, ni les protagonistes ne sachent ce qu’elle devient. Quand on retrouvera la trace de Sarah, le mystère s’éclaircira.

Pour comprendre le concept de “personnage protéiforme”, écoutez mon podcast “L’archétype du héros” qui se réfère au “Guide du scénariste” de Christopher Vogler.

La composition des personnages ou “composition dramatique”

la biguotte
"On va dire qu’elle est même croyante de fou ! Ça va mettre du peps. Elle croit que Line est possédée", photo de jeffjacobs1990

La composition des personnages a besoin d’un décor et d’une ambiance

Mais revenons à la composition des personnages. Sarah s’est installée dans leur maison de Saint Jean de Luz, avec Winston et Victoire, la cuisinière. Ils embauchent la nourrice et deux employées de maison. L’intérêt c’est que Winston est maître à bord. Il commence à s’occuper de Line la nuit, pour soulager Élise. La nourrice est en effet épuisée. Au début, elle met ses sentiments sur le compte de la fatigue et de l’ambiance tendue entre la femme et le mari. Sarah et son mari Antoine se disputent de plus en plus souvent, même si ce dernier est rarement à la maison. Cependant, Sarah est gentille avec Élise, mais elle est distante avec l’enfant, elle semble même avoir de l’aversion pour sa fille. Je me dis d’ailleurs qu’elle doit forcément retrouver dans le comportement de Line un vécu qu’elle a su maîtriser et enfouir en elle. Il se passe forcément quelque chose dans l’esprit de Sarah, ça carbure la dedans ! Vous sentirez sûrement à ce point de réflexion la nécessité de planter le décor, le plan de la maison, l’atmosphère de la ville et l’entrée de personnages secondaires.

La fonction et le rôle des personnages se précisent

La nourrice est donc affectée dans son travail, elle se sent isolée. La cuisinière n’est pas une copine, et les deux employées de maison sont sympas, mais elles trouvent qu’Élise est trop stricte. Elles sont jeunes et complices, aimant plaisanter entre-elles à son sujet. Victoire, la cuisinière, est au contraire très à l’aise dans cette maison. Elle connaît parfaitement ses patrons, s’entend très bien avec Winston et Sarah lui fait confiance. Victoire emmène Line aux courses et l’installe fréquemment avec elle dans la cuisine. Line est bien avec Victoire qui lui parle beaucoup lorsqu’elle prépare les repas. Victoire est très attentive à l’ordre et à la place des objets. C’est comme une obsession chez elle. Sa dextérité et la fluidité de ses mouvements plaisent beaucoup à l’enfant pour qui la précision des mouvements et l’énergie maîtrisée répondent à ses besoins. Elle est bien dans la cuisine avec Victoire qui constate évidemment qu’il se passe des trucs bizarres. Bref, la nourrice qui suit un protocole stricte se sent mal aimée dans la maison, et a peur de l’enfant.

Notre personnage antagoniste se précise

Line, à l’évidence, n’est pas bien avec Élise, la nourrice, qui s’inquiète d’être renvoyée. Ses références professionnelles pourraient être remises en cause. Avec une famille aussi influente, sa carrière pourrait être foutue. Elle va donc parler à Winston de ses inquiétudes face à Line :

Je n’ai jamais connu une enfant comme ça. On dirait qu’elle veut des choses qu’à son âge on ne peut penser.

— Comme quoi ?

— Quand je lui fais prendre son bain, par exemple, Line pleure si je lui met un jouet qui flotte et, quand je la savonne, je ne peux en aucun cas poser le savon sur le bord de la baignoire. Je dois le poser loin d’elle, par terre où sur la table. Même si je le pose discrètement derrière elle, on dirait qu’elle peut le sentir. J’ai remarqué qu’elle sent des choses sans les voir ou les entendre…

C’est à ce moment-là qu’Anton s’exclame. Ses yeux brillent lorsqu’il me dit : « On va dire qu’elle est même croyante de fou ! Ça va mettre du peps. Elle croit que Line est possédée. C’est cliché mais, c’est trop cool ! » Anton et moi discutons du cas d’Élise. Elle engraine progressivement la mère dans son délire. Non que Sarah croie en une quelconque possession diabolique, mais elle gamberge sur son propre cas de déséquilibre mental lorsqu’elle était enfant. Antoine, le père, doute fortement de leurs allégations, d’autant plus qu’il ne constate rien d’anormal quand il est avec Line.

— C’est logique, intervient Anton, le père est un vrai maniaque !

—Oui, c’est un mec très militaire qui maîtrise tellement ses gestes et son comportement, que Line arrive à supporter sa présence.

Et voilà comment se termine notre épisode 2 ! Le tableau des personnages en présence se dessine de mieux en mieux. Leurs relations, leurs différences et leurs points communs nous permettent de tisser la toile de fond sans toutefois toucher l’objectif, l’enjeu du roman, ni même l’intention des auteurs au cœur de notre futur récit. C’est tout à fait normal. Cette première semaine de défi n’est pas encore terminée. Je sais que certains d’entre vous aimeraient lire rapidement une de ces scènes prétexte dont je parle dans l’épisode 0 de notre défi “J’écris un roman en 3 mois… avec mon fils”.

Mais, contrairement à mes habitudes d’écriture, je m’engage à écrire un roman sur une très courte période et à en rendre compte chaque semaine au lecteur. On est loin du cliché de l’écrivain qui se retranche du monde, dans sa grotte, pour pondre son bouquin. Ce qui nous oblige à monter une structure dès les premiers jours, et c’est pas plus mal, ça nous évite de perdre un temps précieux. Alors, patience, les ami(e)s 🙂 Ça arrive ! Nous avons notre personnage retors (la nourrice), et notre personnage protéiforme, Sarah, incarnant une partie du mystère. C’est énorme ! Alors, je vous dis à lundi les amis lecteurs, co-écriteurs et curieux d’un jour !

Le défi est lancé ! J'écris un roman en 3 mois... avec mon fils

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