Comment incarner mon héroïne ?

La poésie se nourrit de tout, rien ne lui est interdit. Voici le livre que j'ai volé
Cliquez sur le bouton lecture ci-dessus pour écouter ce podcast ou faites un clic droit ICI pour le télécharger directement sur votre appareil. Vous pouvez également cliquer  sur “Podcast” ci-dessous et trouver plus bas un compte-rendu écrit. Bonne écoute à tous ! 🙂

“Pour écrire mon roman, j’ai besoin de créer et, en quelque sorte, de vivre, l’enfance de mon héroïne, Mia Petrovitch”

Pour écrire mon roman, « La Main invisible », j’ai besoin de créer et, en quelque sorte, de vivre, l’enfance de mon héroïne, Mia Petrovitch. Mia est une aventurière indémodable ‒ du moins, c’est comme ça que je l’imagine, hein. Sa modernité n’aura d’égal que sa marginalité !

Alors ! Que les choses soient claires ! Je vous annonce tout de suite que j’ai emprunté cette caractérisation-là au grand Largo Winch, le héros du roman de Jean Van Hamme publié en 1977. Certes, Largo Winch reste indémodable parce qu’il a été immortalisé en BD. C’est comme ça qu’il a pris toute sa place dans le cœur des hommes ; grâce au talent du dessinateur Philippe Francq. Aujourd’hui, Largo est le héros mythique d’une bande dessinée, que tout le monde est désormais susceptible de connaître, et reste donc aussi moderne aujourd’hui qu’hier. 

D’ailleurs l’auteur vient de passer la main à Éric Giacometti, qui aurait déclaré : « c’est comme si on proposait à un scénariste d’écrire le prochain James Bond, ça ne se refuse pas ! » Voilà où je place mes ambitions dans la création de Mia Petrovitch.

Le défi d’incarner un personnage improbable

Le plus grand défi, pour moi, réside dans le pouvoir d’incarner la personnalité hors normes de Mia, sans en faire un idéal inaccessible. Son vécu est singulier, mais il répond malgré tout aux incessantes questions que nous nous posons jusqu’à nous en retourner les tripes. C’est d’ailleurs un des attributs du héros.

Mia est née en plein cœur de la forêt amazonienne

Elle se retrouve coincée dans un morceau de forêt primaire de Bosnie avec une sage femme un peu chamane sur les bords. Alors, comment Mia peut-elle prétendre répondre aux questions qui nous animent, nous, enfants des villes (ou des campagnes, en fait y pas grande différence à ce niveau de décalage) ? Alors, comment ? Bah, par la confrontation des points de vue, justement. Mia va évidemment se retrouver propulsée dans notre modernité. Mais reste à savoir comment je crée, moi, la réalité de son vécu hors normes ?

La découverte d’Anne Sibran

Et voilà, on y vient ! C’est là où intervient ma découverte du moment – Et Dieu sait que je vais avoir besoin de me gaver de terre glaise pour façonner Mia ! Heureusement qu’il y a des auteurs comme Anne Sibran dont je viens de lire le dernier roman au titre évocateur « Enfance d’un chaman ».

Mon enfant sauvage aux prises avec les émanations des voitures

Juste avant de vous en parler, j’aimerais être sûre que vous comprenez bien ma situation. Imaginez ! Comment je m’y prends, assise à la terrasse de mon café du matin, agrippée à mon stylo, pour écrire les aventures de Mia, en respirant les émanations des voitures, bercée par le vrombissement de leur moteur et les conversations de mes voisins de table ? Hein !? Comment je m’y prends, moi ? Pour peindre le portrait d’une gamine née dans la forêt ? Capable de communiquer avec cet organisme vivant, en complète osmose avec elle au point de la considérer comme une mère ?

Aimer n’est pas respirer

Parce que… aimer la nature et respirer avec elle, ce n’est absolument pas la même chose ! Vous serez d’accord avec moi. En fait, les battements de mon cœur ne sont pas à l’unisson avec les pulsations de la Terre. Bah oui, faut bien avouer. Et puis, comme bon nombre de mes semblables, je ne vis pas au rythme transcendant de cette nature sans Dieu. Encore que… je serais bien tentée de me découvrir un lien spirituel avec elle.

Et c’est pour ça, d’ailleurs, que je veux m’amuser à imaginer Mia débarquant dans nos villes. J’imagine déjà ce regard unique, nous faire découvrir cette autre version de nous-mêmes. Elle, elle sait mettre en valeur ce qu’il y a dans nos cœurs. Le pouvoir de notre imagination permet d’incarner un personnage aussi improbable ! Et je ne me priverai pas d’atteindre l’impossible avec elle !

Alors, la question est la suivante : comment nourrir cette imagination sinon en allant à la rencontre des autres ?

Qui parmi nous s’est nourri de son sein ?

Anne découvre cette nature qui parle, cette « bibliothèque ondulante qui se déploie sans limite », qui n’est ni plus ni moins que « le bain amniotique du verbe ». Et la réalité ! « Une étoffe bariolée qui recouvre le monde. Ce tissu brodé d’arbres, de montagnes, de rivières, mais aussi d’hommes et de bêtes, ondule sous la lumière, s’invente à chaque instant… cette étoffe est la peau chatoyante des esprits [et] le chaman est celui qui sait soulever le voile, aller voir de l’autre côté. »

Amazônia, um mundo irreal, feito de águas sombrias, de ramagem intricada e selvática, crédito: Viramundo e Mundovirado

L’incarnation du monde

Le livre d’Anne « Enfance d’un chaman », est paré de poésie.

Il restitue un voyage que personne n’aurait pu prévoir malgré la préparation tenace et minutieuse qu’elle s’était imposée. Anne fut littéralement invitée à entrer dans l’âme du vieux chaman. Sans magie, sans incantation, sans fausse pudeur, à accéder à une vérité cachée. Malgré notre littérature abondante sur la nature et ses sorciers, ce livre me fait prendre conscience que notre réalité nous cache peu de mystères, non.

La réalité est bien là derrière nos croyances fumeuses qui nous apprennent à garder le voile tiré devant nous. Nous, les Occi. C’est comme ça qu’on se fait appeler dans le roman que j’écris actuellement. Ha ok, continuons.

Faisons-nous partie de ce monde ?

Qui parmi nous dresse l’oreille vers les arbres pour veiller à ne pas leur couper la parole ? Je vous le demande ! Qui, parmi nous, aurait-il la sensation d’une écoute mutuelle avec ce qui nous entoure, prêt à suspendre ses mots, si précieux, au point de ne les partager qu’aux heures les plus propices ?

Qui, parmi nous, est-il vraiment conscient de la respiration de chaque chose ? Bien que j’aie gardé en moi une part de l’animisme de mon enfance, je ne fais pas partie de ces gens-là. Mais nous sommes aujourd’hui si nombreux à sentir que ces questions-là nous rattrapent, que je pense sincèrement qu’elles nous permettent d’accompagner le changement qui s’opère actuellement dans notre société du travail.

À travers les nouvelles sciences, j’ai l’impression que nous prenons conscience que notre avenir dépend de ces questions-là.

Transmission d’une matière vivante

Si Anne Sibran a trouvé auprès de la famille Tanguila l’incarnation du monde même, de par leur dévotion absolue à la forêt, j’ai pour ma part trouvé dans son livre « Enfance d’un chaman », une matière vivante pour incarner mon héroïne. Je veux que Mia nous pose ces plus ancestrales questions, si brûlantes d’actualité !

J’espère ainsi pouvoir élaborer une vision de la réalité qu’il nous est quand même vachement difficile de percevoir au cœur de la modernité.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
Partager sur google
Google+
Partager sur pinterest
Pinterest

laissez un commentaire :