Écrire un roman c’est comme partir en voyage

En pratique, je décrirais notre itinéraire comme suit : d’abord, une idée, une scène clé qui frappe notre esprit et qui nous laisse un effet waouh ! Pour le projet Line, c’était la scène du bac à sable (promis, elle arrive dans l’épisode suivant). Voilà donc comment le véhicule démarre

J’ai déjà rempli la moitié d’un nouveau carnet quand je m’aperçois que je n’ai encore rien partagé de ce qui est écrit dedans. Les pages se noircissent chaque matin. Environ une demi-heure suffit pour avancer. Mais, pour écrire un roman en 3 mois, je ne pourrai m’en contenter. D’expérience, je sais qu’à l’approche de l’échéance, les heures d’écriture s’enchaînent avec frénésie. Écrire un roman, c’est comme partir en voyage vers une destination plus ou moins précise. À chacun sa méthode.

Faut-il suivre un itinéraire déjà balisé pour écrire son roman ?

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"Pour moi, interroger nos propres pouvoirs et les enjeux de leur maîtrise, me précipite sur une piste comme un chien renifleur." - Photo de Andras Barta

Inventer une super-héroïne qui rivalise avec les géants américains...

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On trouve d’abord une idée de voyage qui nous emballe

En pratique, je décrirais notre itinéraire comme suit : d’abord, une idée, une scène clé qui frappe notre esprit et qui nous laisse un effet waouh ! Pour le projet Line, c’était la scène du bac à sable (promis, elle arrive dans l’épisode suivant). Voilà donc comment le véhicule démarre : une image choc (une gamine de trois ans qui provoque une tempête dans le bac à sable !) et une intention. Tout voyageur a bien une intention derrière la tête, une passion à partager, un fantasme à assouvir, c’est selon. Pour moi, interroger nos propres pouvoirs et les enjeux de leur maîtrise, me précipite sur une piste comme un chien renifleur.

On cherche une annonce de voyage conforme à nos désirs

Une super-héroïne qui naît avec des pouvoirs, c’est un peu comme parler de nous tous. Nous, les humains, disposons de la machine la plus perfectionnée au monde : un corps associé à un esprit. Malheureusement, nous sentons que nous n’aurons pas assez d’une seule vie pour en découvrir tout le potentiel. D’un côté c’est frustrant, de l’autre, ça nous pousse à faire le maximum pour explorer les pouvoirs qui nous sont conférés. On flaire un bon slogan ! Non pas du type « Tous à la plage ! » mais plutôt du style « Accrochez-vous ça va être du sport ! ». À ce stade, l’annonce manque de précision, mais on est exalté et prêt à s’engager.

On se décide à partir en notant d’examiner la carte en chemin

On démarre ! Sans attendre, le véhicule s’engage sur la chaussée. Malgré l’excitation du départ, on y va lentement. On prend la route vers une destination qui donne envie sans toutefois être sûr d’y arriver. On se dit juste qu’elle a un potentiel touristique encore inexploité. En plus, on croise des voyageurs perdus qui n’ont visiblement pas planifié leur parcours. En effet, « Comment élever un super-héros » est une série qui vient de sortir sur Netflix. Et, l’avantage d’un titre qui se révèle trompeur (car la série passe allègrement sous silence la difficulté d’éduquer un enfant aux superpouvoirs embarrassants), c’est que ça donne envie de redresser les tords. Bref, je suis maintenant persuadée que mon idée de départ a de la ressource.

comment-elever-un-super-heros

Faut-il écrire son roman en planifiant les grandes étapes du voyage?

car stop on the road -Eli Grek
"Tout en parcourant chaque matin les petites routes, je cherche les indices qui me mèneront sur la route principale. Un conflit central, voilà de quoi notre histoire a besoin !" - Photo de Eli Grek

Rendre l'aventure fantastique...

Tu me suis, là ?
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Je me pose en chemin pour évaluer les distances

Je démarre donc avec l’écriture des scènes qui m’aident à découvrir le sens que je veux donner à mon histoire. Je pense parfois à notre slogan (le pitch, en fait) qui nous donnera la force d’avancer. Car, je l’avoue, si le conflit de départ réside dans l’adaptation d’une gamine extraordinaire dans un monde ordinaire, l’origine de ses pouvoirs est forcément la clé du mystère qui en fera fonctionner les rouages. Tout en parcourant chaque matin les petites routes, je cherche les indices qui me mèneront sur la route principale. Un conflit central, voilà de quoi notre histoire a besoin ! Nous avons donc besoin d’élaborer des histoires dans l’histoire. C’est leur imbrication qui forgera notre intrigue.

Trouver le point de jonction est une étape importante du voyage

L’articulation des faits, présents, passés et à venir, s’élabore parallèlement au plaisir de voyager. Je vous rappelle que la carte n’est pas le territoire. Et rien ne nous empêche d’aller à la rencontre de nos personnages et de créer l’ambiance avant de découvrir l’envers du décor. Cependant, pour respecter les délais impartis, j’ai quand commencé à dérouler le fil. Je cherche sur la carte les points-relais les plus évidents et commence à réfléchir au point de jonction crucial de notre histoire : les origines des pouvoirs de Line. Ils passent forcément par sa mère qui, je vous le rappelle, a été adoptée (voir l’épisode 2 où la mère, encore nommée Sarah, devient Cécile dès l’épisode 3).

Demander sa route est parfois judicieux : une aide précieuse arrive

Par chance, chers abonnés, l’un de vous a eu la gentillesse de m’envoyer sur une piste intéressante. J’en profite pour vous remercier de suivre cette aventure exaltante et pleine de rebondissements grâce à vos aiguillages pertinents. Onsfride m’a donc lancé sur la piste de la mère. Voici ce qu’il écrit : « Après maintes réflexions sur les pouvoirs de Cécile et Line au cours des épisodes précédents et à venir, j’entrevois un dualisme de pouvoir. Et je peux dire que Cécile, pour renouer avec ses pouvoirs, il faut la mettre face à un dilemme, et Line devant le fait accompli. Soit provoquer une situation de rivalité, soit créer une fusion des forces dans un duel, pour voir la bestialité des démons qui sommeillent en elles. »

Les secrets de Line s’éventent doucement aux oreilles de l’ennemi

Les démons de Line - Stefan Keller
Onsfride, abonné au blog, propose de "créer une fusion des forces dans un duel [entre Line et sa mère] pour voir la bestialité des démons qui sommeillent en elles" - Photo de Stefan Keller

C'est quoi son nom, déjà ?

LINE D'HARANGUIER
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Le voyageur peut tomber sur un os, forcé d’élaborer un meilleur scénario

La proposition d’Onsfride est d’autant plus intéressante que je visionnais cette semaine la série « Batwoman ». D’un manque d’originalité navrant, cette série a pourtant l’immense avantage de découper les éléments scénaristiques essentiels qui structurent une histoire et, parmi eux, justement, la rivalité affective entre l’héroïne et le parent, responsable du merdier ambiant. C’est un conflit qui permet de balancer le spectateur entre les ressorts affectifs et les dessous de l’intrigue. Pour nous, le conflit entre la mère et Line doit être inventé ! Le passé de Cécile va bientôt les rattraper et ça va faire mal ! Onsfride, je te donne entièrement raison sur ce point et je te remercie d’en souligner l’importance à venir. Ces perspectives scénaristiques étant entendues, je vous partage aujourd’hui la suite de l’histoire.

Super-héroïne Batwoman
La rivalité affective entre l’héroïne et son père, responsable du merdier ambiant, est bien représentée.


Line n'est pas seule...

Suis-nous !
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L’importance de l’élément déclencheur

Vous allez découvrir aujourd’hui l’épisode 5. J’ai, depuis, avancé l’enchaînement des faits, et l’épisode 6 relatera l’élément déclencheur le plus marquant. La fameuse scène choc qui m’a convaincue de me lancer dans l’écriture de ce roman. Un élément déclencheur pousse le protagoniste dans une spirale infernale. Comme son nom l’indique, il déclenche véritablement le point de non retour pour les protagonistes. Il invoque l’enchaînement des actions ultérieures et, surtout, engage le héros à faire un choix décisif et à s’engager dans l’histoire en « déclarant consciemment son objectif ». Ce point est déterminant pour assurer la qualité d’un récit. Line et sa mère seront forcées d’agir, d’entrer en action dès l’épisode suivant, tandis que les autres personnages seront obligés de se positionner.

Épisode 5 : les conséquences du premier élément déclencheur

Maintenant, la suite du récit ! Souvenez-vous que l’héroïne n’est pas seule. Les personnages secondaires sont comme les pièces maîtresses du jeu, elles mettent en conflit deux volontés divergentes. Alors, où en étions-nous ? Ah oui, souvenez-vous, dans l’épisode précédent, Victoire, la cuisinière, se rend compte que Line a vraiment un truc pas net. Elle a une révélation. Complètement retournée, Victoire entrevoit les possibles implications pour la sécurité même de l’enfant. Christophe, l’apprenti du père Borro, promet de revenir après son service…

— Tu vas me dire ce que tu sais, mon garçon.

Christophe ne su que répondre. Il était inutile de nier que Line avait causé la folie passagère du petit gamin. Victoire en avait été le témoin direct. Une vraie scène d’horreur… Quoi dire ? Line finirait bien par se trahir toute seule. Victoire était peut-être la mieux placée pour l’aider, après tout.

— Line a… comment dire… Elle peut nous faire voir des choses. Pas n’importe quoi ni n’importe quand. Elle n’en fait pas exprès. C’est quand elle a peur, je crois. C’est pas facile à expliquer. Et, ça lui plaît pas du tout, tu sais, c’est pas exprès qu’elle fait ça.

Les premières confrontations, prélude aux réglements de compte

Au cœur de l'intrigue - Photo de Stefan Keller
"Line a… comment dire… Elle peut nous faire voir des choses..." - Photo de Stefan Keller

Placer doucement ses personnages sur l’échiquier

Victoire regardait Line endormie dans ses bras. Sa beauté métissée lui conférait une délicatesse particulière, une préciosité qui faisait fondre la cuisinière. Elle adorait cette enfant, sa peau presque nacrée, ses yeux en amande et son intelligence si peu ordinaire… Victoire se sentait brisée. Elle redoutait plus que de raison que la fragilité de Line était exposée à un danger imminent et ne comprenait pas les propos de Christophe. La sonnerie du téléphone mural de la cuisine retentit. Pour des raisons pratiques, elle était réglée à son volume maximal. Victoire en fut toute ébranlée. Christophe paniqua :

— C’est Borro, il va me tuer ! Victoire je dois y aller, s’il te plaît invente quelque chose de crédible.

— Je vais lui dire que j’ai fait tomber le carton de bouteilles, répondit-elle dans un éclair de lucidité, que tu m’as aidé à nettoyer et que tu reviens en rapporter un. Va vite !

Christophe partit sur le champ, courant comme un dératé rejoindre le restaurant de l’hôtel Chantaco. Line ne s’était pas réveillée. Elle dormait si profondément qu’elle semblait s’être réfugiée dans un monde inaccessible au commun des mortels. La tenant fermement, Victoire décrocha et calma le père Borro.

Lorsque Christophe revint chargé d’un nouveau carton de lait, Victoire n’avait pas bougé, portant toujours Line dans ses bras. Elle avait dû rembarrer la nourrice qui s’était pointée pour récupérer la gamine. Mais, Victoire n’avait rien voulu entendre. Élise avait dû capituler face au comportement inhabituel de la cuisinière. À sa connaissance, elle n’avait jamais laissé traîner les restes du petit-déjeuner sur la table, même au bénéfice du sommeil sacré de l’enfant. Déroutée et intriguée, elle était repartie avec plus de questions que de réponses. Christophe, quant à lui, était si agité que Victoire ne pu le convaincre de rester.

— Tu vas m’expliquer ce que ça veut dire ?

— Je dois repartir tout de suite, insista-t-il. Borro m’a dit que si je ne rentrais pas immédiatement, c’était pas la peine de revenir. Je vais perdre mon travail, Victoire !

— Va Christophe, repasse ce soir, nous en discuterons à ce moment là.

— Tu sais, Line est une fille super, elle mérite qu’on garde son secret mais, la vérité, c’est qu’elle ne peut pas le garder, elle ne maîtrise pas.

— Je sais, oui, je sais. Allez ! Reviens me voir tout à l’heure, tu m’expliqueras tout.

— Ok ! lança-t-il en repartant en courant

Victoire ne put s’empêcher de sourire, il avait le sang chaud celui-là et le cœur sur la main. À ce moment-là, elle perçut comme une présence derrière la porte entrouverte qui donnait sur le couloir de l’entrée. « Il y a quelqu’un ? » demanda-t-elle sans y croire. Élise apparut dans l’embrasure de la porte, les bras croisés, une expression narquoise au bord des lèvres.

Alors, Victoire, on a des secrets à partager ?

Faire que les langues se délient quand la ruse prend le dessus 

Victoire sentit son sang bouillir.

— On écoute aux portes maintenant ? C’est sûrement habituel chez vous.

— Oh, ne montez pas sur vos grands chevaux ! Depuis le temps que je vous répéte que cette enfant a un problème. Elle a le diable dans le corps, c’est moi qui vous le dis. Et, j’ai bien l’impression qu’elle va vous en faire voir de toutes les couleurs à vous aussi. L’état de grâce est terminé.

— Dites-moi, Élise, quand vous êtes venue voir Cécile, l’autre jour dans la cuisine, vous vous souvenez ? Vous parliez d’une chose bizarre… je ne sais plus vraiment. Que Line avait cherché à vous faire perdre la tête. Vous avez, je crois, employé le mot « humilier ».

— Je me le rappelle parfaitement. Comment oublier ? Cette petite a cherché à m’humilier, oui.

— Que voulez-vous dire ?

— Ah, ça vous intéresse maintenant. Je ne retirerai pas ce que j’ai dit. Pas un mot, non !

— Accepteriez-vous de me raconter ce qui s’est passé ?

Élise hésita quelques secondes, regarda Line endormie dans les bras de Victoire et s’assit à bonne distance, enhardie par l’intérêt soudain de la cuisinière qui s’était jusque-là moquée de ses allégations, levant les yeux aux ciel ou lançant des remarques acerbes à ce qu’elle qualifiait d’élucubrations, son mot favoris.

Élise savourait ce moment tant espéré d’être prise au sérieux par Victoire. Elle prenait enfin sa revanche sur cette Madame je-sais-tout, cette cuisinière aux airs rustiques, que Monsieur d’Haranguier estimait tant, allez savoir pourquoi ! Élise hésita pourtant à se lancer, réprimant un sentiment de honte à l’idée d’avouer ses faiblesses à Victoire. Mais, l’espoir de voir la fermière frémir d’horreur la décida finalement à entamer son récit sur un ton dramatique.

"Élise apparut dans l’embrasure de la porte, les bras croisés, une expression narquoise au bord des lèvres." - dessin OpenClipart-Vectors

Faire comprendre ce qui se joue plus que ce qui se dit

— J’étais avec Line dans la nurserie, c’était l’heure de sa leçon d’écriture. J’avais écrit au tableau tous les mots correspondant à l’univers du cheval. Ce que nul n’est censé savoir, reprit-elle après un silence de scène, c’est que j’ai une sainte frayeur de ces bêtes-là. Mon père avait des chevaux. Il les élevait pour les courses, principalement. Sans rentrer dans les détails, j’ai eu une très mauvaise expérience qui a faillit me coûter la vie, j’avais sept ans. Vous me connaissez, Victoire, je ne suis pas femme à raconter des anecdotes sur ma vie. Vous non plus, d’ailleurs. Bref, vous me croirez si vous voulez mais je vous assure que Line m’a obligée à revivre cet événement traumatique de mon enfance. Et elle y prit un malin plaisir, je vous le garantis.

— Mais, Élise, qu’est-ce que vous me chantez-là, c’est abracadabrant !

— Oh ne recommencez pas avec vos grands airs. Je vous dis qu’elle l’a fait !

— Alors, expliquez-moi comment…

— Vous voulez des détails, des preuves, c’est ça ? Quelle perversité vous pousse à me demander d’en parler plus que je ne puis le supporter.

— Voyons, Élise, ne croyez pas que je cherche à vous faire du mal, j’aimerais simplement comprendre.

— Et bien, soit. J’avais écrit « cheval », « selle », « étriers » et « sabot ». J’avoue que ce dernier mot m’avait ramenée en pensées à ce coup de sabot qui avait bien faillit me fendre le crâne et m’avait plongée plusieurs mois dans le coma. Line m’a alors demandé si le sabot d’un cheval ça faisait mal. Elle me regardait avec une telle intensité ! Comme si elle me voyait pour la première fois, comme si j’étais une bête curieuse ou un monstre. Puis, j’ai éprouvé une violente douleur au niveau de ma tempe.

Entre indignation et stupéfaction, la déraison sonne aux portes

"Victoire n’en revenait pas. Cette femme a le ciboulot complètement détraqué. C’est honteux de la laisser s’occuper encore de Line !"

La réalité s’impose au-delà de l’extravagance

Élise souleva ses cheveux et obliqua la tête pour montrer à Victoire une vilaine cicatrice, souvenir d’un traumatisme ancien.

— Je sentais une pression insupportable à cet endroit précis, repris Élise en arrangeant sa coiffure toujours impeccablement laquée. Line me demandait sans discontinuer pourquoi le cheval était fâché, pourquoi il m’avait cassé la tête, pourquoi, pourquoi ! Line était entrée dans ma tête, Victoire, elle a le diable en elle. Quel enfant de cet âge serait capable de connaître un événement de mon passé ? Elle a deviné mes pensées ! Elle a saisi ce qui s’est passé dans ma vie il y a plus de vingt ans.

Devant l’air dubitatif de son interlocutrice, Élise enchaîna.

— S’il n’y avait que ça, je me serais dit que j’avais pensé tout haut, que je devenais folle. Mais, il y a tant de signes qui ne trompent pas. Oh, je ne serais pas prête à perdre ma place si je n’étais pas sûre de ce que j’avance. Je ne suis pas folle ! Et je vous avoue sans honte que je veux démissionner. Je n’en peux plus.

— Ces signes dont vous parlez… qu’est-ce que ces signes, Élise, dites m’en plus je vous en prie.

— Si cet incident ne vous convainc pas, je vous dirais une chose, Line est capable de sentir sans voir. Elle a l’obsession des objets. Chaque chose doit être à sa place. Sinon, elle fait une crise. Et je vous assure qu’elle n’a pas besoin de voir l’objet pour savoir qu’il n’est pas là où il doit se trouver. J’espère que vous vous rendez compte !? Je m’occupe d’elle depuis maintenant trois ans, vous n’allez pas me faire croire qu’en allant quelques fois au marché avec elle vous avez pu la connaître mieux que moi, n’est-ce pas ?

Malgré l’offense, Victoire devait bien avouer qu’Élise était ici à plein temps depuis que Line avait trois mois. Ça lui donnait un net avantage, incontestablement.

Les erreurs sont toujours là pour être commises

— Le pire, continua Élise, c’est dans le parc, quand un enfant a décidé de passer là où il ne faut pas. J’évite les endroits de ce genre, voyez-vous, quand elle se retrouve en compagnie d’autres enfants. La dernière fois, le ballon d’un gamin a atterri derrière elle. Il allait la percuter, c’est sûr, il lui arrivait droit dans le dos. Hé bien, non seulement le ballon perdit son élan, mais il rebondit plusieurs fois avant de repartir en sens inverse. Line ne s’est pas retournée une seconde alors que le projectile faucha le malheureux lanceur avec une force inouïe. Oh, je n’ai pas cherché à m’enquérir de son état. Je suis partie sans attendre. J’avais trop peur qu’on vienne nous accuser d’un meurtre. J’en ai encore des frissons.

Victoire en resta baba. Comment aurait-elle pu imaginer… « En avez-vous parlé à Winston ? »

— Et comment ! Il n’a pas été tendre avec moi. Je dirais même qu’il m’a menacée. Oh pas de façon nette et tranchée mais, ses propos ne laissent aucun doute : si je ne la boucle pas, j’aurais de sérieux problèmes. Depuis, je retourne ça dans ma tête. Je suis coincée, Victoire mais, je dois tout de même trouver une solution. Je n’en peux plus.

Victoire était atterrée. Hésitant entre l’indignation et la stupéfaction, elle restait muette, les sourcils froncés, et serrait Line de plus en plus fort sans s’en rendre compte. Lorsque la petite remua, Élise tressaillit, se leva en silence et regarda l’enfant avec une appréhension évidente. Victoire n’en revenait pas. Cette femme a le ciboulot complètement détraqué. C’est honteux de la laisser s’occuper encore de Line ! Victoire était furieuse contre Winston qui aurait dû prendre des mesures immédiates. Comment a-t-il pu confier Line à Élise ? Ses bigoteries n’ont plus rien de cocasse. Line est en danger auprès d’elle. Pas étonnant que la situation prenne une tournure aussi inquiétante. Elle discutera avec Winston dès qu’elle aura éclairci le mystère de ce matin avec Christophe. C’est un monde quand même !

La combinaison des pièces est en marche

— Qu’en pense Madame d’Harrangier ? reprit Victoire alors qu’Élise se dirigeait à reculons vers la porte, les yeux fixés sur Line (complètement toquée cette nourrice).

— Elle m’écoute. Elle tente de contrer mes arguments mais, sans conviction. Je suis sûre qu’elle est d’accord avec moi sans vouloir se l’avouer.

— Je vois, répondit Victoire de plus en plus imperméable aux raisonnements de la nourrice. Écoutez, Élise, je vais en discuter avec Winston et, s’il est d’accord, je lui demanderai de convaincre Monsieur et Madame d’Haranguier de vous laisser partir.

— Vous feriez cela pour moi ?

Placer ses pions avant de sortir la reine

Cécile revient de son rendez-vous mystère quand Victoire lui annonce que la nourrice a eu un malaise. En réalité, Élise s’est disputée avec elle au sujet de la petite Line. D’humeur généreuse, Cécile propose d’accompagner la nourrice au parc pour faire prendre l’air à Line. C’est là que les événements vont s’accélérer pour la famille d’Haranguier. Mettre les différents points de vue en porte-à-faux va permettre de mettre en place une combinaison de conflits poussant Line et sa mère vers l’inéluctable. Maintenant, comme nous avons décidé dès le début que le père imposerait sa volonté avec une détermination sans appel, Cécile aura bientôt un choix difficile à faire. La suite au prochain épisode…

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Les espaces-temps de l’écriture romanesque enfin révélés

Comment inventer l’enfance d’une super-héroïne qui rivalisera avec les plus célèbres personnages des comics américains ? J’y réponds en live et en 3 mois. Dans l’écriture d’un roman, il existe des espaces-temps où l’imagination s’emballe, mais que nulle trace écriture ne porte habituellement à l’attention du lecteur. J’y remédie à l’instant.

Un mois s’est écoulé depuis mon annonce d’écrire un roman en trois mois avec mon fils. Comment inventer l’enfance d’une super-héroïne qui rivalisera avec les plus célèbres personnages des comics américains ? Je nous donne encore deux mois pour y répondre en live ! Aujourd’hui, l’hiver nous plonge dans une période d’incertitudes et de défis, alors que nous suivons ensemble l’évolution de cette histoire. Une certaine fébrilité nous gagne. Il est donc temps de vous divulguer l’existence d’espaces-temps dans l’écriture d’un roman, dont on ne trouve habituellement nulle trace écrite. Ces phases de flottement où l’imagination s’emballe, de création latente que je souhaite ici porter à l’intention du lecteur.

Grâce à vous l’écriture de ce roman prend une dimension fantastique !

Les rouages de l'écriture-Photo de Kellepics
Les Rouages de l'Écriture : "L’expérience de la partager au fur et à mesure nous embarque dans une dimension vraiment fantastique !" - Photo de Kellepics

L’écriture hivernale

L’hiver me ramolli, pas toi ? Ce matin, ma séance d’écriture fut courte, comme celle d’hier. Avec ce froid, les doigts gèlent vite et j’ai beau avoir cherché toute l’année un lieu plus inspirant, le bar de mon quartier est celui où j’écris le mieux. À L’intérieur, il y a même une petite pièce arrière pour m’accueillir en cette période de froid mais, je ne m’y résous pas. Non, il n’y a que la terrasse, la pénombre du matin (un ciel rose me regardait écrire ce matin), et mon café-crème fumant que Jimi s’escrime à faire mousser rien que pour moi (avec un bruit de percolateur horripilant) pour me mettre en train.

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Les personnages se baladent dans mon quotidien

Même si mes deux dernières séances d’écriture furent abrégées par le froid, les personnages de mon roman m’habitent de plus en plus (voir notre défi « J’écris un roman en 3 mois avec mon fils »). Depuis que la cuisinière se dessine, avec ses blessures et ses espoirs, ses cheveux roux et ses taches de rousseur, son sourire franc, sa langue bien pendue et ses sentiments, je fais plus volontiers la cuisine. Je pense à elle, je comprends mieux ce qu’elle a vécu, j’imagine son enfance dans un trou paumé près de la forêt d’Irati, où elle cueillait des cèpes avec sa grand-mère.

Partager cette écriture en live est une expérience inouïe !

Depuis que Cécile se révèle, je l’aime de plus en plus, elle m’impressionne. D’ailleurs, j’ai lu à Anton les dernières scènes que je ne vous ai pas encore mises en forme. L’histoire nous happe un peu plus chaque jour. L’expérience de la partager au fur et à mesure nous embarque dans une dimension vraiment fantastique ! Le prochain épisode que je vous livrerai passera directement au deuxième incident déclencheur. Sinon, on ne tiendra pas la cadence. En plus, mieux vaut vous partager les scènes d’action. Vous y voyez une lenteur passagère ? Oui et non… je vais vous expliquer.

L’univers d’un roman contient forcément l’identité culinaire de ses habitants

La réécriture d’une scène peut prendre du temps

J’écris mes textes à la main. Je les tape ensuite, titillant chaque mot, soupesant leur pertinence, fouinant aussi la cohérence de mes descriptions. Par exemple, dans le prochain épisode, Victoire se souvient de sa rencontre avec Antoine, son patron. Elle n’avait que 17 ans, lui n’en avait que 25. Il dirigeait déjà plusieurs grosses entreprises et se retrouva par hasard dans le restaurant miteux où elle bossait.

Et voilà que je me perds, à la recherche d’un bord de route où il pourrait être posé, ce restaurant. En parcourant la carte, j’imagine ce qu’Antoine pouvait bien faire dans un trou paumé des Pyrénées. Plusieurs scénarios tournent dans ma tête, mais l’omelette aux cèpes de Victoire revient à mon intention et je laisse mes hypothèses en suspens.

l'identité culinaire du roman - Photo de Pexels
l'identité culinaire est une dimension intéressante dans la création d'un univers romanesque - Photo de Pexels

La création culinaire, bien souvent, vient pimenter le récit

 Ah, la cuisine dans les romans ! Elle a parfois une place qu’on ne lui attendait pas ! C’est cette omelette-là qui sauve Victoire d’un destin peu enviable. Antoine, de son côté, devait être là pour des raisons peu orthodoxes, comme il s’en trouve beaucoup dans son business de l’industrie énergétique. Mais le bien et le mal n’est qu’une affaire de rhétorique. Chez l’homme, la réalité complexe est à servir bien chaude. Et c’est pourquoi la cuisine de Victoire aura toute sa place dans ce roman. Pour réchauffer les cœurs et rappeler qu’un homme contient en lui toutes les facettes de l’humanité.

L’univers d’un roman a besoin de corps

Je pense aux « Nicolas Le Floch », la série des romans policiers de Jean-François Parot. Ses épisodes sont toujours agrémentés de recettes fameuses de l’époque (Nicolas Le Floch est un lieutenant de police au service de Louis XV et de Louis XIV). Je ne raffole pas des romans policiers, mais j’aime ceux qui présentent des personnages fouillés, à la psychologie originale. Bref, tout ça pour dire que l’écriture du roman avance à petits pas et, qu’avec ce froid, mon esprit se réfugie dans la chaleur d’un univers bouillonnant, traînant à s’exprimer tout entier sur la page.

Les profondeurs psychologiques de l’écriture de roman

machinerie de l'esprit-Photo de Kellepics
La Machinerie de l'esprit : "Le lecteur se dira même, logiquement, que la mère doit être dotée de certains pouvoirs, non ?" - Photo de Kellerpics

L’écrivain se questionne pour répondre au lecteur

C’est amusant quand j’y pense. Vous me demandez la suite, et voilà que je vous fais attendre. Je ne sais pas ce qui me pousse le plus dans mes retranchements. Seraient-ce mes propres questionnements de plus en plus pressants sur les personnages, sur leur enfance, sur leur caractère, sur leurs valeurs et sur leurs aspirations les plus secrètes ? Ou serait-ce l’avancée de l’intrigue qui me presse tout autant de l’écrire d’une seule traite ? Après l’épisode 4, un autre événement déclencheur pousse la mère (Cécile) à agir. Nous soupçonnons alors que Cécile sait que sa fille n’est pas comme les autres. Le lecteur se dira même, logiquement, que la mère doit être dotée de certains pouvoirs, non ?

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Le romancier se confronte à tous les points de vue

À la lecture des dernières scènes, Anton confirme cette hypothèse. Je lui explique que la famille est au pied du mur, et que ses membres vont devoir bientôt se réunir pour trouver une solution au « cas Line ». Ils vont devoir mettre les choses au clair, bien que chacun ait une vision différente de la situation. Anton exprime alors une envie bien légitime. Qu’un autre personnage possède les mêmes pouvoirs que Line. La nourrice, par exemple. Je lui réponds que ce ne serait pas logique. Par contre, je pense que Cécile, la mère de Line, a des pouvoirs similaires, mais qu’elle ne les a pas développés de la même façon.

Comparer ses héros à d’autres caractères

Contrairement à Line, Cécile a cherché à cacher ses pouvoirs pour ne pas faire de tord à ses parents adoptifs. « Oh ! s’exclame Anton. La mère a développé ses pouvoirs pour être super intelligente ! Dans Heroes, il y a une meuf qui sait refaire n’importe quel truc, juste en regardant quelqu’un le faire. » Je me souviens effectivement d’un personnage de la série qui a juste à regarder un cours de karaté pour savoir le refaire à la perfection. Intéressant ! J’ai justement commencé à peindre le portrait de mes personnages, et Cécile a développé une force de caractère hors du commun, assurément.

heroes série tv culte de super-héros
"Heroes" ! La série tv culte de super-héros en nombre croissant

Les dimensions parallèles dans le processus d’écriture

Connexions psychologiques - photo de Kellepics
"Je réfléchis à la manière dont chacun des personnages sont connectés aux pouvoirs de Line" - Photo de Kellepics

Comprendre les connexions psychologiques entre les personnages

Luttant seule dès son plus jeune âge contre la manifestation de ses pouvoirs, Cécile a dû cacher les symptômes physiques liés à cette résistance. L’idée d’Anton permettra de mieux imaginer comment elle y est parvenue. Aujourd’hui, Cécile est mère. Elle espérait probablement que Line n’ait pas à vivre les mêmes difficultés. À tel point qu’elle s’est peut-être voilé la face. Avant d’aller plus loin, je réfléchis à la manière dont chacun des personnages sont connectés aux pouvoirs de Line. Je veux dire, leur manière de les interpréter, de les comprendre. Leur manière de voir la réalité en face, ou bien de l’occulter.

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S’inspirer d’autres lectures c’est entrer dans des univers parallèles

Depuis deux jours, j’écoute « Voyage au-delà du corps, l’exploration de nos univers intérieurs » de William Buhlman. Il décrit ses sorties de corps et propose des exercices pour inviter le lecteur à expérimenter l’affaire. À suivre… Ah oui ! s’exclame Anton. Comme les personnes au bord de la mort et qui ont des hallucinations ! Ou alors, c’est vrai… » On verra si c’est vrai, en effet. J « Voyage au-delà du corps » est un livre audio que j’écoute en m’endormant, pour trouver des idées. Je dois absolument décrire ce que vit et ressent notre petite Line. C’est un bon moyen d’alimenter l’inspiration du matin, je vous le conseille.

Apprivoisez le livre audio, un objet fascinant !

Le livre audio, c’est bizarre. Au début, quand je me suis abonnée chez audible, j’ai eu beaucoup de mal. Je m’endormais systématiquement à l’écoute d’un livre. Alors, j’ai surtout choisi des essais sur l’entrepreneuriat, et je prenais des notes. J’ai trouvé ça merveilleusement efficace ! Plus besoin de tenir le livre tout en notant. En plus, j’ai lu un article dans Science et Vie qui affirme que le cerveau traite lecture et écoute exactement de la même façon. Je ne sais pas s’il faut en conclure que nous le digérons tout aussi bien, mais je pense que s’il y a une différence d’assimilation, les deux sont à tester. Bref, pour moi, le livre audio est devenu un objet fascinant !

L’écrivain engage sa propre vie dans le travail d’écriture

L’écrivain engage sa propre vie dans le travail d’écriture
"L’écriture de fictions nous ramène forcément aux dures réalités de la vie en société." - photo de Gellinger

Tout artiste devrait penser à son indépendance

À ce propos, je viens de trouver le livre le plus formidable qui soit pour tous ceux qui veulent se lancer dans le monde des affaires. Personnellement, je pense que les artistes et tous ceux qui aspirent à vivre de leur art devraient prendre leur carrière en main et se former pour être indépendant. Ce blog a aussi vocation à inviter les artistes à vendre leurs œuvres eux-mêmes, mais pas comme des commerçants indépendants, plutôt comme des créateurs de systèmes. La route est longue, mais s’il y a bien un livre que je conseillerais désormais c’est « La prodigieuse machine à vendre » de Chet Holmes.


Line n'est pas seule...

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L’écriture de fiction est une véritable incursion dans la réalité

Comme il est dit dans la préface, cet auteur est un conteur hors pair. Chet Holmes nous explique de la plus merveilleuse, de la plus évidente des façons, comment je dois présenter mon roman pour le vendre, comment je dois me préparer à être la chef éclairée de ma future entreprise, et comment je suis assurée de la faire grandir. J’en oublierais presque l’écriture ! Non, je plaisante, mais c’est dur de garder la tête dans les nuages quand un tel livre vous ramène si bien les pieds sur terre. D’ailleurs, soyez sûr d’une chose : l’écriture de fictions nous ramène forcément aux dures réalités de la vie en société.

L’auteur vient à interroger les mécanismes de pensée de ses personnages

Cet article n’est pas là pour justifier le retard de l’épisode 5 de notre défi « Un roman en 3 mois avec mon fils », mais bien pour rappeler que l’écriture d’un roman n’est pas linéaire. Après l’avancée passionnante de notre histoire, je m’engage, ces derniers jours, dans les rouages de la vie. Pour chacun des personnages mis en scène, je suis à l’affût de réponses. Quelles sont les valeurs pour lesquels ils se battraient jusqu’à la mort, pour lesquelles ils seraient prêts à trahir ou à tuer ? Quels sont les actions qu’ils sont forcés de faire, de cacher, et qui les obligent à mentir ? Quelle est la réalité même de leur système de vie ? Qu’est-ce qui les fait souffrir ou vibrer ? Qu’est-ce qui les anime vraiment ?

La fiction est le miroir étincelant de la réalité sociale

Les revers de la réalité – Photo de Geralt
Les revers de la réalité : "Alexandre Langlois décrit ici un système de corruption généralisé de l’État français" - Photo de Geralt

Les informations extérieures nourrissent la compréhension de son propre récit

Ces derniers jours, toute information qui m’interpelle me transpose dans l’écriture du « Projet Line ». Je vous donne un exemple très concret. J’écoutais Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat de police Vigi, sur Thinkerview. Cet entretien date de janvier dernier (presque un an, donc). Entre temps, ce policier spécialisé dans le renseignement est actuellement suspendu de ses fonctions pour avoir systématiquement attaqué la politique répressive du gouvernement. Un lanceur d’alerte au sein de la police, en somme. Au cours de cet entretien, il évoque l’histoire d’un commissaire de police qui, sous l’emprise de l’alcool, prend sa voiture et tue un enfant. L’affaire, loin d’être jugée, est vite « arrangée ».

La réalité est un puits d’invraisemblances

L’homme est promu et la famille de la jeune victime reçoit 300.000 euros pour le prix de son silence. Alexandre Langlois décrit ici un système de corruption généralisé de l’État français, ni plus, ni moins. Cette histoire me fait imaginer dans quel monde vit le père de Line, Antoine d’Harranguier. Quelles décisions doit-il prendre pour couvrir ses PDG, pour étouffer des accidents de travail dus à des failles de sécurité, ou encore pour soudoyer des agents de l’État afin d’avoir un permis de polluer ? L’Homme est socialement assujetti à un groupe. Ce  qui l’amène souvent à agir pour défendre son appartenance, sans même y penser.

L’écrivain cherche le mensonge dans une toile tissée de vérités

Cette histoire, rappelle Alexandre Langlois, a été relatée dans la presse, mais nous sommes trop occupés à gérer les invraisemblances du quotidien pour relever la tête. La loyauté envers la hiérarchie ou la responsabilité envers le maintien d’un système pousse chacun d’entre-nous à fermer les yeux sur les conséquences probables des « obligations » exigées par cet invraisemblable système. Ainsi, si nous agissons conformément à nos propres valeurs, nous apprenons à occulter les dommages collatéraux que nous causons, et nous respectons en priorité la loyauté envers le groupe. Nos propres valeurs sont donc soumises à des distorsions inconscientes pour paraître respectées. La frontière entre le bien et le mal est floue. L’écrivain cherche pourtant à en déterminer la nature.

L’écrivain de fictions ouvre les boîtes noires pour dérouler toute l’histoire

Je suis convaincue d’une chose : s’il y a bien, sur cette Terre, un animal capable de se mentir à lui-même, c’est l’homme. Si je vous dis tout ça, c’est pour éclairer le parcours. Je voulais vous décrire ces périodes de flottement qui arrivent sans prévenir dans l’écriture d’un roman. Les infos s’accrochent aux neurones et se déroulent comme des fils, pêle-mêle, pour décortiquer les réalités d’une vie pas aussi fictionnelle qu’on aimerait le croire. L’écrivain de fictions a tendance à éplucher l’information pour la ranger dans des boîtes. Des boîtes noires jalousement gardées par les personnages. Certains donneraient cher pour les enterrer à tout jamais. Mais voilà ! L’écrivain a besoin de les ouvrir toutes, et de connaître l’envers du décor où se jouent les plus belles scènes.

"J’ai l’impression d’être une espionne. Pire ! J’ai l’impression d’être un mouchard ou un calomniateur. J’ai donc à rééquilibrer rapidement ma relation avec nos personnages." - Photo de Kellerpics

Vous comprendrez, je l’espère, que l’écriture de roman comprend donc des temps de latence où l’auteur cherche à se positionner. C’est une façon engagée de trouver le message caché dans le roman qu’il s’encourage à écrire, pour transmettre son point de vue sur la réalité qui nous entoure. Mais, après tout, pendant ces trois mois de création intensive, vous attendez de comprendre comment se débrouille un auteur pour écrire une histoire, tout autant que d’en connaître l’issue. C’est bien l’intérêt de ce passionnant défi. Je tente donc d’aborder toutes les dimensions du travail. Ici, je dirais donc que les temps de latence, de réflexion, de mise en perspective psychologique, s’apparentent à une guerre des nerfs entre les personnages et moi. J’ai l’impression d’être une espionne. Pire ! J’ai l’impression d’être un mouchard ou un calomniateur. J’ai donc à rééquilibrer rapidement ma relation avec nos personnages en écrivant plus vite, plus fort, et sans retenue. Comment ? Paradoxalement, en prenant de la distance, tout en les rassemblant au plus vite. Peut-être me dédoubler aussi… Oui, c’est une idée. D’un côté je jouerai les enquêtrices méticuleuses et impartiales, doublée d’un profileur pervers. D’un autre côté, je jouerai les artistes inspirées, rendant fidèlement la lumière qui apparaît chaque matin au lever du rideau.

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